H >—t C/5 W > Û < > < X >i I f ^ g o 1-1 :0 O CS3 ;s ■à H c OD H C Kbi H c^^) ■BBClI i^ = O Q O O s k fjQflj ta W t3 . ^ Hnuf S ^ .^».-.v^' ..:->î^<'. •Vf -J^- -r^:\" ■. ^^^^-^ — ^ '^; /<^ >^. .^A-^^^cy ;^^2r?é.^ ^^^^y^''^' ^ ^s LA PÊCHE ET LES POISSONS • »•^*-■ ^ ♦^. >: (.bliBtlL, lïP. ET SîÉn. DE tRÉlÉ. LA PÈCHE ET LES POISSONS NOUVEAU DICTIONNAIRE GÉNÉRAL DES PÊCHES rUBLIK sous LES AUSPICES de LL. EE. MM. le Ministre de la Marine et des Colonies, le Ministre du Commerce et de rAgricnlture et le Ministre de l'Instruction publique PAK H. DE LA BLANCHÈRE Aiicieîi élevé de l Lcole impériale forestière, président et membre de plusieurs Sociétés savantes, etc. pnÉcÉDÉ d'une préface PAR Aug. DUMÉRIL PROFESSEUR d'ICHTHÏOLOOIE AU MUSÉUM d'hiSTOIHE NATURELLE 1100 ILLUSTRATIONS DESSINÉES ET COLORIÉES PAR A. MESNEL d'après les PUOTOGRAPHIES FAITES SUR NATURE PAR L AUTEUR PARIS LIBRAIRIE DE Cil. DELAGRAVE ET C" 78, RUE DES ÉCOLES; 78 ^'1868 QUELQUES MOTS D'AVANT-PROPOS Observer, c'est apprendre. « La Pescherie n'est point une petite industrie, ne simple et grossière. » Amyot, Plutarque. Ce qui constitue le vrai pêcheur, ce qui fait de la pêche un art véritable, ce n'est pas tant le plus ou moins de perfection des instruments et des filets, ce n'est point la lecture des livres didactiques, c'est tout simplement l'étude de la nature. R. DE Saviony. Plus on pèche, plus on voit que toute affirma- tion, tout axiome, toute théorie trop rigoureuse dans les principes de la pêche à la ligne, sont absurdes. BÉGUIN. Les richesses de la chasse ne sont rien, si nous les comparons à celles de la pêche en général. La chasse, comme la pêche sa sœur, dérive du besoin de nourriture quotidienne, de l'instinct de conservation que la nature a mis en l'homme comme en tous les êtres vivants. La chasse tend malheureusement à disparaître si vite des contrées civilisées, qu'elle s'y transforme bientôt en un simple divertissement, tandis que la pêche, surtout la grande pêche des nations maritimes, devra devenir et deviendra for- cément un jour une source de revenus de plus en plus impor- tante. En effet, il est indispensable au bien-être, au perfectionnement de l'humanité, que le domaine de la nature entière soit exploité VT AVANT-PROPOS partout et sans relâche dans toute son étendue avec la plus grande économie possible, et que le moindre des produits utilisables soit utilisé. Si l'on pense à l'accumulation fatale des générations sans cesse croissantes sur une surface inextensible, on arrive à s'effrayer de l'avenir et à se demander anxieusement comment un jour cette terre, dont la fécondité est si limitée, pourra fournir le vivre aux hommes pressés à sa surface? Il est donc prudent de proclamer dès aujourd'hui, pendant que nous avons autour de nous encore un peu déplace libre, que l'homme ne doit négliger aucune des ressources que la nature a placées à sa portée. 11 faut, dès aujourd'hui, que nos enfants s'habituent à ces considérations économiques, et qu'ils apprennent à compter de près et à tirer parti de tout. Or, si nous portons nos regards sur l'Océan, sur ce domaine des eaux qui nous entoure et dont les mille ramifications couvrent le monde solide, nous sommes amenés à considérer l'eau comme une autre atmosphère plus dense que celle que nous respirons , et à reconnaître de suite que bien plus de terrains sont soumis au régime de l'eau qu'au régime de l'air. Si les derniers ont leur culture, les premiers doivent l'avoir aussi ; or, la culture de l'eau, c'est, comme sur terre, l'ensemencement et la récolle : c'est la piscifacture et c'est la pêche. C'est la pêche, sur- tout, qui, s'étendant sur une surface trois ou quatre fois plus vaste que la terre solide, devrait avoir une importance autant de fois plus considérable. Or, le contraire saute aux yeux. A quoi tient un pa- reil état de choses? Évidemment à ce que l'homme ne peut que flotter à la surface de ces champs liquides, sans en sonder les profondeurs. A ce que l'immense végétation marine, créée pour l'organisme particulier qui habite autour d'elle, ne s'adapte que difficilement aux besoins de l'homme. Et cependant, proclamons-le hardiment : la mer doit, un jour, nourrir la terre !... C'est pour cela, par une prédisposition merveilleuse, et avec une infatigable prodigalité, que dans ces champs liquides et à des AVANT- PROPOS. VI! profondeurs inabordables, la nature travaille sans cesse pour l'homme. Grâce à sa bienveillance féconde, les poissons et aulres animaux de l'onde naissent, croissent et multiplient sans relâche d'une manière si prodigieuse que nous sommes obligés de nous in- cliner devant ces migrations, ces apparitions, ces envahissements dont le nombre et la loi sublime nous sont inconnus. Constatons en même temps que la végétation presque com- plète de la mer, des ^fleuves et des lacs, ne nous offre que peu de plantes elde productions utilisables directement à nos besoins, mais que le nombre encore restreint de celles qui s'appliquent, par transformation, aux nécessités de notre civilisation augmente chaque jour avec les progrès de la science. Nous sommes donc ame- nés à considérer les poissons, jusqu'à présent, comme la vraie récolte que nous ofTre leau. Mais cette récolte pousse sauvage, inculte, au hasard, si l'on peut se servir de ce mot pour indiquer l'ensemble des lois inconnues qui dirigent la production et la des- truction de ces êtres. L'homme cependant, doué sur la terre d'une faculté perfectible dont il n'entrevoit pas encore le terme, doit comprendre, dès maintenant, le dommage que lui cause cet état de délaissement non justifié, et nous voyons, en ces temps-ci, de faibles mais pré- cieux efforts faits dans la voie de reproduction artificielle et d'ac- climatation des poissons utiles. Sans doute , ces efforts de la science humaine sont encore peu accentués, mais il faut en con- stater la naissance, parce que leur apparition marque pour l'hu- manité le besoin de cultiver le domaine aquatique. Nous ne devons pas omettre le souvenir des essais gastronomiques des riches Romains, quoique ce premier pas compte peu pour nous, car l'idée philosophique et générale du perfectionnement de l'huma- nité n'en était pas le mobile. Nous venons de dire que les poissons vivaient libres et sauvages dans les eaux ; c'est la cause des différents modes de pêche, adaptés à leurs instincts, à leur genre de vie, à leurs habitations, etc. Sans VIII AVANT-PROPOS. vouloir nous appesantir ici sur les grandes pêches maritimes qui forment les marins cl les navigateurs des nations, et dont l'étude remplira la seconde partie de cet ouvrage, nous pouvons remar- quer que la pèche la plus ancienne de toutes, et celle qui réussit partout et en tous temps, est la pêche à la ligne. Faite en mer sur une grande échelle, c'est elle qui fournit nos tables des poissons les plus recherchés, parce que les filets ne les peuvent enlever des endroits où ils habitent ; c'est elle qui nous apporte toutes les espèces fraîches, non oyées, et assez bien conser- vées pour subir les transports à l'intérieur, où ces produits viennent varier la nourriture des hommes et concourir à la santé et au bien-être de la population. La France, il faut le dire, est plus en arrière que les nations du Nord dans tout ce qui tient à la grande comme à la petite pêche. Qu'elle délaisse les grandes expéditions, c'est une question poli- tique qui ne nous regarde point ; — elle les a délaissées longtemps : maintenant elle les encourage, c'est bon, c'est mieux; — mais ce qui est déplorable, c'est devoir les pêches du littoral négligées et con- duites sans ordre et sans les ménagements nécessaires. Les popu- lations maritimes, au lieu de s'occuper nettement et avec zèle de ces récoltes, semblent se complaire à une incurie, à un laisser aller déplorable. Les méthodes sont encore ce qu'elles étaient il y a cent ans, il y a mille ans; cependant la science a marché, les perfectionnements ont surgi Rien n'a pénétré là où devait arriver le progrès ! C'est pourquoi ce livre est fait. Il est fait pour essayer d'amener le progrès dans les méthodes de la pêche à la ligne et aux filets employées sur les côtes de la mer et sur celles des rivières de notre pays. Nous avons, en ces matières, à recevoir un assez grand nombre de leçons des peuples voisins ; il nous sera surtout bon d'apprendre que jeter le ridicule sur le pêcheur est un fait aussi inepte, aussi maladroit que de le verser sur le laboureur. L'un fait produire AVANT-PROPOS. IX les mers, raulre la terre : en quoi valent-ils mieux ou moins l'un que l'autre ? Arrière donc les sottes pointes des loustics de nos petites villes, foulons aux pieds le ridicule quand la cause que nous soutenons est sainte! Péchons, hommes de cœur 1... Péchons !.. avec soin, talent, science, même à la ligne... car nous suivons ainsi la grande marche des temps modernes, le perfectionnement de l'humanité! PREFACE <( Il serait superflu de s'étendre beaucoup sur l'utilité du travail que nous entreprenons, » disait, en 1 769, Duhamel du Monceau dans Y Intro- duction de son Traité des pêches. « Tout le monde sait, ajoute-t-il, que la pêche occupe et fait subsister un grand nombre d'hommes robustes et utiles à l'État. » Trente ans plus tard, en 1798, Lacépède a exprimé une pensée ana- logue dans le Discours qui ouvre le tome I de son Histoire naturelle des poissons, quand il a dit, en parlant de ces animaux et des avantages que la pêche procure : « Diversité de familles, grand nombre d'espèces, pro- digieuse fécondité des individus, facile multiplication sous tous les climats, utilité variée de toutes les parties, dans quelle classe rencon- trerions-nous et tous ces titres à l'attention, et une nourriture plus abondante pour l'homme, et une ressource moins destructive des autres ressources, et une matière plus réclamée par l'industrie, et des prépa- rations plus répandues par le commerce? Quels sont les animaux dont la recherche peut employer tant de bras utiles, accoutumer de si bonne heure à braver la violence des tempêtes, produire tant d'habiles et in- trépides navigateurs, et créer ainsi pour une grande nation les éléments de sa force pendant la guerre et de sa prospérité pendant la paix ? » On pourrait facilement citer d'autres témoignages en faveur de l'utilité des pêches non-seulement à l'époque actuelle, mais aux époques les plus reculées, car rien de ce qui a trait à celles des anciens et du moyen XII PRÉFACE. âge n'a été omis dans le tome I du bel ouvrage de Noël de la Morinière. Ses nombreux manuscrits déposés à la bibliothèque du Muséum d'his- toire naturelle fournissent la preuve que si la publication de \ Histoire générale des pêches anciennes et modernes dans les mers et dans les fleuves des deux continents n'avait été interrompue par la mort de l'auteur, nous posséderions un traité précieux sur ce que l'on a nommé l'agriculture des eaux et plus exactement encore l'aquiculture. Aujourd'hui oti tout ce qui se rattache au développement de cette industrie est étudié avec ardeur, il était convenable, après un siècle écoulé depuis le commen- cement de la grande publication de Duhamel, de reprendre un sujet autour duquel sont venus se grouper tant de matériaux nouveaux. Les tentatives de repeuplement des eaux par l'établissement de frayères ou par les procédés des fécondations artificielles, la multiplica- tion, sur un grand nombre de points, des moyens de rendre accessibles aux poissons anadromes, et particulièrement aux Saumons, les rivières dont ils ne pouvaient, sans le secours des échelles, franchir les embou- chures ; enfin, les efforts récents du gouvernement pour favoriser les pêches et leur rendre leur ancienne prospérité : voilà quelques-unes des innovations dont il était indispensable de tenir compte. A côté de ces grandes questions viennent se placer toutes celles qui se rapportent à ce qu'on peut appeler l'art du pêcheur. Les hommes qui le pratiquent et y sont devenus habiles verront, par les nombreux documents que contient le présent ouvrage, combien l'auteur est versé dans la connaissance de cet art, et ils y trouveront plus d'un enseignement nouveau. A ceux qui y sont encore novices, le dic- tionnaire fournira des renseignements précis et complets sur les nom- breuses armes inventées pour faciliter la victoire dans la guerre acharnée faite aux habitants des eaux. Ainsi, aux articles concernant les filets en général, et les différentes sortes de filets en particulier, soit les plus simples, tels que l'épuisette ou l'échiquier, soit les plus compliqués et les plus savamment disposés, comme les madragues, aucun de ces instruments, sous quelque nom qu'on les désigne, ne paraît avoir été omis. Toute l'histoire de la pêche à la ligne, où le succès ne s'obtient qu'à force d'habileté, se trouve dans une série de paragraphes qui, si on les PREFACE. XIII range dans un ordre méthodique, traitent d'abord de l'instrument. Il s'agit, en premier lieu, despe?'ches, des cannes à pêche si différentes les unes des autres, puis des ligjies^ c'est-à-dire des fils destinés à supporter l'hameçon dont le volume ou le numéro^ suivant l'expression technique, et dont la forme, ainsi que celle du dard qui le termine, offrent tant de variétés essentielles à connaître, puisque toute la pêche, selon l'un des aphorismes du praticien, est dans le choix de l'hameçon. V empilage, c'est-à-dire la manière de le fixer à Vavaticée, exige les soins les plus minutieux. Enfin, la flotte est employée sous des modèles si divers, que l'auteur craint, malgré les détails où il est entré, soit à l'occasion de ce mot, soit en parlant du bouchon, d'en avoir laissé échapper quelques-uns dans son énumération. L'instrument prêt à fonctionner doit être armé. On doit faire un choix judicieux, selon la pêche à laquelle on veut se livrer, et suivant la saison, soit des pâtes, soit des a?norces ou appâts, dits aussi esches, dont Y emploi est longuement expliqué. La manière d enferrer les esches réclame toute l'attention du pêcheur. Comment se servira-t-il d'une arme ainsi préparée? Pêchera-t-il à la canne fixe, ou jettera-t-il la ligne de manière à fouetter ; la lancera-t-il à grande volée, ou pêchera- t-il dMjMsser, comme on le fait surtout dans les chutes rapides, ou bien, emploiera-t-il la ligne courante, la ligne dormante ou. la ligne à grelots? La convenance de tel ou tel de ces procédés, les avantages ou l'incon- vénient que chacun d'eux présente, sont sagement discutés. A cette pêche veut-on substituer celle si animée et si préconisée par les Anglais? On trouvera exposé aux mots Mouches artificielles, Papillons et Pêche à la mouche naturelle, tout ce qu'il importe de savoir sur un sujet qui n'a point paru à l'illustre chimiste Humphry Davy indigne d'oc- cuper les rares loisirs que ses nombreuses occupations lui laissaient et qu'il a consacrés à la rédaction d'un livre sur la pêche du Saumon [Salmonia), plein de faits intéressants et pour le naturaliste et pour le pêcheur. Que de déceptions sont réservées à celui-là même qui est le mieux outillé, s'il ignore la manière dont le poisson, soit dans l'eau douce, soit à la mer, se jette sur l'appât ! On se convaincra de l'utilité de notions précises à cet égard, en étudiant l'article consacré à la description de l'attaque des poissons. Là, se dévoilent les ruses nombreuses et variées XIV PREFACE. des habitants des eaux qu'il faut encore savoir déjouer quand il s'agit de noyer le poisson qui, après s'être enferré, cherche à se dégager. Toutes les espèces d'ailleurs ne se pèchent pas à la même saison, et au mot Calendrier sont réunies les indications nécessaires sur les moments de l'année et sur les heures du jour où, pour ne pas éprouver trop d'insuccès, il convient de tenter les hasards du combat. En outre, on doit bien constater Y aspect des eaux^ c'est-à-dire en son- der la profondeur, en étudier le courant et savoir sur quel fond elles roulent, pour en connaître, par avance, jusqu'à un certain pas, la population, et, par conséquent, dans une localité oii l'on n'a pas encore eu l'occasion de lancer sa ligne, dresser en vue du succès, sur son carnet d'étude^ un tableau dont l'auteur donne un modèle et où sont inscrites, en regard de points de repère fixes, les indications dont il s'agit. Les détails qui précèdent suffisent pour montrer, sous un point de vue spécial, les secours que l'on a tirés de la lecture des articles dont je viens de donner les titres. Je ne puis pas, en raison même des limites étroites de cette préface, pousser plus loin l'analyse de la portion du livre consacrée à l'examen des questions pratiques. L'auteur, d'ailleurs, n'a pas envisagé son sujet, sous un seul aspect. Obligé, presque à chaque page, de citer des noms de poissons , il a trouvé utile, et avec juste raison , de faire connaître les animaux dont il avait sans cesse à parler. Abordant ainsi l'histoire des pêches par son côté scientifique, il ne pouvait pas négliger les détails principaux sur l'anatomie et sur la physiologie des poissons. Voilà comment le Dictionnaire des pêches est forcément devenu un Dictionnaire d'ichthyologie. Tout ce qui se rattache aux Lois sur la pèche est commenté et attentive- ment étudié. L'auteur, très-expérimenté dans les manipulations photographiques, n'a négligé aucune occasion de se servir de la science nouvelle et de prendre, sur les poissons mêmes, préparés par une méthode rapide de son invention, des images qui, reproduites, soit par la gravure sur bois dans le texte, soit par la lithographie, pour de belles planches formant album, donnent la repiésentation excellente d'un grand nombre d'espèces. Au mérite de l'exactitude des figures, s'en joint un autre souvent absent PRÉFACE. XV des ouvrages d'histoire naturelle : je veux parler de l'expression de vérité qu'on y remarque. Les poissons vivent, en quelque sorte, sous le crayon ; ils sont en mouvement et occupent la position qu'ils pren- nent en nageant. Le fond sur lequel ils se détachent, pour la plupart, et l'eau qui les baigne ajoutent à l'illusion. Des dessins anatomiques placés au milieu des descriptions aident le lecteur et lui font mieux comprendre ce que le texte, malgré sa précision, pourrait laisser d'obscur dans l'esprit de ceux qui ne sont pas habitués aux expressions techniques dont il faut se servir, quelque réserve qu'on apportée leur emploi. Aux figures propres à faciliter la connaissance des animaux et de leur organisation, l'auteur en a ajouté un beaucoup plus grand nombre rela- tives à la pratique de l'art du pêcheur. Pas un engin n'est nommé, pas un procédé de pêche n'est décrit, pas un appât vivant n'est signalé sans que le texte soit enrichi de figures aussi variées que le sujet l'exige. Dans cette encyclopédie illustrée, l'art du dessinateur, où M. A. Mesnel se montre fort habile, tient donc une place importante tant par la copie des belles photographies sur nature que l'auteur réunissait depuis bien des années déjà dans ce but, que par la reproduction d'une foule d'objets dont la connaissance exacte ne doit point échapper à celui qui veut apprendre, et doit devenir familière au praticien. Tels sont, en résumé, le plan et le mode d'exécution du livre de M. de La Blanchère. Ce n'est, au reste, que le premier volume de ce grand ouvrage. Le second, traitant des Pêches de la Baleine, du Hareng, de la Sardine, du Thon, du Maquereau, de la Morue, etc., de la Pisciculture fluviatile et de la Pisciculture marine, de l'Ostréiculture, ainsi que de l'exploitation des Plages, sera une Histoire des Grandes Industries des eaux destinée à compléter l'œuvre considérable qu'il a entreprise. AUG. DUMÉRIL. LA PÊCHE ET LES POISSONS NOUVEAU DICTIONNAIRE GÉNÉRAL DES PÈCHES ABBE. — Nom de V Ablette dans diverses localités. (Voy. Ablette, Pêche.) AELE [Genre], (Leuciscus ou Cyprinus). — Les Ables formaient, dans la classification de Cuvier et Valenciennes, un genre appartenant à la première famille, les Cyprinoïdes, du 2e ordre des poissons osseux, les Malacoptërygiens abdominaux. Quoique, sous le mot Able, on rangeât un groupe de poissons assez naturel, les classificateurs modernes ont senti le besoin d'y créer de nombreuses divisions, et le mot a été abandonné. Aujourd'hui les Ables correi^pondraient aux genres : Ablette., Rotengle, Gardon, Ide, Chevesne, Véron et Chondrostome. (Voy. ces mots.) Quoi qu'il en soit, la grande division primitive des Ables en un seul groupe n'est point absolument à rejeter, car tous ces poissons ont, au premier coup d'œil, un certain air de parenté évidente et une grande ressemblance comme couleur générale. Leurs différences sont surtout appréciables quand ces poissons sont comparés vivants, dans les eaux qu'ils habitent ensemble. Aussi les divisions qui séparèrent les espèces furent-elles basées d'abord sur la largeur plus ou moins considérable du corps, sur la coloration plus ou moins mar- quée des nageoires, mais elles se trouvèrent souvent si faibles entre certains individus que ceux-ci devenaient impossibles à distinguer, semblant métis des deux espèces. On a dû chercher autre chose, et la classification actuelle, sans être tout à fait rigoureuse, accentue davantage les sections ; mal- heureusement il a fallu recourir à un caractère anaton^j^que interne, et c'est surtout de la comparaison des dents pharyngiennes de chaque animal que l'on a tiré des divisions suffisamment tranchées pour séparer la masse des Ables. Ce caractère, impossible à reconnaître d'un premier coup d'œil, est, sous ce rapport, peu satisfaisant, mais on n'a pas trouvé mieux ; il faut attendre. (Voy. Cypri- noïdes, pour la classification générale de ces poissons.) En général, la position de la dorsale et le nombre de ses rayons fournissent des caractères diffé- rentiels, mais ils sont loin d'être toujours assez nets. Aussi, pour les gens du monde, la détermina- tion des individus offre-t-elle souvent de véritables difficultés. Compris sous le nom général et vulgaire de Poissons blancs, ce genre renferme d'ailleurs des espèces nombreuses et variées. La qualité du fond, les eaux, les herbes, la latitude, mille causes encore inconnues (Thabitat, sans parler du sexe, modifient souvent profondément l'aspect extérieur des individus de la même espèce, et rendent l'étude de ces poissjns d'eau douce une des plus ingrates et une des moins claires. Joignons à cela une synonymie mal établie et souvent très-douteuse, tant parmi les noms vulgaires que parmi les appellations scientifiques, et nous aurons une idée juste de 1 a AELE. la défiance qu'on doit apporter dans la détermination de ces poissons, d'autant que le mot Ahie est générique et spécial. Il faut remarquer, comme caractères généraux, que les Ables vraies ont l'anale étroite et soute- nue par 15 à 20 rayons seulement, tandis que celle de la Brème en a au moins 27. Ce caractère est le plus constant, car certains Gardons ont le corps presque aussi large et aussi aplati que certaines Brèmes plus râblées que les autres. Ce sous-genre, en outre, ne porte pas de barbillons, ce qui le sépare, d'un seul coup, des Goujons et des Tancbes ; de plus, il n'a aucun rayon épineux, ni 2^, ni 3» à la dorsale, ce qui le distingue des Carpes et des Barbeaux. Tous ces poissons ont la bouche dépourvue de dents, si ce n'est autour du pharynx. Aussi sont-ils des animaux non carnivores, destinés à être mangés tant par l'homme que par les poissons carnassiers dont ils forment la provende habituelle. Sur nos tables, la mollesse et la fadeur de leur chair très-remplie d'arêtes les font peu recher- cher, à moins qu'ils ne soient de très -grosse ou de très-petite taille. Dans le premier cas, les arêtes s'enlèvent facilement ; dans le second, on les accommode de manière qu'elles passent inaperçues. Leur chair, par le fait même de sa qualité spongieuse, participe facilement au goût du milieu où ils ont vécu. Dans les eaux vives et claires de la Loire, de la Garonne, de l'Allier et des rivières à fond sableux et plein de gravier, ces Cyprins ont la chair assez ferme et de bon goût ; mais si, au contraire, on les a pris dans les petites rivières vaseuses et sans courants qui affluent de l'intérieur des terres aux rivières plus considérables, ou dans les étangs à fond glaiseux, ces poissons contrac- tent un goût désagréable de marais et de vase, et présentent une chair beaucoup plus molle. Tous se nourrissent d'insectes et de détritus qu'ils happent très-adroitement à la surface de l'eau. Aussi, pour les pêcheurs à la ligne, ces poissons portent-ils le nom de Poissons de surface. Ce sont ceux que l'on prend, k la mouche naturelle ou artificielle, dans les beaux jours de l'été, alors qu'ils chassent vigoureusement entre les herbes, auprès des piles des ponts et des barrages, auprès des écluses des moulins, etc. Dans la Loire, l'Allier et toutes les rivières à eau claire peu profonde, on les voit, au printemps, frayer en longues troupes sur les bancs de sable, à demi découverts au milieu du fleuve; ils sont là, défendus des pêcheurs par le désert de sable et d'eau qui les entoure et leur permet de fuir à l'approche du premier objet qui leur semble suspect. ABLE [Genre]. — La pechc des Ables de toutes les espèces est, à proprement parler, la Pêched'eau douce; c'est celle qui se fait le plus souvent, c'est la seule, même, que la plupart des pêcheurs à la ligne aient faite, car ces poissons étant de beaucoup les plus nombreux dans les cours d'eau et les étangs de la France, ce sont eux natu- rellement que les pêcheurs ont dû le plus souvent rencontrer. D'autant mieux que, par une singulière fatalité, ils semblent moins défiants et plus faciles à prendre que les autres. On dirait que la nature en a fait une manne répandue partout pour calmer l'impatience du pêcheur avide de capture, le satisfaire par un triomphe aisé, et lui ôter l'idée de poursuivre une proie plus glorieuse mais plus difficile à conquérir. En effet, un grand nombre d'amateurs de la pêche s'en tiennent à un succès assuré, et prennent force Dards, Ablettes et Chevesnes, plutôt que de faire la guerre à la Carpe rusée, au Barbillon robuste ou à la Truite agile. Parmi les Ables se rencontrent d'ailleurs des individus de grande taille et de force respectable, qui nécessitent l'emploi de moyens de pêche appropriés. Les énormes Chevesnes qui se promènent nonchalamment dans les trous formés devant le déversoir des moulins, ne peuvent être capturés avec la môme ligne et la même canne que les Ablettes qui couvrent la surface de l'eau près des lavoirs ou des usines dans lesquelles on lave des laines et des peaux. Le genre Able renferme ce que l'on appelle, avec raison, les Poissons de sur- face, parce qu'ils habitent cette partie des, rivières dès que les rayons du soleil ont acquis un peu de force. On les voit alors remonter des fonds d'eau, des sources chaudes où ils se sont tenus, à moitié engourdis, pendant l'hiver, et venir chasser les premiers insectes que le vent du printemps fait tomber sur les eaux encore froides. Ce genre de nourriture, pour lequel cependant aucun d'eux ne dédaigne les ABLES. 3 aubaines plus substantielles que peut lui amener le courant, les rend tous aptes h se laisser prendre à la mouche naturelle-ou artificielle, à l'insecte, etc. En pochant à la surprise surtout, on en prend, sans fatigue et sans diffi- culté, des quantités considérables. Parmi les Ables, il faut mettre à part les Gardons , qui, eux , se tiennent plus volontiers au fond, dans certaines rivières, ce qui ne les empêche pas de mordre parfaitement à la mouche comme leurs cousins les Chevesnes et les Ablettes. Ce sont plutôt des habitants de la partie moyenne des eaux que du fond absolu, où se trouvent seulement les plus grosses pièces. Les troupes que les poissons de cette dernière espèce aiment à former, se promènent entre deux eaux, mais viennent volontiers à la surface happer la mouche perfide que l'on y fait jouer. Remarquons enfin un fait intéressant, c'est que toutes les Ables, — nous jpar- lons des espèces qui sont susceptibles d'un fort développement : Chevesnes, Gar- dons, Rosses, Nases, Dobules, etc., — parvenues à une taille respectable et à un poids de 2 à 3 kilos, changent de mœurs, se transforment en Poissons de fond, chasseurs, carnassiet's même, et, — fait remarquable, qui indique que l'intelligence existe chez eux comme chez tous les autres animaux, — deviennent, sans doute grâce à leur expérience, très-fins, trcs-défiants, et très-difficiles à prendre. L'étourderie du jeune âge s'est envolée ; la vie leur a apporté ses conséquences. Ce sont de vieux routiers, contre lesquels le pêcheur doit déployer toutes les ressources de son habileté. ABLES DES EAUX DE FRANCE. — Les Ables proprement dites, ou Poissons blancs, que nourrissent les eaux de la France, sont : 1° L'Able aspe {Cypriniis aspii/s) (?). 2° L'Able Dobule {Cyprinus Dobula). 3" L'Able Chevesne {Squalius Cephcdus). 4" L'Able Chevesne méridional {Squalius meridionalis). 5" L'Able Chevesne treillage {Squalius clathratus). GO L'Able ide {Cyprinus idus). ( ^"''^f ^' auteurs pensent que ce poisson -0 L'Able Jesse Cyprinus Mes). '%^' ''f'' '''''''''^^ '^' "^'"'^ provenances ^^ ' \ dinerentes. 8" L'Able nase {Cyprinus ou Chondrostoma nasus). {)° L'Able nase bleuâtre {Chondrostoma ccerulescens). 10" L'Able nase de Drême {Chondrostoma Bremœi). 11° L'Able nase du Rhône {Chondrostoma Bhodanensis). 12° L'Able rosse — Gardon — {Cyprinus ou Leuciscus rutilus). 13° L'Able Gardon pâle {Leuciscus pallens). 1-4° L'Able Gardon rutiloïde {Leuciscus rutiloïdes). 15° L'Able Gardon de Sélys {Leuciscus Selysiî). 16° L'Able Gi^vàon \QX).^evo\\ {Leuciscus p7'asinus). 17° L'Able rotengle — Gardon rouge — {Cyprinus crythrophthalmus). 18° L'Able vandoise — Dard — {Cyprinus ou Squalius leuciscus). 19° L'Able vandoise Aubour {Sq^talius Bearnensis). 20° L'Able vandoise Blageon {Squalius Agassizii). 21° L'Able vandoise Bordelaise {Squalius Burdigalensis). 22° L'Ablette alburnoïde {Cyprinus alburnoïdes). 23° L'Ablette spirlin — biponctuée — Éperlan de Seine — {Cypr, bipunctatus). 4 ABLETTE. 24" L'Ablette de Fabre {Albunius Fabreî). 25° L'Ablette hachette {Leuciscus dolabratus). 26° L'Ablette mirandelle {Alburrms mirandella). 27° L'Ablette ordinaire {Cyprinus albuvnus). 28° L'Ablette vairon {Cyprinus phoxinus). 29° L'Ablette Vernhe {Cyprinus Vernhe). ABLET. — (Yoy. Ablette, Hist. Nat.) ABLETTE [Genre], (Alburnus, Rond). — Malacopt. abd». Cyprinoid. Ce petit genre, comprenant au moins six espèces pour la France, n'aurait presque que des carac- tères négatifs au milieu des autres cyprins, si sa mâchoire inférieure proéminente, sa dorsale très- reculée en arrière des ventrales ne le distinguaient un peu. Chez tous, l'anale est longue ; mais ce qui groupe bien ces poissons ensemble, c'est leur fades dépendant de la qualité de leurs écailles nacrées, caduques et minces. Dents pharyngiennes longues, pointues, grêles, sur deux rangs ; 2 internes très-petites, et 5 plus grandes au dehors. Chaque dent un peu en scie sur son bord postérieur. ABLETTE COMMUNE, (Cyprinus ou Alburnus lucidus, Heck.).— Malacopt. abd'. C\prin. Long. max. =0'°,I5; haut. =0">,03. Syn : Bl'ttk, angl. — Weiss fisch, Ukeley, ail. — A1phenam\ hoU. — Sslawa ou Sôlyla, russ. — Arborello, ital. — Rondion, suiss. Ce petit cyprin a le corps étroit, un peu aplati et allongé, argenté et brillant ; de même cour- bure en dessus qu'en dessous ; par conséquent, le dos un peu arrondi en arc, vert-bleuàtrc. Côtés, flancs et ventre blanc argenté, sans reflets colorés. La télé est allongée, pointue ; la mâciioire infé- rieure plus longue que la supérieure, et un peu relevée du bout. Yeux grands et brillants, à pru- nelle noire. Dorsale de 10 rayons ; anale de 20. Nageoires pâles, généralement teintes de rouge à l'endroit où elles s'attachent au corps. Les écailles de ce poisson tiennent à peine à la peau ; elles sont petites et minces. Celles des côtés sont argentées et couleur perles d'Orient; celles qui couvrent le dos sont bleuâlres, avec un re- flet vert. Les,Ablettes, dont la couleur du dos est plus intense, sont moins estimées des fabricants de perles que les pâles, dont les écailles blanches et argentées servent à faire des perles fausses au moyen d'une préparation qu'on appelle essence d'Orient. L'Ablette ressemble un peu à l'Éperlan, mais elle ne porte pas l'appendice muqueux ou na- geoire adipeuse qui caractérise celui-ci, et le fait rentrer dans la famille des Salmones. Regardée entre le soleil et les yeux, elle est transparente, et cependant le dos est épais et charnu. La ligne latérale, qui part de l'opercule des ouïes et aboutit au milieu de la queue, forme une courbure assez considérable du côté des ouïes. Tous les poissons carnivores recherchent ce cyprin et ses œufs. Le seul défaut de l'Ablette comme appât vif, c'est qu'elle meurt sortie de l'eau et que, même remise de suite dans son élément elle y supporte très-peu de temps la piqûre de l'hameçon et la captivité au bout de la ligne. Dans quelques pays, en Suisse par exemple, on sale et on sèche l'Ablette, puis on la mange pré- parée à l'huile et au vinaigre. La chair de ce poisson est en général maigre, sèche et pleine d'a- rêtes, ce qui la rend peu recherchée. On croit ce petit cyprin originaire de la mer Caspienne. Nous pensons plutôt qu'il est indigène des eaux douces de l'Europe entière. ABLETTE COMMUNE. — La pêche de l'Ablette à l'hameçon est une des plus faciles. C'est celle à laquelle s'exercent les gamins au bord de toutes les rivières et de tous les ruisseaux, car le petit poisson qui nous occupe est extrême- ment répandu dans les eaux douces de la France. On peut dire de l'Ablette qu'elle est la gourmandise faite poisson. Elle mord à tout ce qu'elle peut avaler, et même attaque et tourmente des amorces aussi "•rosses qu'elle, mais dont elle espère détacher quelques bribes à son profit. Par un temps sec, en été, on prend l'Ablette avec l'asticot, entre deux eaux : avec la mouche naturelle ou les mouches artificielles, de surface. Il faut môme "^déployer un soin continuel quand on pêche à la surprise les Chevesnes, Dards et Gardons, pour garantir sa mouche naturelle des attaques de ce petit rapace en W u -M œ Q iz; O o > O o c \\ 1=5 -CD ^ 'o p: E— I cti 1^; C=D i2 Pxq — E-i O _ o CO 0. CD w ABLETTE. 5 acharne et endiablé. Les Ablettes sautent à 1 décimètre hors de l'eau, pour saisir au vol la mouche friande que vous laissez imprudemment approcher d'elles, et, ce qui est vraiment curieux comme miracle jd'adresse, c'est qu'elles ne la manquent pas et se manquent toujours. L'Ablette est donc un des poissons les plus vifs, les plus lestes et les plus adroits à dépouiller un hameçon sans y rester accrochés. Aussi peut-on, avec vérité, certifier aux apprentis dans le noble art de la pèche que, lorsqu'ils sau- ront bien piquer une Ablette à la mouche, ils auront dix fois plus de facilité à prendre un poisson vingt fois plus gros, mais dont le ferrer est moins rapide, et l'attaque moins fugitive. En effet, l'Ablette s'est élancée, a dévoré l'insecte et a fui au loin, avant que votre main ait pu transmettre au scion le mouvement qui doit enfoncer le dard dans les chairs de la gourmande petite bête. Dans certains grands fleuves où l'Ablette pullule, on la prend en quantités énormes, au moyen de la pêche à fouetter. (Voy. ce mot.) Il est d'ailleurs assez difficile d'indiquer les lieux qu'affectionne l'Ablette ; elle se tient partout : en été, à la surface de l'eau, où elle chasse sans cesse ; en hiver, au fond, parmi les roseaux et dans les sources d'eau vive, qui restent plus chaudes que la masse de la rivière. Au premier rayon de soleil, vous la voyez remonter à la surface et commencer sa chasse. On doit cependant remarquer que ce petit Cyprin se tient de préférence dans les endroits où un courant rapide et l'eau qui se renouvelle peuvent lui apporter les parcelles animales et végétales qu'elle recherche pour sa nourriture. Près des moulins, on la trouvera au-dessous des déversoirs, dans les filets d'eau que les vannes ou les pierres de l'écluse laissent passer. Au-dessus des mouHns, elle se tiendra en foule dans le fil de l'eau qui marche à la herse, la tête ordinairement tournée vers le courant, qu'elle remonte doucement et constamment en s'aidant d'un petit mouvement ondulatoire de la queue. Si quelque part on lave des peaux, de la laine, etc., les Ablettes y viendront en foule pressée, et alors on verra appa- raître les géants de l'espèce, qui représentent de très-jolis poissons, presque de la taille du hareng. C'est surtout dans la variété, dite alburnoïde, à dos presque horizontal, que l'on rencontre de beaux individus, véritablement susceptibles d'être mis en friture et d'off'rir aux dents autre chose qu'une petite masse d'arêtes et de chair filandreuse. Aussi, ces grosses Ablettes, appelées Libournaises dans le Midi, sont- elles fort recherchées, et c'est avec raison. L'Ablette sert elle-même d'appât pour le Brochet et la Perche, mais seule- ment à défaut d'autres poissons plus vivaces, tels que le Gardon, la petite Carpe, le petit Dard, le Goujon, la Loche, etc., qui tous vivent beaucoup plus longtemps qu'elle attachés à l'hameçon, et surtout se transportent plus loin dans le bidon ou seau approprié à la pêche au vif. Il faut se servir, pour pêcher l'Ablette, de très-petits hameçons n"" 16 à 20, montés sur un simple crin de cheval. La flotte peut être comparativement grosse, parce que le toucher de ce poisson est brutal, quoique d'une extrême rapidité ; et cependant, il est préférable de se servir d'une simple plume, qui indique l'attaque d'une manière plus rapide et plus sûre. En mettant trois ou quatre hameçons à la même ligne, on prend souvent plusieurs Ablettes d'un seul coup; dans ce cas, il n'est pas rare que la flotte soit relevée hors de l'eau, parce que ces poissons, au lieu de s'en- foncer quand ils ont pris l'esche, jouent avec elle et remontent à la surface de l'eau. 6 ABLETTE. On les prend aussi, sans flotte, avec un hameçon n" 16, monté sur un crin de cheval. On amorce avec une mouche ordinaire {musca domestica), dont elles sont très-friandes, et on laisse aller la mouche entre deux eaux. Le toucher est si in- tense que l'Ablette entraîne la ligne. En ferrant légèrement de côté, on rapporte, h tout coup, un de ces petits poissons. II nous semble inutile de nous étendre davantage ici sur les manières si variées de prendre les Ablettes; plusieurs de leurs pèches portant un nom spécial, tel que Xa pêche à fouetter, etc., se trouveront à la place que nous assignera leur rang alphabétique. ABLETTE ALBURNOÏDE (Cyprinus ou Aspius Alburnoïdes, Sélys). — Malacopt. abdom. Cyprin. Long. max. =0'",18; liant. = O^^Oi. Ce cyprinoïde, très-voisin de l'espèce commune, s'en distingue cependant avec un peu d'at- tention, d'abord par sa taille plus considérable, puis par les caractères suivants : Tête allongée, yeux très-grands (plus, proportionnellement, que ceux de l'xVblette type), d'un blanc d'argent, portant en haut une tache jaune ; dos verdàtre, les côtés bleu variant au noir, avec une bande longitudinale dorée et changeante suivant l'incidence de la lumière. Ventre et flancs blanc argenté, irisés ; oper- cules argentés portant de petits points noirs. Ligne latérale de 48 points blanc-jaunàtre. Dorsale et caudale un peu verdatres ; ventrales, anales, blanches ; pectorales légèrement jaunes. Le caractère le plus saillant de cette espèce, c'est que le dos est droit et que la ligne du ventre en paraît d'autant plus arquée. Dans l'eau, celte Ablette se reconnaît d'abord par sa taille, puis par la couleur vert-bouteille de son dos. Mêmes mœurs et habitudes que l'Ablette commune, même manière de la pêcher. Commune dans les rivières du N. -E. de la France, la Moselle, la Meuse ; au centre, dans le Loir, l'Eure, ;etc., en gé- néral dans toutes les rivières d'eau vive, à fond caillouteux et sans vase. Peu commune dans les fleuves. Ce poisson semble parfaitement conforme à celui auquel Bonnaterre donne le nom de Nimbe, et qui présente à la dorsale 12 rayons, 17 aux pectorales, 23 à l'anale et 20 à la caudale. L'Alburnoïde ressemble beaucoup au Nase petit, mais elle a l'intérieur du ventre blanc. (Voy. Temps du frai.) ABLETTE BIPONCTUÉE (Cyprinus ou Aspius bipunctatus, Lin.). — Malacopt. ab- dom. Cyprin. Long. max.= 0^,12; haut. = 0",03. Syn. : Lauben, allem. Yeux très-grands, blanc-jaune, portant en haut une tache violet-noirâtre. Dos vert pâle, un peu bleu sur les côtés ; ceux-ci marqués d'une ligne dorée, au-des.';ous de laquelle s'étend une bande violacée composée d'i.n grand nombre de taches rapprochées. Flancs et ventre blanc argenté. Ligne latérale de 50 points jaunes, entre deux lignes de points noirs fort petits, d'où vient le nom du poisson. Anales, de 16 rayons, et ventrales rouges à leur base et plus paies à l'extrémité ; pectorales très-rouges à leur base, blanches-vertes au sommet. Dorsales de 10 rayons, caudale de 20. Souvent la tache, existant à l'intersection des pectorales, est d'un beau jaune d'or ; dans ce cas, la nageoire est incolore et le corps entier participe à cet allai- blissement de la couleur, mais le dos est toujours remarquable par la bande orange pâle qui, de chaque côté, sépare le bleu du dessus du blanc pur des flancs. Cette bande n'a pas plus de deux écailles de large. Opercules argentés, avec une tache violette-noire à leur partie supérieure. Épine dorsale de 33 vertèbres, 15 côtes de chaque côté. Mêmes mœurs et mêmes usages que l'Ablette type. L'Ablette biponctuée se pêche dans la Seine sous le nom d'Éperlan de rivière, et dans la plu- part des rivières du Nord, où elle se trouve en compagnie de l'Alburnoïde. ABLETTE DE FABRE (Alburnus Fabrei, Blanc). — Malacopt. abdom. Cyprin. Long. max. = 0'°,I2. Cette espèce, voisine du Spirlin ou A. biponctuée, a le dos arrondi comme elle, la tête courte, les mâchoires égales, l'opercule plus court que l'A. commune. La ligne latérale a 50 points très-visibles et saillants ; les écailles grandes plus longues et plus arrondies que chez l'A. commune. D =8 rameux, après les 3 simples. A = 17 à 18 rayons branchus. Coloration de l'A. commune ; dents pharyngiennes plus courtes et plus faiblement dentelées. Se pêche dans le Rhône, vers Avignon. ABLETTE HACHETTE (Leuciscus dolabratus, HoU.}. — Malacopt. abdom. Cyprin. ACANTHOPSIS. 7 Cette Ablette s'éloigne déjà du type principal pour se rapprocher du Gardon rouge dont son œil grand, ses mâchoires égales, l'inférieure un peu plus courte, rappellent la figure. Le corps est moins effilé que chez l'A. commune, la tête plus massive, le dos un peu voûté, ce ([ui la rapproche delà VandoijC. Le dos est giùs bleuâtre ou verdàtre, le reste du corps argenté avec quelques points noirs sur les écailles, l'opercule et lajoue. Sa ligne latérale a 45-60 points ; au-dessus? ou 8 rangées, au-dessous 4 seulement. Les écailles sont plus longues et plus arrondies en arrière que celles de l'A. commune. Fraye en mai. D = 8 rameux + 3 simples; s'élève un peu en arrière de l'insertion des ventrales. A, très- courtes = 12 - 12 - 14 - 16, variables; nageoires inférieures jaunâtres. Se trouve dans la Moselle, la Meuse, le Rhin. ABLETTE MIRANDELLE (Alburnus mirandella, Blanc). — Malacopt. abd. Cyprin. Espèce assez voisine de l'A. commune, dont elle se distingue cependant par le dos et le sommet de la tête formant une ligne parfaitement droite, la mâchoire inférieure tout à fait ascendante et presque égale à la supérieure. L'opercule est plus grand que chez l'A. commune, et moins pointu vers la pectorale. La ligne latérale de 57 ou 58 écailles est plus tombante au milieu du corps, et serpente en se relevant derrière la tête. D = 8 rameux après les 3 simples ; un peu plus ample que chez l'A. commune. A = 15 à IG au lieu de 17 à 22. Corps d'un blanc d'argent. Sur la région dorsale, bleu foncé chatoyant comme la Sardine dont elle porte le nom en Savoie. On la trouve dans le lac Léman et dans celui du Bourget. ABLETTE SPIRLIN. — (\'oy. Spirlix ou Ablette biponctuée, Hist. Nat.) ABLIER. — Petit carrelet qui sert à la pêche des Ables. (Yoy. Carrelet GOUJONNIER, Pêche.) ABRAMIDOPSIS (Abramidopsis, Siéb.). — Malacopt. abdx. Cyprin. Sous-genre établi aux dépens du genre Brème, pour en séparer la Brème de Buggenhagen (voy. ce mot), par l'absence, chez cette espèce, de tout espace dépourvu d'écaillés sur la partie du dos, en avant de la dorsale. ABRAMIDOPSIS {Genre). — (Voy. Abramls Lecckartii, Hist. Nat.) ABRAMIS {Genre). — Le mot Abramis ou Abrmnus sert à désigner un genre, d'après Cu- vier, et a remplacé celui de Cyprinus, de Linné, devenu qualificatif exclusif du genre Carpe. ABRAMUS-ABRAMO RUTILUS. — (Voy. Brè.me-Rosse, Hist. Nat.) ABRAMUS B JŒRKNA. — Nom donné à la Brème Bordelière par Siébold dans ses Pois- sons d'eau douce de l'Europe moyenne. (Voy. Bré.me Bordelière, Hist. Nat. ) ABRAMUS BLICC A. —(Voy. Brème Bordelière, //îVMVaf.) ABRAMUS BRAMA. — (Voy. Brè.me commune, Hist. Nat.) ABRAMUS BUGGENHAGII. —(Voy. Brème de Buggenhagen, H^■s^ Nat.) ABRAMUS GEHINI. — (Voy. Brème de Gehin, Hist. Nat.) ABRAMUS HECKELII. — Nom donné à la Brème de Buygenhogen de Block , par Sélys-Longchamps dans ?a Faune Belge, p. 217; 1842. (Voy. ce mot.) ABRAMUS LEUCKARTII. — Nom donné par M. Siébold, dans ses Poissons de l'Europe moyenne, à la Brème de Buggenhagen, qu'il considérait comme une espèce pour laquelle il a com- posé le nom de Abramidopsis. Cette distinction était basée sur ce que cette Brème n'a pas d'espace sans écailles sur le dos, au-devant delà dorsale. ABRANCHES. — Ce nom créé par Cuvier, et qui veut dire privé de branchies, désigne une des trois grandes divisions de l'ordre des Annélides, ou vers à sang rouge. Ce groupe renferme les Lombrics ou vers de terre, les Sangsues, etc., qui sont fort utiles pour la petite et la grande pêche aux hameçons, et dont nous parlerons plus loin. ABUSSEAU. — Nom donné aux Athérines sur les côtes de Gascogne. (Voy. Athérine.) ACANTHOPSIS RUBANÉ (Acanthopsis Taenia, Agass.). — Malacopt. abdom. Cyprin. Long. max. = 0'",12 ; haut. = 0^1,01. Syn. : The spined loche, angl. Le genre Acanthopsis est une création du célèbre Agassiz pour y faire entrer la Loche de rivière. Quoique tous les Ichthyologues ne l'aient pas admis, nous avons cru devoir le conserver ici en donnant la caractéristique de l'animal qui avait servi de type et dont on retrouve la pêche et les mœurs plus loin, au mot Loche {Cobitis). 8 AGERINA. Tète très-comprimée, portant deux barbillons à la lèvre supérieure, quatre à l'inférieure : l'os préorLitaire est épineux : corps rousfàtre, marqué sur le dos de trois bandes latérales de taches verdâtres; l'inférieure plus large et formant 14 à 16 taches. Ventre blanc jaune. Nageoires jaunâ- tres, dorsale de 8 rayons etcaudale de 15, tachetées de brun. La caudale porte à son origine, au- dessus de la ligne latérale, une petite tache noire. Pectorales de \), ventrales de 7 rayons. Écailles assez distinctes qui semblent enfermées dans la peau. L'Âcanthopsis ou Loche vit dans les eaux claires et présente une chair maigre, sèche et coriace. Il porte beaucoup de noms différents et sert d'appât pour les poissons carnivores. (Voy. Temps de FRAI.) ACANTHOFTERYGIENS. — C'est le premier Ordre des poissons osseux, dont les ca- ractères généraux sont : Branchies en forme dépeigne. — Rayons osseux aux nageoires. Cet ordre comprend 15 familles ; 1» Percoïdes. i° Joues cuirassées. 3» Sciénoïdes. 4o Sparoïdes. '6» Ménides. 6o Squamipennes. 7» Scombiîroïdes. Sj Tœnioïdes. 9'' Teuthyes. 10" PharynËrieuslabyrinthiformes. 11° Mugiioïdes. 12" Gobioïdes. l.Su Pectorales pédiculées. 14o Labroïdes. 15" Bouche-en-flùte. Cette division, de beaucoup la plus nombreuse des poissons ordinaires, se reconnaît tout d'abord aux épines qui tiennent lieu des premiers rayons de la dorsale, ou qui soutiennent seules la pre- mière nageoire du dos lorsque ces animaux en ont deux. Quelquefois même, au lieu d'une première nageoire dorsale, ils n'ont que quelques épines libres. Leur anale porte aussi quelques épines pour premiers rayons, et il y en a généralement une à chaque ventrale. Leurnom, qui vient des deux mots grecs à-/.av6a épine, et TiTepûyiov petite aile, nageoire, leur a été donné par Artédi, et est caractéristique des nageoires piquantes qui distinguent si nettement ces animaux des poissons à nageoires molles et flexibles, auxquels il a donné le nom significatif de Malacoptérygiens. Nous venons de voir que Valenciennes et Cuvier ont subdivisé cet ordre en 15 familles fort na- turelles, dont plusieurs sont représentées par des poissons qui n'habitent pas notre hémisphère, ni les latitudes tempérées de l'Europe. AGARNE (Pagellus Acarne, Cuv.). — Acanthopt. sparoïdes. Long. max. = 0",40. Syn, : Axillary Bream, angl. — Bezugo, Madère. L'Acarne est beaucoup plus commun dans la Méditerranée que dans l'Océan; cependant on le prend quelquefois dans la Manche. C'est un poisson à corps ovale comprimé, à écailles grandes et ciliées, dont la couleur générale est d'un rose argenté. L'espace entre les yeux est brun-rouge, et les préopercules sont un peu gris plombé. A la base de la pectorale se trouve une tache d'un violet noir très-foncé, qui persiste même après la mort. Les yeux sont grands; la ligne latérale, de 70 écailles, suit la courbe du corps. D = 12 + 11. P=1G. V = l +5. A=3+10. C=17. La queue est fourchue. La base de la caudale et la membrane entre les deux derniers rayons des nageoires, l'anale et la dorsale, sont couvertes de petites écailles fines. (Voy. Pagel. ) ACCRUES. — On appelle ainsi des boucles que l'on fait servir de mailles et que l'on ajoute à celles déjà complètes pour donner au filet plus d'étendue. C'est donc une maille supplé- mentaire qu'on prend dans un rang en la jetant entre deux mailles du rang supérieur. L'emploi des Accrues est indispensable pour tous les filets qui ne sont pas cylindriques. Lorsqu'on a jeté la maille A sur la maille B, avant de jeter la suivante sur la maille D, on en jette d'abord une au-dessus du nœud C, qui unit les mailles B et D, ce qui produit une maille supplémentaire G, en forme de pigeon (voy. ce mot). (Voy. Mailler un filet.) ACERINA (Genre). — tVoy. Gremille, Genre, Hist. Nnt.) AGHÉES. 9 ACERINA CERNUA. — Siébold, Poissons de l'Europe moyenne; synonyme (l'Jcen«a vulgaris, Cuv. (Voy. Gremille ou Perche goujonnière.) ACHËES. — On nomme ainsi, communément, des vers de terre qui servent de nourriture aux oiseaux et d'appâts pour la pêche. Ces vers, surtout en été', pendant les temps secs et chauds, sont assez difficiles à trouver et il faut, pour s'en procurer, employer, même dans toutes les saisons, des moyens appropriés. Ces animaux se tiennent de préférence dans les endroits humides, et où l'humidité peut se charger de particules animales, et en imprégner la terre que ces vers avalent et rendent privée de ces matières que leur organisme s'est assimilées. Aussi les rencontre-t-on en abondance aux environs des fumiers humides, et non chauds ou en putréfaction, mais tout à fait fermentes et réduits en terreau. On les trouve également dans les prés où vont les bestiaux, dans les cours où coulent les eaux mé- nagères, dans les jardins bien garnis de fumier consommé, etc. L'endroit où l'on rencontre les meilleurs est sous un dépôt,en tas, des herbes fauchées d'une ri- vière ou d'un étang. Ces matières, en pourrissant, forment un compost noir dans lequel se dévelop- pent des vers rouges excellents pour la pêche. Nt)us venons de souligner le mot 7^ouge parce qu'il qualifie l'espèce la meil'eure et la plus re- cherchée des poissons, et en même temps celle qui vit le plus long- temps dans l'eau. Or, il faut remarquer que c'est surtout sur les vers envie que les poissons aiment à satisfaire leur voracité. La Perche, la Truite n'attaqueront presque jamais un ver mort ou d'une autre espèce que le rouge. Les poissons de fond et ceux de la famille des Ables sont également sollicités beaucoup plus vivement par le ver qui frétille et s'agite en tous sens, que par celui qui pend comme un Lrin d'herbe au bout de la ligne. Les espèces que l'on trouve le plus communément, sont : 1° Le Ver rouge à tête plus foncée. Il n'est jamais très-gros, et ne se rencontre pas souvent plus long que 0™,10, ni plus gros qu'une plume d'oie moyenne. 2° Le Ver rose, ou Achée de terre proprement dite, qui parvient à une grosseur très-respectable, ayant (,™,35 de long sur 0™,008 de diamètre. 3° Le Ver annelé, dont le corps est formé d'anneaux rouges et jaunâtres alternatifs et qui, quand on le coupe, rend une humeur jaune liquide d'une odeur particulière. Ce ver ne devient jamais plus long que O^jOG à 0™,0<', avec la grosseur d'une paille de blé. Il est bon, quand on ne peut trouver de vers rouges vrais. Cependant beaucoup de poissons ne l'attaquent pas; ils s'en approchent, et sont repoussés par son odeur qui, probable- p•^g 3_ ment, ne leur convient pas. Ainsi, la Perche le dédaigne; le Gardon, la Brème également. On le trouve, non auprès, mais dans les fumiers de cheval et do détritus de légumes. 11 s'enfonce moins profondément pendant les chaleurs que les vers rouges et roses ; aussi, en été, c'est celui que l'on ne recueille que trop facilement. 4° Le Ver jaune on verdâtre, court, dur et qui se trouve dans les terres fortes qui n'ont point été remuées depuis longtemps. Sa longueur est de G°>,05 à 0",07 : il a la grosseur d'une petite plume d'oie. Le poisson y mord peu. C'est dommage, car ce ver est longtemps en vie dans l'eau et tient bien à l'hameçon. Il n'est guère attaqué que par la Carpe, le Gardon de fond, dans les étangs, et l'Anguille dans les rivières à courant moyen ; les poissons blancs s'en détournent et n'y touchent pas. Il est probable que les poissons de fond des étangs, ayant plus souvent occasion de le rencontrer entre les racines des herbes et dans les détritus des champs et des berges emmenées par les grandes eaux, s'y habituent et finissent par ne plus le dédaigner. Ce ver se trouve facilement en été en piochant des terrains un peu argileux non remués depuis longtemps. 6" Nous ne parlerons ici des autres espèces de vers employés pour la pêche que pour mémoire, car ils ont chacun leur article à part. On connaît et on emploie le Ver de mouche ou Asticot, et le Ver à queue, larve vivant dans les lieux de déjections immondes et dont nous ne conseillons pas de se servir, puisque d'autres plus propres le remplacent fort bien. Enfin le Ver d'iris, indiqué par Wallon; le Ver de vase ou larve de névroptère, employé beaucoup à Paris et que les poissons des environs connaissent, tandis que, transporté dans d'au- tres rivières, les poissons, même les plus voraces. Ablettes, etc., s'en détournent et en ont peur. Nous ne pouvons mieux terminer cet article qu'en indiquant quelques recettes aussi vieilles que l'invention de la pêche à la ligne, et qu'on recommande pour se procurer des vers. Nous avons tou- jours, nous, employé la bêche ou la pioche comme moyen, un peu long, mais sûr. Dans un pré ou un lieu rempli d'herbe, on trépigne sur la terre au même endroit pendant 8 ou 10 ADIPEUSE. 10 minutes. On voit alors sortir les vers tout autour de soi. Il faut ne les ramasser que quand ils sont absolument hors de terre. Si l'on s'arrête un instant, ils rentrent aussitôt, et si l'on en veut saisir un à moitié sorti, il se cramponne si fortement qu'on le casse plutôt que de l'arracher. Lorsqu'on est au temps des noix vertes, on en prend 25 ou 30 dont on râpe le brou sur une bri- que plongée dans un seau d'eau. L'eau devient amère et on la répand sur la terre ; les vers sortent au bout d'un instant. Le même moyen s'emploie également avec une décoction de feuilles de noyer ou de chanvre. Les Achées se peuvent recueillir encore la nuit avec une lanterne sourde dans les allées d'un jardin ; mieux après une pluie ou un brouillard. Quand il fait sec, elles ne sortent que dans des lieux humides ou à l'abri du vent et du soleiL ACIPENSER {Genre). — Les Esturgeons sont des poissons de forme allongée, à bouche placée en dessous, privée de dents et saillante, espèce d'ouverture elliptique, garantie par un museau pointu avancé et immobile qui leur sert, sans doute, à fouiller les sables et les vases. Entre la bouche et le museau, 4 barbillons. Les Esturgeons sont très-remarquables par suite des plaques osseuses cutanées, disposées en 5 séries sur leur corps. Elles sont de grandeur différente et toujours garnies d'une pointe plys ou moins émoussée. La caudale est formée de deux lobes dont le supérieur est très-long, comparative- ment à l'inférieur. Poisson de mer de grande taille, remontant dans les grands fleuves. Une seule espèce pour la France. ACIPENSER STURIO. — (Yoy. Esturgeon.) ACHON. — Les pêcheurs de la Moselle donnent ce nom à VAble Dohule. On prononce aussi A»cÂon ei Ançon. (Voy. Chevesne. ) ACON. — Sous Charlemagne, et même avant lui, on se servait de l'Acon le long des rivages de la Saintonge, car il en est fait mention dans la loi salique. L'acon n'est qu'un assemblage de trois planches de sapin, dont l'une forme le fond de cette espèce de bateau. Le conducteur de l'acon s'appuie sur le genou, passe en dehors la jambe droite, et frappe de son pied la vase. Au moyen de cette espèce de rame, il fait glisser l'acon sur ces fonds mous, et franchit ainsi des espaces qu'il ne pourrait traverser autrement. Le pécheur va alors tendre ses fdets assez loin du rivage. L'Acon est surtout employé aux environs de la Rochelle, sur les côtes d'Esnandes. ACULEATUS (Gasterosteus). —(Voy. Épi.noche.) ACUS (Raja-. — {Voy. Raies, § 15.) ADIPEUSE (Nageoire). — La famille si naturelle des Salmones présente tous les individus qui la composent avec deux nageoires dorsales ; mais la seconde de ces nageoires se montre sous une formesi singulière que, jusqu'à présent, les naturalistes ignorent complètement à quoi elle peut servir à l'animal qui la porte. Au lieu d'être formée de rayons plus ou moins solides reliés par une membrane et destinés à frapper l'eau ou du moins à lui opposer une résistance calculée, cette nageoire est composée de rayons absolument rudlmentalres enfermés tous ensemijle dans une espèce de sac membraneux rempli de tissu graisseux, d'où lui vient son nom àoiTro;, graisse. La forme générale de cette nageoire représente une espèce de crête de coq non découpée et pen- chée en arrière vers la qu^e : c'est plutôt un appendice qui semble dénué de mouvements propres, qu'un organe analogue aux nageoires. C'est donc très-improprement qu'on lui a donné ce nom : celui ^'appendice ou d'excroissance adipeuse serait plus exact et rendraitmieux, à l'esprit, l'image qu'il pré- sente aux yeux. La nageoire adipeuse des Salmones est généralement de couleur très-foncée, noire, brune ou verdâtre, assez semblable aux parties les plus obscures du dos. Chez certaines Truites elle porte une ou plusieurs taches rouges tout à fait caractéristiques. Sa longueur même sert à la distinction des espèces dans le genre des Salmonidés, quoiqu'il semble que cette nageoire soit plus grande chez le mâle adulte que chez les femelles. Aurait-elle donc quelque connexion avec l'appareil génital, comme les cornes et autres appendices variables des animaux supérieurs qui n'apparaissent qu'à l'époque de la puberté? C'est ce que l'on ne sait pas. Le rôle de l'adipeuse est absolumeat inconnu. En a-t-ellemême un? C'est ce qu'il est presque permis de nier, quand on volt les poissons que l'on en a privés, vivre aussi alertes qu'avant l'opération. AIGUILLAT. 11 AESCHE. — Dénomination alsacienne de V Ombre commun. (Voy. ce mot.) AESSEAU. — Nom de l'Épervier dans quelques départements de France. (Voy. Épervier.) AGRION (Agrio, Latr.). — Genre d'insectes névroptères, de la famille des Suijulicornes, comprenant toutes les espèces de Demoiselles ou Libellules à corps linéaire, portant les ailes ver- ticalement pendant le repos. Ces animaux ont la tcte courte, large, le front plat, les yeux globuleux et saillants. Les Agrions fréquentent le bord des eaux douces où ils sont nombreux. Ils respirent l'eau par l'anus et sont remarquables par leurs couleurs brillantes sur l'abdomen et leurs ailes métalliques et chatoyantes. Ils font entendre envolant un cliquetis particulier, quand, en changeant brusquement de direction, leurs ailes membraneuses et sèches frap- pent les unes contre les autres. Le type de cette famille est VAgrion vierge, remar- quable par sa couleur bleue. Ces insectes sont placés entre les Libellules ou De- ,moiselles dont ils ont les mœurs, et les Ëphémères. Mis à l'hameçon pour la pèche à la mouche, ils plai- sent quelquefois aux poissons, mais le plus souvent leurs ailes raides sont un obstacle. En mordant sur eux, les Chevesnes, Dards, etc., se blessent et recrachent l'appât. ^''J- ^- " -^»''''^" "''''S'^- ^^'^- °**-> Il est toujours préférable d'arracher les ailes, de se servir du corps seulement, et de mettre, sur la pointe de l'hameçon, un autre insecte à ailes molles. AGÛEILLE. — Nom gascon de l'Orphie. (Voy. ce mot.) AGUGLIAT. — Nom de l'Aiguillât à Nice. (Voy. Aiguillât.) AGUIJE. — Nom de l'Orphie aiL\ Martigues. (Voy. Orphie.) AGUILLA. — Nom de l'Aiguillât aux Martigues. (Voy. Aiguillât.) AGUILLAT. — Nom de la Roussette petite, ou Chien de mer, dans plusieurs départements du Midi. (Voy. Roussette.) AGUIO. — Nom de l'Orphie aux environs de Nice. (Voy. Orphie.) AGULIA. — Nom languedocien de V Aiguillât. (Voy. ce mot.) AGULIO. — Nom languedocien de V Orphie. (Voy. ce mot.) AICHE. — Synonyme de Esche. (Voy. ce mot.) AIGLE. — On donne à Dieppe, où on le prend souvent, le nom d'Aigle au Maigre [Sciene). (Voy. ce mot.) AIGLE (Raie). — (Voy. Raies, § 1-4). AIGUILLAT (Spinax acanthias, Flem.). — Chondropt. à branch. fixes, plagiostome. Long, max = \°^,hO. Syn. : Picked dog, Picked dog fish, angl. — Haafisk, dan. — Pighaa, norw. — Haafu)\ island. — Hag, suéd. — Dùrnhay^ Dornhund, Spoimhag, a\l. — Speerhuay, hoU. — Âzio, oguzeo, pesce ca;2, ital. — Spinec, bret. — Sea-dog, écoss. — Peixe prego, portug. Squale très-voisin du Requin, mais n'ayant pas d'anale et portant des évents. Ces animaux ont une forte épine en avant de chacune des dorsales, et des dents tranchantes sur plusieurs rangs. Corps noirâtre sur le dos à reflets bleus, tacheté de blanc chez les jeunes ; ventre jaune-blan- châtre. Peau très-rude et chagrinée. Pas de nageoire anale. Bouche semi-circulaire et couverte, presque ronde. Dents basses, enchevêtrées, avec leurs pointes dirigées alternativement en dedans et en dehors, bords coupants. Nageoires pectorales grandes, ventrales petites. Queue puissante, lobe supérieur beaucoup plus grand. Chair filandreuse, dure, mauvaise, pouvant empoisonner quelquefois. Œuf à jaune recherché et délicat. Les jeunes naissent de juin en jiovembre. AIGUILLAT. — Ce squale est sans contredit le plus commun de tous les re- quins. Il marche toujours en troupes, quelquefois en nombre incalculable, si l'on en juge par les pêcheurs qui les prennent, les uns après les autres, à l'hameçon, avec une rapidité inconcevable. Les petits sont de la partie et suivent les gros à la 12 AIR poursuite de bandes de poissons qu'ils sont encore incapables d'attaquer. Quand on prend l'Aiguillât, il se courbe en arc pour se défendre avec ses épines, et se dé- Fig. 5. — Aiguillât (Spinax acanthiar, Fleni: tend comme un ressort. Montagu a entendu parler de 20,000 pris dans un seul coup de senne. C'est au moment de la poche du Hareng que ces armées de ravageurs appa- raissent et n'ont de rivaux que dans le nombre de leurs victimes. On croit recon- naître qu'ils se réunissent en plus grand nombre à la pleine et à la nouvelle lune. AIGUILLE (Pêche à !')• — (Voy. ANGUILLE, Pèche.) AIGUILLE A ENFERRER LE POISSON VIF. — (Voy. ENFERRER LE POIS- SON VIF.) — (Filets). Ce mot est synonyme de Navette. (Voy. ce mot.) AIGUILLETTE. — Nom populaire de V Orphie en Bretagne. (Voy. ce mot.) AIGUILLÈRE. — Sorte de fdet fixe employé dans la Méditerranée. AIGUILLON. — Nom populaire du jeune Brochet. (Voy. ce mot.) AIGUISER LES HAMEÇONS. — (Voy. PlERRE A AIGUISER.) AIR. — L'air est nécessaire aux poissons comme aux autres animaux de la création; seule- ment il ne leur arrive pas directement, mais par l'intermédiaire de l'eau qui le tient en dissolution. Cette manière de respirer a nécessité chez eux les organes spéciaux connus sous le nom de bran- chies, placés près de la poitrine, des deux côtés de la tète, et protégés par les organes vulgaire- ment appelés ouïes. L'air est absorbé par les poissons non-seulement en dissolution dans l'eau qui les entoure, mais également en nature à la surface de l'élément qu'ils habitent. Ils semblent venir ioù-e de l'air, comme nous buvons de l'eau, dans certaines circonstances de leurs besoins organiques. Cet air, avalé par eux au moyen d'une aspiration, ne passe jamais par les branchies pour sortir de leur corps ; il n'est donc pas destinéàla respiration. Le poisson l'avale, le faitsansdoutedescendre dans son estomac dont il doit peut-être vivifier les sécrétions, mais, en tous les cas, il rend en bulles, par la bouclie, la quan- tité d'air avalée. Cette exglutition s'exécute souvent par l'animal, en plusieurs fois, à d'assez longs inter- valles, ce qui ferait penser que l'air ne séjourne pas seulement dans les cavités buccales, mais est avalé et sert dans l'estomac à une fonction encore inconnue, après laquelle il est expectoré comme substance inerte et désormais inutile. La facilité qu'ont les poissons de rejeter les objets avalés par eux, ne rendrait, en aucun cas, cette fonction pénible pour eux. La quantité d'air nécessaire à la respiration des poissons est assez considérable; il est probable ALGUES. 13 qu'en absorLant l'oxygène, Ils rendent l'azote et sans doute aussi de l'acide carbonique; toujours est-il que quand on les séquestre dans de l'eau sans communication facile avec l'air extérieur, comme celle qui est renfermée sous la glace et ne possède pas un écoulement qui la renouvelle, ou un vo- lume suffisant pour prévenir l'épuisement d'air vital, ces animaux meurent asphyxiés. On a de nom- breux exemples de ce fait, dans les étangs dont l'eau n'est pas remplacée par celle des ruisseaux ou des sources. Il ne faut cependant pas négliger de faire entrer dans ces considérations la quantité des gnz di- vers qui s'échappent en abondance des vases et des détritus végétaux accumulés au fond des eaux. Ces gaz, parmi lesquels les combinaisons de l'hydrogène, du carbone, du soufre, du phosphore, etc. sont nombreuses, doivent être aussi délétères pour les poissons que l'air devenu irrespirable parce qu'il a déjà été respiré. Il y aurait de curieuses expériences à faire à ce sujet, en séparant d'un vo- lume d'eau donné la quantité des gaz qui le traverse dans l'état ordinaire des choses de la nature. On serait certainement frappé, dans certaines localités, de son extrême abondance, et l'on ne man- querait pas d'en déduire des faits du plus haut intérêt. AL.A-LONGA(Thymnus . — (Voy. Germo.n.) ALANDT. — Nom du Jesse. ALAUSAGOMMUNIS. — (Voy. .\lose commune, Hist. Nut.) ALAUSAFINTA — (Voy. Alose feinte, Hist. Naf.) AL.AOUZO. — Nom languedocien de V Alose commune. (Voy. ce mot.) ALBA (Raja). — (Voy. Raies, § 8, Hist. Nut.) ALBURNOIDES CYPRINUS. — (Voy. Ablette alblrnoïde, Htst. Xaf.) ALBURNU3 (Genre). —(Voy. Alburnus cyprinus, //î^^ iVa^) ALBURNUS BIPUNCTATUS (Heckel). — (Voy. Ablette biponctuée, Hist. Nat.) ALBURNUS CYPRINUS.— (Voy. Ablette, ffn^/. Nat. et Pe'che). La désignation d'albunius a été appliquée à l'Ablette par Rondelet. On en a fait un genre, c'est Heckel et Kner qui ont opéré ce changement. Jusqu'à eux, le m )t Albu'nus était seulement appliqué par Linné à l'espèce Cyprinus alburaus. ALBURNUS DOLABRATUS (Siéb.). — (Voy. ABLETTE Hachette.) ALOZAT. — Sorte de filet fL^e, en tramail, dont on fait usage dans la Méditer- ranée pour prendre les Aloses. ALBURNUS FABREl. — (Voy Ablette de Fabre, Hist. Nat.) ALBURNUS LUGIDUS (Heckel). — (Voy. Ablette co.mmu.ne.) ALBURNUS MIRANDELLA (Blanc). — (Voy. Ablette mirandelle.) ALESNE — Dans quelques départements sur la Méditerranée et l'Océan, on donne le nom d\Ales7ie à la Baie oxyrhinque ou à long bec. (Voy. ce mot.) ALEVIN. — Nom donné aux jeunes poissons dont on se sert pour peupler les étangs. On afTecte surtout ce nom aux jeunes Carpes de 0'",10 àO^jlo de longueur. ALGUES, —Ce mot a longtemps été appliqué à des plantes bien différentes, mais en général appartenant toutes à la mer ou à ses rivages. Linné d'abord, Jussieu ensuite ont restreint le sens de cette appellation, et l'ont appliquée à des plantes qu'ils ont divisées en 3 classes : Phycées ou Algues submergées. Lichens — émergées. byssacées — amphibies. Des travaux plus récents ont encore renversé cette classification, et les Algues marines ou Tha- /assiopltytes ont été réparties en trois nouvelles familles assez naturelles. Les Zoosperme'es, à feuille vert herbacé. Les Fioriftecs, à couleur rose, violette ou pourpre. Les Pfiyce'es, à nuance vert olivâtre plus ou moins foncée. Les Algues sont des plantes agames, le plus souvent vivaces, vivant dans l'eau douce ou salée, souvent à leur surface, quelquefois dans l'air. Extrêmement abondantes en mer, le flux et le reflux les ballottent en masses énormes, et l'eau les abandonne enfin quandelles sont flottantes ou détachées des rochers sur lesquels une de leurs extrémités est ordinairement û.xée. Elles sont utiles à la repro- 14 ALIGNOLE. Fig. 6. — Fucus vesiculosus. duction de certains poissons qui y attachent leurs œufs. Elles servent de refuge à d'autres contre les dents des plus forts et aussi de lieu d'embuscade aux espèces rapaces d'un volume faible ou moyen. On les emploie souvent à l'emballage des poissons et des crustacés, l'humidité qu'elles con- servent aidant à maintenir les poissons à l'état de fraîcheur pendant un temps assez long. L'industrie et l'agriculture en tirent également parti. Sans vouloir, en aucune façon, nous étendre sur l'étude de ces curieux végétaux, il nous a semblé indispensaljle que le pécheur, qui les rencontre en mer à chaque moment, soit qu'il les roule du pied près des rochers, soit qu'il les accroche au fond avec ses hameçons, sache au moins les premiers mots de leur histoire. Il faut qu'il apprenne que si les Algues lui paraissent des plantes, un peu bizarres il est vrai, elles n'en sont pas moins placées si près de la limite du règne animal, qu'empiétant un peu sur lui, il y a des mo- ments de leur existence où la séparation est presque impossible à faire. Rappelons que Cuvier avait rangé, comme beaucoup d'autres, parmi les animaux, les Corallines qui sont actuellement classées parmi les végé- taux, et constatons qu'il existe encore des êtres si équivoques sur la limite de ces mondes, que les zoologistes et les botanistes les reven- diquent tour à tour en leur faveur, sans parvenir à s'entendre sur leur nature ambiguë et à les attribuer à qui de droit. Le phénomène le plus curieux de l'histoire des Algues et le seul sur lequel nous voulons nous appesantir un instant, est celui de leur reproduction. Au premier rang nous voyons à peu près toute la famille des Zoospermées, dont le nom va recevoir par là son explication. Lorsque ces plantes sont arrivées à leur entier développement, la matière verte renfermée dans les cellules de leur tissu, subit une modification profonde, inconnue, merveilleuse, comme tout ce qui s'imprègne de la force vitale, modification par suite de laquelle cette matière naguère inerte et insensible se transforme en véritables animalcules. Ceux-ci, au moyen de leur bec, percent la paroi de leur cellule natale pour s'échapper. Globuleux ou ovoïdes, ils s'agitent et nagent d'un mouvement rapide au moyen des cils vibratiles dont ils sont munis et qui leur forment une couronne mobile ou une toison animée. Si l'on suit attentivement leur mouvement, on les voit, après avoir erré quelque temps, soit à la recherche d'une nourriture microscopique, soit, pour accomplir des fonctions que nous ne connais- sons pas encore, se fixer à quelque corps sous-marin, et là devenir d'une fixité parfaite, privés de leurs appareils moteurs, se changeant en une véritable graine, régénérant une plante semblable à celle qui leur a donné naissance. Un dernier mot : AUjues, ces êtres sont composés comme les sègi- \\!iW\;zoosi)ermes^\\'s, ont une composition chimique tout à fait analogue à celle des matières d'origine animale! Bien que toutes ces plantes, jusqu'à ce jour connues, appartiennent à un nombre relativement restreint de familles, les espèces y sont si multipliées, les formes si variables, les couleurs si mer- veilleuses, que la flore de la mer ne le cède guère en splendeur à celle de la terre. Les unes sont immenses, puisqu'elles ont 2 à 300 mètres de long ; les autres si petites qu'elles deviennent microscopiques. Les unes sont parasites, et vivent soit aux dépens des autres Algues, soit aux dépens des animaux de différentes classes plongés dans le même milieu qu'elles. 11 est aujourd'hui acquis à la science qu'elles jouent dans les eaux un rôle tout à fait similaire à celui des végétaux dans l'air. Non-seulement elles fournissent à des myriades de poissons le vivre et le couvert, — et à ce titre elles intéressent le pêcheur, — mais encore la culture des aquarium a prouvé qu'elles absorbaient les gaz viciés par les poissons et restituaient l'oxygène dont ils ont besoin pour soutenir leur existence. Admirable équilibre ! Quelque part que le naturaliste tourne les yeux, la prévoyance provi- dentielle éclate, et quelque nom qu'il donne à cette puissance, elle n'en est pas moins la plus grandiose manifestation dont son esprit puisse être frappé! ALIGNOLE. — Filet dont on se sert ponr prendre les petits poissons de mer. Il a la forme d'une simple nappe avec flotte et plombs, qu'on établit près de la surface de l'eau. On l'ourdit quelquefois en Provence avec un fil retors assez fort, parce qu'il sert alors à prendre des Bonites, des Thons, des Espadons, etc. ALOSE. 15 ALOSA. — (Voy. Alose. [Genre]). ALOSA CLUPEA. — (Voy. Alose). ALOSA COMMUNIS. — (Voy. Alose commune.) ALOSA FINTA. — (Voy. Alose feixte.) ALOSAOU. — Nom provençal de l'Alose commune. (Voy. ce mot). ALOSE [Genre], (Alosa, Cuv.) — Malacopt. abdm. Clupéoïdes. Les Aloses se reconnaissent facilement à la carène ventrale dentée en scie dirigée en avant, qui s'étend des ventrales à la caudale. Dans leur bouche, les maxillaires et les intermaxillaires sont seuls rnunis de très-petites dents. Le corps est d'ailleurs comprimé. Deux espèces très-voisines, pour la France, peut-être trois. ALOSE BATARDE. — Quelquefois fausse Alose : dénomination populaire du Saurel (voy. ce mot), quand il remonte les fleuves en même temps que les Aloses. ALOSE COMMUNE (Alosa Clupea, Lin.). — Malacopt. abd. 3« fam. Clupes. Long, max. = im. Syn. : White Shad., angl. — lise, Godfisch, ail. — Elfs, holl. — Laccia, Agone, Ital. — Sabogo, espag. — Stad sill, suéd. — Savel, portug. Sur deux Aloses prises à Brest en 1861, nous avons'trouvé A = 23, P = 15, incolores, légère- ment bordées de vert, ventrale et anale incolores, caudale un peu grise au bout. Corps très-mince, plus comprimé encore que la Brème, avec laquelle elle a une certaine ana- logie de forme, quoique appartenant au même genre que le Hareng (Clupéoïdes). Tête petite, bouche grande, garnie de petites dents, mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure qui est éclian- crée à son extrémité. La langue est blanche, marquée de petits points noirs : elle est pointue et à demi libre. Le système tout particulier au moyen duquel la mâchoire inférieure, terminée en pointe, entre dans la supérieure, est tout à fait caractéristique de ce poisson. Les maxillaires supérieurs se terminent de chaque côté en lames minces et transparentes, articulées au bout du nez et qui s'écartent quand la bouche s'ouvre. Le palais est marqué de taches régulières. 19 rayons à la dorsale grise-noirâtre, 20 à l'anale, basse, allongée, de couleur grisâtre et finement pointillée de noir; caudale fourchue,'grise aussi ; ventrales blanches; carène du ventre dentée et couverte de lames transversales. Elle porte des taches noirâtres sur les opercules et aux environs de la caudale. Les écailles dures et terminées par une pointe aiguë se continuent jusque sur la queue. Dos vert-olive pâle, avec des reflets dorés et irisés ; flancs, gorge et ventre nacrés à reflets un peu verdàtres et comme dorés. OEil blanc à iris noir. Les Aloses habitent l'Océan et la Méditerranée. Elles remontent au printemps, en franchissant les digues, les fleuves jusque près de leur source, puis elles retournent à la mer en automne. Il ne faudrait pas conclure de ceci que l'Alose a, pour remonter les courants et sauter les barrages, la même force que le Saumon ou la Truite; elle recule devant des chutes un peu fortes et des déversoirs à nappe rapide. Aussi les barrages que les usines ou les entreprises d'arrosement forcent à établir sur les rivières nuisent-ils considérablement à la reproduction de ce poisson, qui ne peut franchir ces obstacles et parvenir à une eau convenable à sa ponte. C'est pour l'Alose autant que pour le Saumon et la Truite, qu'il convient d'établir, auprès de ces barrages, des échelles de remonte appropriées à la force du poisson et lui permettant, par une série de bonds peu considérables, de franchir ces passages désormais pour lui inabordables. C'est à leur arrivée en mars et avril qu'elles déposent leur frai sur le bord des eaux en se pressant par troupes et faisant, comme la Carpe, un bruit considérable qui s'entend au loin. A la suite de cette opération, les Aloses sont amaigries et fatiguées. Quelques-unes même n'ont plus la force de nager et se laissent emporter par le courant renversées sur le dos. On dit même qu'il en meurt, en ce moment-là, un certain nombre. En août et septembre on rencontre dans les fleuves et leurs affluents de jeunes Aloses de O^jOG à 0™,08 de longueur, descendant à la mer. La chair de l'Alose est de qualité très-variable ; lorsqu'elle est prise dans l'eau douce et quelque temps après le frai, cette espèce est très-recherchée, quoique sa chair soit remplie d'arêtes. Ce poisson mord rarement à la ligne, quoiqu'il se nourrisse de vers, d'insectes et de petits poissons, mais on en a des exemples, surtout pour les jeunes individus. La Seine-Inférieure est de toutes nos rivières la plus abondante en Aloses ; il y a des années où l'on y en prend 12 à 14,000, avec des filets appropriés. ALOSE COMMUNE. — La pêche de l'Alose se fait en eau douce dans les fleuves et rivières où elle remonte, et exclusivement au filet. On emploie surtout la 16 ALOSE, senne et le tramail, mais on peut également les prendre à la truble dans les pe- tites anses, au verveux et à la nasse. Le talent principal du pôcheur consiste à de- viner, par l'inspection du temps, de la marche de ces poissons, s'il faut qu'il les attaque de fond ou à la surface. On pêche ordinairement l'Alose en descendant le courant. Si le temps est chaud, orageux, lourd, ce poisson descend au moins à 2 mètres, et se tient dans les grandes eaux. Si la chaleur est sèche, dure, le temps élevé, les Aloses viennent s'ébattre dans les anses abritées et jouer sur le sable et les petits cailloux. Le meil- leur moment pour la pêche, c'est la nuit, quand il n'y a pas de lune et par les pe- tites crues qui troublent les eaux. Comme ce poisson est extrêmement défiant, on en prend, avec ces précautions, plus que si on l'attaque à guerre ouverte. La pêche dure de mars à juillet. La senne que l'on emploie porte le nom d'Alosièj^e. On a remarqué que quand l'eau est claire au printemps, les Aloses mon- tent plus tôt. S'il vient une crue par hasard, elles attendent pour monter que l'eau ait repris sa pureté première. Si elles sont surprises par une crue dans leur remonte, elles s'en retournent vers la mer. On dit de même — et cela ne date pas d'aujour- d'hui, puisque Élien le rapporte, — que s'il tonne pendant que les Aloses remon- tent les fleuves, elles retournent rapidement à la mer. La seule réflexion que doi- vent inspirer ces assertions, c'est que de toute antiquité on s'est aperçu de la sauvagerie et de la défiance de ce poisson, ce que nous avons fait remarquer plus haut. L'Alose remonte tous nos fleuves, la Gironde, la Loire, la Seine, la Somme, la Meuse, le Rhin, le Rhône, etc. Dans ce dernier, elle est même une des pêches les plus importantes. C'est pour elle que l'on emploie le filet spécial nommé Araignée. (Yoy. ce mot.) Où vont les Aloses une fois redescendues à la mer ? On ne le sait pas. On prend quelques rares individus, en automne, sur les côtes près des embouchures des ri- vières : il est probable que ce sont quelques retardataires malades ou blessés, car leur chair est maigre et mauvaise. Mais la grande armée, la masse, où va-t-elle ? Nul ne le sait. Elle va où vont les Harengs, ses cousins, les Sardines, ses cousines, et mille et mille autres que nous perdons de vue:-..., car notre vue est encore bien courte ! ALiOSE FEINTE (Alosa Finta, Cuv.). — Malacopt. abdom. Clupéoid. Long. max. =0",45. Syn. : Wfnle Shad, angl — Alacha, esp. — Blomstecq, bret. — Vinlen, lioU. — Sabelia, porlug. — Vint, Venth, Verich, flam. — Astouna, basque. La Feinte ressemble telIenienlàrAlose commune que ces deux poissons sont très-dilTiciles à dis- tinguer au premier coupd'œiL Cependant la Feinte a la dorsale plus haute et les ventrales plus petites que l'Alose commune. De plus, elle porte sur la ligne latérale 5 à G taches rondes noires, espacées à la suite l'une de l'autre. La Feinte est un poisson de mer qui entre dans nos rivières vers le mois de mai, aussi l'ap- pelle t-on dans beaucoup de pays le/'omon de maî.-elle arrive après l'Alose vraie, et marche, comme elle, par troupes. Le but de ce voyage dans l'eau douce est d'y déposer son frai; cela fait, elle retourne à la mer vers la fin de juillet. Dans le mois de juin, o:i voit ces poissons en grand nombre faisant grand bruit et jouant près delà surface. En langage de pécheur, cela s'appelle battre l'eau, mais il parait qu'elles se débarrassent ainsi de leurs œufs mûrs par une violente action musculaire : ce bruit se fait entendre à une grande distance le soir ou dans le silence de la nuit. En octobre on trouve du frai de 0",10 à 0",15 ; nous en avons péché à la senne, en mer, avec des bancs de petits mulets. (Sept. 186G.) On remarque dans la remonte des Feintes un ordre différent des Aloses vraies : chez celles-ci ce sont les petites et les maigres qui entrent les premières dans l'eau douce ; chez les Feintes, au contraire, ce sont les gros individus qui ouvrent la marche. Les pécheurs ont donné à ces premières AMBRE, 17 venues le nom de Feintes à gros œil ou Feintes noires, parce qu'ils ont cru remarquer qu'elles avaient l'œil beaucoup plus grand que les autres et la peau plus noire. Ce dernier caractère peut parfailem3nt tenir à leur âge plus avancé; quant à la grandeur de l'œil, il serait à désirer que des observations fussent faites à ce sujet; elles pourraient indiquer une autre espèce, ou au moins une variété. Fig. Alose feinte {Alosa fin/a, Cuv.) Les dernières arrivées, car les bandes montent, pendant l'été, à deux ou trois reprises différentes, sont appelées par les pécheurs de la Loire Feintes bretonnes, comme s'ils pensaient qu'elles viennent de la basse Loire ou des eaux bretonnes de ce fleuve. Elles sont beaucoup plus maigres et moins estimées que les Feintes à gros œil. Dans la Seine-Inférieure les pécheurs appellent Cahuhau le mâle de la Feinte, et ils ne l'estiment qu'au second rang. C'est le contraire de l'Alose vraie. La nourriture de la Feinte parait être les petits poissons et les crustacés à carapace pas trop dure D= 18. P = 15. V=9. A= 21. C = 19. ALOSE FEINTE. — La Feinte se pêche absolument de la même manière que l'Alose vraie, au moyen des sennes, des trubles, surtout du tramail et quelquefois des nasses et verveu.x. (Voy. Alose commune.) Yarrell rapporte que M. Holdsworth lui a affirmé avoir pris plusieurs Feintes, un jour, en péchant au maquereau avec une légère ligne flottante à l'embouchure d'une rivière. Son amorce était un morceau de maquereau. ALOSE ROUSSE. — (Yoy. Glupée rousse.) ALOSIÈRE. — Senne fine et à grandes mailles avec laquelle on prend les Alo- ses. (Voyez ce mot.) ALVIN. — (Voy. Alevin.) AMAIRADE. — Filet du Languedoc qui s'appareille comme les Bottudes, et ressemble à des Demi-folles. (Voy. ces mots.) AMBRE. — On confond souvent l'Ambre jaune et l'Ambre gris. Le premier, dont on fait des bijoux, ne nous est point utile pour la pêche ; il s'agit ici de l'Am- bre gris, substance grasse, ai^omatique et douée d'un parfum analogue au musc, et qui paraît être une concrétion formée dans les intestins de certains Cachalots. On emploie cette substance odorante dans la composition des appâts et des crnorces artificielles. (Voy. ces mots.) 18 AMMOCŒTE. AMERTUME. — Certains poissons présentent naturellement un goût amer dans leur chair ; la Bouvière est de ce nombre. D'autres, comme le Gordon, ne con- tractent ce goût que dans certaines eaux et à un moment de l'année, quand ils se nourrissent d'herbes aquatiques abondantes dans ces endroits. La Perche elle-même, quoique Carnivore, contracte ce même goût amer dans les eaux 011 le Gardon le devient, sans doute parce qu'elle se nourrit de Gardons amers. Quel que soit le poisson, il prend également une amertume extrême si, en le vidant, on vient à crever la vésicule du fiel. On prétend que pour enlever cette saveur désagréable, il suffit de mettre dans l'apprêt du poisson quel qu'il soit, friture ou matelote, un morceau de fer, bien dé- capé à surface vive ; ce moyen n'est pas à dédaigner et mérite d'être mis en pratique. AMMOCŒTE. — Le nom de ce poisson est formé de deux mots grecs (à[j.!J.o; sable, et xoÎTr, gile); il rend parfaitement compte des mœurs de ce petit animal. L'Ammocœte, il y a dix ans, était simplement un cyclostôme assez semblable, comme forme, aux Lamproies, en très-petit. Deux espèces étaient connues ; nous verrons tout à l'heure ce qu'est ce poisson en réalité. 1° L'Ammocœte lampriUon,nommé aussi Sepf-œil et Chatouille (Ammocœte bi^anchialis, Dnménl), Long. max. = 0™,20. Syn. : Pride, Mud-Lamprey, angl. ; — Vor-igla, allem. Ce petit poisson est conformé absolument comme la Lamproie ; son corps paraît annelé. Au fond de la bouche sont placées 5 ou 6 dents ou osselets semi-circulaires; le bord postérieur de cette bouche est bilobé. Nageoires dorsales très-basses, terminées en ligne courbe ; yeux très-petits, voilés par une membrane. Dos verdâtre ; côtés jaunes; ventre blanc sans taches ni raies. Ce petit poisson attaque quelquefois les branchies des poissons plus forts. Il est très-bon à manger, mais sert rarement à cet usage. On le trouve dans le sable ou la vase des ruisseaux et rivières à eau limpide. Les Ammocœtes sont très-fécondes et pondent des milliers d'œufs que le mâle vient féconder. Les œufs sont abandonnés comme ceux des autres poissons à l'éclosion naturelle, qui a lieu au bout d'un temps plus ou moins long, selon la saison. 2" VAmmocœte rouge {Petromyzon ruber. Lac). Long. max. = On>,20. Rouge de sang, plus foncé sur le dos que sur le ventre, se trouve aux mêmes lieux que la précé- dente. Celui que l'on prend dans la Seine est souvent appelé par les pécheurs Aveugle^ à cause de l'extrême petitesse de ses yeux, ou encore Se/J^œ^/ rouge. On trouve aussi dans la Seine-Inférieure une autre Ammocœte que les pêcheurs nomment le Sucet, et qui ressemble beaucoup à l'Ammocœte rouge. Corps cylindrique, long. max.= O^jlO, nageoires dorsales basses, un peu adipeuses et la seconde s'étendant presque jusqu'à la queue. Tête large, yeux loin du museau, et comparativement grands, recouverts par la peau de la tête, iris doré. Dans la bouche, 9 petites dents orange, langue blanche et garnie elle-même de crans. Cet ammocœte suce le sang des Aloses et paraît dans les rivières en même temps qu'elles (?). On trouve encore à Rouen le Sept-œil noir. Ces trois ou quatre poissons se nourrissent de vers, d'insectes et surtout de charognes. Tel était l'état des connaissances que l'on possédait sur les Ammocœtes, quand A. Mùller démontra d'une manière irréfragable, en les conservant en captivité et observant leurs mœurs, que ces poissons n'étaient que des larves, à différents états de développement, de la Lamproie de Planer ou petite Lam- proie de rivière {Petromyzon P/aneri, Dloch). Plus petite que la L. fluviatile dont elle a la couleur, celle-ci ne dépasse pas une longueur de O^.Vô. Sa bouche porte des dents obtuses. Elle passe au moins deux années à l'état de larve ou d'Aramocœte, et ce n'est que la troisième année, quelquefois même au commencement de la qua- trième, que la métamorphose s'accomplit, vers le mois de mars ou d'avril. A ce moment elles pondent et meurent après. Adulte, cette Lamproie est carnassière, active, elle peut sucer sa proie. C'est elle que les pêcheurs ont vue parasite sur les branchies des diflerents poissons (?). A l'état de larve (ammocœte), la Lamproie est lucifuge, et ne vit que par l'absorption des particules animales que lui apporte l'eau dans laquelle elle est plongée, car sa bouche est encore imparfaite et ne peut lui permettre une succion véritable. AMONT. 19 Tout à fait jeune, la bouche est triangulaire et sans dents ; à mesure que l'âge arrive, la bouche se niétamorplioseot se rapproche du cercle, tandis que les dents apparaissent et arrivent rapidement h leur grandeur normale. Sans yeux d'abord, ceux-ci paraissent peu ù peu, d'aljord sous la peau, puis au dcliors. Ces faits sont du plus haut intérêt et singulièrement anormaux parmi les animaux vertébrés. AMMOCŒTE. — L'Ammocœte, connue sous dix noms différents, ainsi que nous venons de le voir, est toujours et partout une des esches les plus précieuses pour les poissons carnassiers des eaux douces. Tous y donnent. L'An- Fiy. 8. — Ammocœte [Petromyson Planeri, Miii.). guille en est friande, le Brochet, la Truite ne cherchent pas de meilleure proie quand ils aperçoivent celle-ci. Le secret de cette prédilection doit se trouver dans l'extrême vitalité de ce petit poisson, qui résiste pendant de longues heures à la piqûre de l'hameçon et passe ce temps en convulsions continuelles. Je sais bien que le pêcheur à la ligne est cruel et que pour lui les souffrances n'ont pas d'émotions : elles sont favorables à son projet, car elles ont pour effet d'attirer de très-loin les carnassiers qui, aper- cevant ces mouvements rapides et continuels, craignent qu'une si- bonne aubaine ne leur échappe et se précipitent, tète baissée et gueule béante, afin de satisfaire leur voracité. Pour empiler les Chatouilles ou Sept-œil, il faut passer le dard de l'hameçon seulement dans la partie charnue du dos. Dans la bouche, on les tuerait rapide- ment, ce qui est contraire à ce qui fait leur prix. On les conserve facilement dans l'eau sur un peu de sable. L'Ammocœte se prend avec des nasses, des guideaux et des fdets mobiles auxquels on a imposé différents noms, suivant les rivages oîi on les emploie et la forme qu'on leur a donnée. AMMOCŒTE BRANCHIALIS. — (Voy. Ammocoete.) AMMODYTES LANGEA. — (Voy. Équille.) AMONT. — Ce terme vient du mot latin ad montem^ signifiant du côté de la montagne^ d'en haut ; c'est le cùté d'où descend, d'où vient un cours d'eau quelconque. Il est l'opposé d'aval. (Voy. ce mot.) La direction du vent, d'amont ou d'aval, est très-importante pour le pécheur à la ligne : le vent d'amont forme des vagues ou rides qui soulèvent le poisson de surface, dam le sens de ses écailles, puisqu'il présente toujours la tête au courant pour être prêt à saisir la nourriture que celui-ci charrie. Quand ce vent n'est pas froid, il est préférable, dans les mêmes cas, au vent d'aval. 20 AMORCES. AMORCES. — Les amorces sont des appâts que l'on jette dans l'eau pour at- tirer le poisson à l'endroit oh l'on doit pêcher, h la différence des Esc/tes qui sont des appâts également, mais attaches à l'hameçon. Une des meilleures amorces est le ver blanc de viande ou asticot ; mais chaque poisson ayant une préférence pour telle ou telle nourriture, on a dû varier l'espèce d'amorces pour chacun ou pour ceux de mœurs semblables. Le secret de la réussite des pêcheurs qui font de belles captures, dans la loca- lité qu'ils habitent, se compose de deux choses : 1° une parfaite connaissance de la rivière, eta° la précaution d'amorcer à intervalles égaux les mômes places choisies et connues d'eux seuls. Le poisson, comme tous les animaux, est susceptible d'une certaine éduca- tion ; donnez aux Carpes d'un bassin ou d'une rivière, tous les jours, du pain à la même heure, et à oette heure-là, elles viendront d'elles-mêmes se rassembler au lieu habituel pour attendre leur provende ; changez de place un jour, et vous verrez l'a- morce délaissée pendant assez de temps, jusqu'à ce que le hasard la leur ait fait trouver. Or, ce qui se passe à la surface pour les Carpes apprivoisées d'un bassin, se passe également au fond de l'eau pour les Carpes sauvages d'une rivière. Elles s'habituent, au bout d'un certain temps à trouver à un certain endroit, une nour- riture abon(4ante et appropriée à leur goût ; elles y viennent, se repaissent, puis s'é- loignent chercher aventure. Leur estomac est repu, elles vont cueillir leur dessert. Qu'au lieu de leur apporter leur nourriture, vous laissiez tomber au même en- droit votre hameçon couvert d'une partie de l'amorce habituelle, elles se jetteront dessus sans regarder, sans défiance et avec une voracité dont vous serez surpris. Si, de plus, vous avez choisi l'heure, d'après les habitudes connues des poissons, la grosseur de la bouchée suivant l'animal que vous désirez, vous êtes à peu près sûr de réussir ; car un gros poisson mord quelquefois à une petite esche, mais ja- mais un petit ne mord à une grosse. C'est ainsi qu'en variant les amorces suivant les endroits qu'affectionnent les poissons, on peut arriver à les réunir. Les fèves, le blé cuit rassembleront en un seul endroit les Carpes, Tanches, Gardons de fond, Brèmes, tous poissons qui ha- bitent ensemble et qui fréquentent les mêmes fonds vaseux, entre les roseaux. Les détritus d'animaux, les vers de terre hachés, les débris de vers à soie, la rate cuite, le sang caillé, les entrailles de volailles, des oiseaux, etc., rassemble- ront les Anguilles, les Lottes, les Barbeaux, si vous les déposez, mêlés avec de la terre glaise et du crottin de cheval, à l'extrémité d'une digue, d'un perré, d'un vieux mur, entre des souches profondes, près des carrières ou des remblais trempant dans la rivière. Du crottin de cheval, du son, du sang, mêlés dans un panier ou un filet, fe- ront assembler en un endroit rapide et dans l'eau claire, les Ablettes, Goujons, petits et gros Chevesnes, Dards, même les Barbillons, etc. Il est donc vrai de dire que l'amorce est le moyen par excellence et le secret du grand pêcheur. C'est surtout le secret de ceux qui en font leur profession et qui souvent, ne reculent devant aucune préparation peu ragoûtante pour rendre cer- tain le succès du lendemain, succès du reste légitime, puisqu'il assure leur exis- tence, mais que le pêcheur amateur n'oserait pas poursuivre au prix des mêmes sacrifices de délicatesse. S'il l'ose, tant mieux pour lui, ce sera le cas de lui dire : honneur au courage récompensé ! AMORCES. 21 L'expérience démontre suralx^ulumment ainsi, qne toutes les fois qu'on en aura le temps et les moyens, il faudra amorcer au même endroit, aux mêmes heures et avec^la même substance pendant plusieurs jours de suite. Il est bon d'amorcer plusieurs endroits à la fois et de quitter l'un pour aller à l'autre quand un premier poisson a été pris. Gomme les endroits choisis sont ordinairement placés sur la même rive de la rivière, il faudra commencer par en bas, en remontant, et cela pour deux raisons. D'abord, quand un bruit se produit dans l'eau, le courant lui- même fait descendre l'ébranlement, produit ainsi, à une plus grande distance qu'il ne peut remonter ; en second lieu, si le poisson pris a effrayé les autres en se débattant, ceux-ci ont fui en remontant la rivière, toujours, ce qui peut donner l'espoir de les retrouver aux autres places amorcées qu'ils peuvent renconter sur leur passage. Le choix des endroits où l'on dépose l'amorce est également fort important. 11 faut qu'ils soient nets d'herbes et de grosses pierres, que le courant ne puisse en- traîner les matières déposées, etc. ; c'est pourquoi, dans les rivières à courant ra- pide, il faudra choisir les endroits abrités par des coudes brisant l'eau et produi- sant des parties tranquilles et à demi dormantes, que l'on nomme hayes ou haïes. Cela se trouve près des ponts, des digues, des barrages, au bout des quais, des murs, etc. Encore est-il bon de remarquer que vouloir amorcer dans les grands fleuves, est quelquefois très-difficile, même quand l'endroit est bien choisi. C'est souvent dans de tels cours d'eau, et sans aucune amorce, que l'on trouve la meil- leure réussite, guidé par le hasard. Dans les petites rivières, c'est le contraire. Quel que soit le mode de pêche à la ligne que l'on veuille suivre, —excepté la pêche à la mouche naturelle ou artificielle, dans laquelle on chasse plutôt que Ion ne pêche, puisqu'on marche sans cesse à la recherche du poisson de surface, — il faut amorcer son coup. On le fait en arrivant, si l'on n'a pu le faire, dans un autre moment, d'avance; mais l'effet ne se produit qu'au bout de plusieurs heures, et c'est pour attendre ce moment qu'il faut s'armer de patience. Il va sans dire qu'un coup bien amorcé le matin, et entretenu pendant la journée, ne doit pas être quitté, puisque sa valeur, comme chance de prise, croît avec le temps écoulé et la quantité d'amorces dépensée. Non-seulement le genre de poisson que l'on recherche fait varier la nature de l'amorce employée, mais la qualité des eaux, le genre de rivière où l'on pêche, in- fluent également sur cet objet. On en trouve un exemple frappant dans l'emploi des asticots qui conviennent, comme esches, à la majeure partie des poissons d'eau douce, et qui forment, mêlés au son et à la terre glaise, une excellente amorce. Dans les fleuves ou dans une rivière rapide, tous les poissons y viendront, gros et petits, et s'en rassasieront. Dans une rivière à cours tranquille, pleine de roseaux, les mêmes poissons se détourneront de l'asticot, et le menu fretin des Ablettes ou des Épinoches le dévorera seul, et encore ! A quoi tient cette différence de mœurs ? Sans doute, à ce que sur le bord des grands fleuves se trouvent jetés plus de corps en décomposition qui deviennent une abondante source d'asticots que l'eau entraîne et dont les poissons sont habitués à se nourrir. Sur les petites rivières qui sont, au contraire, enfermées dans les terres, sans crues, bordées de ceintures épaisses de roseaux, plus loin des villes et des fa- briques, le même fait ne se produit pas. Peut-être aussi le poisson qui là trouve une abondante pâture végétale et d'innombrables légions d'insectes, ne se soucie- t-il plus de l'asticot, vers lequel la faim ne le pousse pas. 22 AMORCES. Nous allons passer en revue les amorces les plus ordinaires el les plus faciles à se procurer, en indiquant le genre de poisson auquel elles sont adressées, et l'heure à laquelle il convient de les jeter pour aller ensuite pêcher au même enft'oit, à une heure convenable. Quelques-unes de ces recettes sont fort anciennes, nous les avons reproduites et respectées, parce que nos pères, dont on raille souvent la pharmacopée, avaient du bon cependant et prenaient autant, sinon plus, de poissons que nous. On prétend que c'est parce qu'il y en avait davantage ; je ne le crois pas plus que pour la chasse, mais il y avait moins de règlements et par conséquent moins de braconniers, voilà la raison, car l'un ne va pas sans l'autre. TABLEAU DES MEILLEURES AMORCES COMPOSITION DES AMORCES. POISSONS Ol'I Y MORDENT. HEURES. OBSERVATIONS. I. Prenez: 85 grammes de fro- Tout poisson P 1 u s i e u 1- s Les poissons trè.s-avi- mage vieux de Hollande ou de d'eau douce. heures avant des de cette amorce res- Gruyère, broyez Je tout dans un hi pèche. tent longtemps à rôder mortier avec de la lie d'Iiuile d'o- autour de l'endroit où ils lives, et mèlez-y du vin, peu à peu. en ont rencontré. jusqu'à ce que votre composition ait acquis la consistance d'une pâte un peu épaisse, et vous y ajouterez un peu d'huile de rose. Faites, avec cette pâte, de petites boulettes de la grosseur d'un pois, tout au plus. II. En Angleterre, on amorce Tous les pois- En péchant. id. dans la Tamise avec du pain de sons , surtout creton bouilli et coupé. le barbillon. m. Laissez tremper 6 litres de Carpes. Le soir pour id. fèves ( Foba vu/gan's) une nuit le lendemain , dans de l'eau ; faites cuire alors à nu point ilu demi avec 250 gr. de miel et jour. 1 décigr. de musc. Retirez du feu pour les pétrir et en faire des bou- lettes. IV. Mélangez: mie de pain, crot- Tous pois- Toute la jour- tin de cheval, chônevis, et sang sons blancs. née. caillé. V. Faites durcir au soleil ou an Tout poisson S'emploie en petits four des œufs de poisson, gardez- de surface et morceaux comme esche les dans des pots entre des lits de poissons blancs à l'hameçon. laine et de sel, et coupez par mor- ceaux pour la pèche. VI. Faites jeter un ou deux Dréme. Mettre à l'eau Cette orge porte le bouillons à de l'orge ou de l'avoine vers la nuit nom de malt, et sert à germée et grossièrement moulue. le bouillon de faire la bière. Passez dans un linge et laissez re- cuisson , sur- froidir (Walton). tout si l'eau est dormante. Vil. Faites cuire du gros blé, Gardons, brè- dit poii/nrd, avec de la caimelle mes , carpL'S , {Laiirus cinnnmomum), ou du ser- barbillons. . polet [Thijmus serpillnm. Lin.). AMORCES. L>3 COMPOSITION DES AMORCES. VIII. Recette de Florent (rame- née aux mesures décimales). Croton Cascarilla , ou résidu de manne ordinaire venant du Bos- weliia serrata, Dec 30 gr. (Ou remplacez ceci par le n° XIV et ajoutez :) Écorce d'encens.... 30 gr. Mjrrhe ( Dalsamodendron Myrrha^ 30 » Bol d'Arménie commun, ou argile ocreuse rouge 30 » Farine d'orge détrempée dans le vin 8 lit. Foie de porc rôti 100 gr. Ail 100 » Pilez chaque chose à part, et mê- lez à du sablon menu. IX. Prenez et pétrissez ensem- ble : Mie de pain Miel Assa fœtida [Ferida assa fœtida, de Cand.) et faites-en des boulettes. X. Faites cuire ensemble : Froment 500 gr. Orge 500 » Cbènevis 125 » ajoutez-y : Sel de cuisine 1 poignée surtout en été, de peur que le blé ne devienne aigre. XI. Faites bouillir du blé ; quand il est bien attendri, fricassez-le sur le feu avec du miel et un peu de safran délaye dans du lait (Wal- lon). XII. Chcmel (17(8) modifia cette recette. En transformant les quan- tités anciennes en mesures nou- velles, on la fait ainsi, en met- tant à cuire dans : Eau de rivière Fèves (P'aba vnigaris), 3/t de litre. Quand elles seront à demi cui- tes, ajoutez : Miel... 100 à 2 et f-. 1 Laissez du feu. encore cuire, retirez On croit qu'il peut être bon de donner la veille aux carpes une amorce de fèves purgatives ; en- viron la valeur de deux fèves d'«- loés soccotnn en poudre sur 2 li- tres de fèves, et les faire cuire ensemble. Le poisson mord mieux le lendemain aux fèves musquées. POISSONS OL'I V MORDENT. Tous les pois- son s d'eau douce. Gardons , che- vesnes. Tous les pois- sons herbivo- res de fond. Idem. Carpes. HEURES. Mettre à l'eau une heure ou deux avant de pécher. Pendant la pèche. Jeter des poi- gnées le soir pour le matin ou pendant la pêche , toutes les demi-heu- res, en amont du coup. Idem. 5 à C heures du soir et du matin. OBSERVATIONS. Se met à l'hameçon. Certains auteurs veu- lent au contraire que le blé soit fermenté et ai- gri, mais nous devons déclarer que jamais ce sjstèmene nous a réussi. L'es appâts végétaux doi- vent toujours être frais. Cette prescription plus moderne que la recette a été l'objet de beaucoup de plaisanteries de la part de quelques pé- cheurs. 11 eût mieux valu rapporter des expérien- ces plausibles que de se moquer d'une idée, en vérité diabolique, pour forcer à mordre ces pau- vres carpes qui n'en peuvent mais. 24 AMORCES. COMPOSITION DES AMORCES. XIII. Recette de Hermès. Pilez de l'ortie {Urtica urcns\ de la quintefeiiille iPotentillu re/j- tawi. Lin.). Ajoutez-y du suc de joubarbe {Sempenivum tec forum, Lin.), frottez-vous les mains avec le jus pour manier l'hameçon et les esches, et jetez le marc à l'eau. On peut remplacer la joubarbe par la serpentaire {Arum dracun- culus. Lin.). XIV. Recette de Florent (va- riante). Prenez : Origan [Origanum vulgare. Lin.), ou marjolaine Ijàtarde... H gr. Sarriette [Satureia liorten- sis. Lin ) [-> « Marjolaine 12 « Suivez alors la formule VIII. XV. Feuilles de mauve [malva) pilée avec du pain de chènevis qui est le résidu de l'huile de cette plante. XVI. Prenez une touffe de gazon vert et court, large comme une assiette. Au sommet de cette herbe, du côté vert, attachez avec une aiguille et du fd vert autant de petits vers rouges que vous pourez, pour recouvrir le gazon. Faites un rond de bois de la gran- deur du gazon, percez-le au" mi- lieu, placez-y le gazon, et descen- dez-les ensemble dans l'endroit où vous voulez amorcer de fond. XVII. D'après Walton. — Faites une pâte composée de fromage bien fort, que vous pilerez dans un mortier avec un peu de beurre et de safran, jusqu'à ce que le tout revête une couleur jaune citron. XVIII. On peut également faire pour l'hiver une pâte composée de fromage et de térébenthine. XIX. On fait des boules de terre glaise prise sur les bords de la ri- vière, on les mélange de son, de crottin de cheval, de pain de creton bouilli et de débris animaux de la cuisine. On coule ces boules parmi les pierres. XX. Pour mettre dans les nasses en mer , employez des sardines fraîches ou pourries, des débris de confiseries de poissons, de seiches et calmars, du foie, de la chair de chien de mer ou autre animal sem- blable, enfin des boulettes de fa- rine grossière pétrie avec des dé- bris de sardines , d'anchois ou autres poissons qu'on prépare dans la localité. POISSONS 'QLI ï MORDENT. Tout poisson (le fond. lOUjons. Carpe. Chabot de ri- vière. Chabot de ri- vière. Civelles ou jeunes anguil- les remontan- tes. Crustacés de toute espiice, congres, murè- nes , pagels , trigles , rou- gets. HEURES. Idem. Le matin ou la veille. Au relais de basse merpour relever au ju- sant suivant. OBSERVATIONS. Dans un sac ou un panier descendu au fond de l'eau. Ce mode doit réussir pour tout poisson, mais demande un temps pré- cieux. Et probablement plu- sieurs autres poissons de fond. Souvent barbillon, etc. AiNARRHIOUE. 25 AMORTIS. — Synonyme de Remous, Haies, etc. (Voy. ces mots.) AMOUTELLE. — Nom de la Lodie franche dans le département de l'Aube. (Voy. Loche FRANCHE.) AMPLORA. — Nom donné ù l'Anchois aux environs de Nice. (Voy. Anchois.) AMURES. — Une des deux secondes lignes de pêche des barques de l'Ile Dieu, pour le Get^mon. (Voy. ce mot.) ANALES (Nageoires . — Ces nageoires placées près de l'anus, en arrière de cet organe, en prennent leur nom. Klles sont toujours impaires, c'est-à-dire placées dans le plan d'axe de l'in- dividu, et varient considérablement de grandeur et de forme. Quand il n'en existe qu'une, elle est placée immédiatement derrière l'anus; quand il en existe deux, elles sont placées l'une devant l'autre, comme dans les Morues (Gades), et toutes deux en arrière de l'anus. Il arrive quelquefois que le rayon de la première de ces nageoires est épineux : exemple, la 'iAox\x& [Gadus morrhua, Lin.). L'usage de cette nageoire est d'abaisser le centre de gravité des poissons et d'augmenter leur stabilité dans toutes les positions données. Quand elle s'étend jusqu'à la queue, elle participe à son mouvement et augmente sa puissance ; elle aide encore aux changements de direction de l'animal en mettant une inégalité plus grande entre l'impulsion communiquée d'un côté, à la résistance qu'elle oppose, en se déployant de l'autre. Enfin la nageoire anale fait plutôt l'office d'un gouvernai! que.d'un propulseur, et, en elTet, elle est le vrai gouvernail des poissons. Dans la station à trois points, elle est repliée. ANARRHIQUE LOUP (Anarrhicus lupus, Lin.). — Acantho;-t. Gobioïd. Long. max. = I à 2 mètres. Corps allongé et comprimé, tête grosse et ronde ; crâne aplati, bouche grande, lèvres charnues principalement sur les côtés ; dents n'adhérant pas immédiatement à la mâchoire et aux os du pa- lais, mais à des épiphyses osseuses, coniques ou hémisphériques, qui elles-mêmes tiennent à ces os par une sorte de suture et s'en détachent facilement à certaines époques. Les dents des intermaxillaires et celles du devant de la mâchoire inférieure sont coniques et l'ig. 9. — Anarrliiijue loup (Anarrhicus lupus, Lin.) pointues ; et celles des côtés de la mâchoire supérieure, des palatins et du vomer évasées et attachées sur de gros tubercules hémisphériques. Couleur générale d'un brun foncé tirant sur l'olivâtre; de petites taches noirâtres formant par leur rapprochement de larges bandes verticales au nombre de neuf à dix ; sur la dorsale, des lignes irrégulières noirâtres se portant un peu plus obliquement en 26 ANCHOIS. arrière que les rayons qu'elles croisent à angles aigus. Ce poisson n'est pas rare sur nos côtes ni sur celles de l'Angleterre. On le trouve aussi sur les côtes de l'Amérique septentrionale. Sa chair ressemble à celle de l'Anguille. L'Anarrhique, par sa bouche fort bien armée et par ses muscles puissants, peut mordre avec force et briser facilement les objets qu'il rencontre. Nombre de coquillages, tels que les crabes, les astéries, les oursins et autres, forment sa nourriture. Il n'est pas vivipare. La femelle dépose les œufs sur des plantes marines et les jeunes croissent lentement. D'ordinaire il nage avec lenteur par des mouvements d'ondulation et comme se traînant sur le sa- ble, lise retire de préférence dans les anfractuosités des rochers. L'.Vnarrhiquepeut vivre longtemps hors de l'eau. ANATOMIE DES POISSONS. — (Voy. Anales [nageoires]. Baucillons. Dassin [os du]. Cartilagineuses [nageoires]. Caidales [nageoires]. Ceinture humérale. Cerveau. Circu- lation. Clavicules. Coeur. Coracoïdiens. Cotes. Crâne. Dents. Digestion. Dorsales [na- geoires]. Écailles. Épaule. Estomac. Évent, Génération. Huméral [os]. Humérus. Interépi- neux [os]. Intermaxillaire [os]. Interoperculaire [os]. Intestins. Laitance. Langi'e. Latérale [ligne]. Mâchoires. Maxillaiiies [os]. Membranes branchiostèges. Mitral [os]. Muscles. Museau. Nageoires. Narines. Nerveux [système]. Nutrition. Opercule. Orbite. Oreilles. Os. Ouïes. Ovaires. Palais [os du]. Peau. Pectorales [nageoires]. Pharyngiens [os]. Poitrine. Pores. Rayons [nageoires]. Rayons bbanciiiaux. Symphyse. Système nerveux. Testicules. Tète. Timpamque [os]. Ventrales [nageoires]. Vertîbres. Vessie. Vessie natatoire Voix. Vue. Yeux. ANCHIORE. — Nom provençal de l'Anchois. (Voy. Anchois.) ANCHOIS (Clupea ou Engraulis Encrasicholus, Lin.'. — 3Ialacopt. abd. Clnpéoïdes. Long. max. = Omilâ. Syn. : Anchovy, angl. — Roqueron, esp. — AmplorUy ital. — Chanisa, crim. — Anjovis, suéd. et allem. — Bylc/ùig, dan. — Ginrtongumet, hret. — Sarde/a, pol. — Brislitig, norw. Corps très-allongé et arrondi, écailles très-minces. Vivant, il a le dos vert-houleiUe et le ventre argenté ; mort, il devient promptement bleu si foncé qu'il en paraît quelquefois noir. Au demeurant un grand air de parenté avec une petite Sardine, mais pour caractère très-apparent la fente énorme des mâchoires jusque derrière les yeux. Ouïes excessivement ouvertes. Yeux grands et vifs, iris argenté, narines visibles et rapprochées au Lout du museau qui es t plus noir ([ue le reste de la tête et qui se termine en pointe mousse. Ligne saillante de la nuque au museau. Sur le front se trouve une espèce de cœur dont la couleur blanchâtre tranche avec celle de la peau qui revêt les côtes de la tête. Dorsale petite = 17,. Caudale fourchue profondément = 21 ; pectorales insérées en bas, près de la fente des ouïes = 17 ; ventrales très-petites insérées un peu en avant de la dorsale = 7. .\nale plus haute, mais assez étendue = IG, ayant, en tout petit, un peu la forme de celle de la Brème. Pas de dentelures au ventre comme en ont les Aloses. Les dents sont excessivement fines et au nombre de 4 ou G. Langue pointue et étroite; les écailles très-caduques et transparentes, la ligne la- térale en contient 48 à 50. L'ouverture des branchies est grande et susceptible d'une dilatation considérable, ainsi que chez toutes les Chipées, faculté qui explique pourquoi ces poissons meurent presque aussitôt sortis de l'eau. Les pla([ues qui recouvrent cette ouverture sont soudées entre elles ainsi qu'il se remarque dans plusieurs espèces de poissons : leur couleur est brillante et nacrée. Excessivement voi'aces, ces petits poissons vivent en troupes nombreuses comme les Harengs, les Sardines, les Sprats et la plupart des autres Chipées, se nourrissant de petits poissons, de crus- tacés du premier âge, d'œufs, d'insectes de mer. Us sont très-abondants dans les mers chaudes et tempérées de l'Europe, surtout près des côtes de l'Italie, de la France, de l'Espagne; cependant on les trouve jusque dans la Baltique et dans le grand Océan septentrional, mais ils y sont notablement plus gros. On les trouve égaleinent dans la mer des Indes. La multiplication de ce pelit animal est prodigieuse ; vers le printemps il fait son apparition sur les côtes venant on ne sait d'où, quelques-uns pensent de la haute mer, car la même incertitude règne sur ses mœurs que sur celles de ses congénères de la même famille. Ces', le moment des grandes pêches qui approvisionnent tous les pays : suivant la sai-on, les côtes et des causes encore peu con- nues, ce temps dure de mai en juillet. Les Marsouins, les Phoques, les Squales, les gros Gades, tous les carnassiers de la mer en font une consommation énorme et l'apparition de ces gros visiteurs est, comme pour la Sardine, un signal que les bandes innombrables de leurs victimes sont arrivé» s. Quelques traités de pèche prétendent que l'on faisait autrefois la pêche de l'Anchois en Breta- gne, et que Vannes et Quimpcr en préparaient 12 à 15,000 barils : il n'y parait plus aujourd'hui. ANCHOIS. 27 Ou chercherait en vahi un Anchois frais sur ces marchés, mais en revanche on y anchoite une cnornie qnantité de Sardines. Il n'y a que la foi qui sauve ! On rencontre quelquefois l'Anchois dans les eaux douces et saumàtres des grands fleuves. C'est ainsi qu'on a constaté sa présence, dans la Seine sur les Lancs de Qnillehreuf. 1,'Anohois est com- nnni sur les rivages de Cornonailles, sur les côtes de la Zélaiule, parliculièreiucnt dans les bras do l'Kscaut. ANCHOIS. — La gi-andc pèche des Anchois se fait en Sicile, à l'île d'Elbe, et, pour la France, en Corse, à Anlibes, Fréjus, Saint-Tropez, Cannes, Martigues, etc. 11 est probable que, si l'on s'amusait î\ jeter, à ce poisson quand il donne, une ligne amorcée d'un petit hameçon et d'ini petit ver, on en prendrait à volonté, car il est assez vorace pour ne pas laisser passer une proie ofTerte, sans l'attaquer ; mais cela n'en vaudrait pas la peine. Aussi la pêche de l'Anchois ne se fait-elle qu'aux grands filels comme celle de la Sardine, du Hareng, et au moyen de filets du même genre. De môme que tous les petits poissons blancs de la mer, les Anchois peuvent servir d'excellente esche pour tous les poissons voraces, tant de fond que de surface, le Bar, les Pagres, Pagels, Dorades, Orphies, etc., etc. Parmi les procédés de pèche de l'Anchois, il faut en distinguer deux, la RissoUe mobile et la Rissolle fixe. (Voy. Rissolle.) Pour faire cette pèche, trois ou quatre bateaux fostiers (voy. ce mot), par- tent, le soir, par les nuits sombres et sans lune, d'avril en juillet, allument leur />/(!rtr«7- lon et vont à une ou deux lieues en mer, sur les fonds où ils pensent trouver le plus d'Anchois. Derrière eux vient doucement et dans l'ombre le Bissollier, porteur des filets. Les fastiers se tiennent à une certaine distance les uns des autres, 150 à 200 mètres, et quand ils voient que les Anchois, rassemblés par la lueur des feux, sont en grand nombre, ils font un signal au RissoUier en môme temps qu'ils se rappro- chent. Le RissoUier entoure un des fastiers, avec précaution, de ses filets qu'il laisse glisser à l'eau; puis, quand cela est fait, à un signal donné, tous les feux s'é- teignent, les pêcheurs battent l'eau en faisant le plus de bruit possible : les An- chois, effrayés, éperdus, se sauvent de tous côtés, donnent de la tète dans les fîle's de l'enceinte et se maillent. H ne reste plus qu'à relever les filets, récolter le poisson et aller plus loin recommencer cette fructueuse opération, tant que la nuit est assez obscure, car il y a toujours un ou deux fastiers de prêts qui attendent le secours du RissoUier, La Rissolle fixe se tend auprès de la côte : le RissoUier en forme une es- pèce d'enceinte dont le centre est fait parla poche que porte le filet, puis il attend à l'ancre à sa portée. Pendant ce temps les fastiers vont à la découverte, s'efforçant de rassembler des Anchois sous leurs pharillons; aussitôt qu'ils en ont assez, ils mar- chent doucement et les amènent entre les bras de la Rissolle fixe. Alors on éteint les feux, on fait du bruit et l'Anchois se précipite vers la Rissolle où une partie se maille et l'autre se jette dans la poche. Quand l'Anchois se trouve mêlé cà la Sardine, les pêcheurs en tirent un mauvais augure pour la pêche de cette dernière, car l'Anchois étant très-vorace, mange la Rogue et chasse la Sardine, poisson craintif par excellence. Voici un fait à l'appui de ce que nous avancions sur la richesse des côtes de Bretagne en Anchois. Du 20 mai au 20 juin 18IG, plus de douze cent mille Anchois furent pris sur la côte et devant la ville de Douarnenez. Ils étaient plus petits que d'habi- tude et mêlés avec une grande quantité de Sprats. On dut pêcher les uns et les au- 28 ANGE. très au moyen cFune senne très-longue et à mailles très-étroites. Pour enlever les Sprats dont on n'avait que faire, on imagina de resserrer le tas de poissons, le plus près-possible de la chaloupe, en tirant vers le bateau les deux bouts du fdet. On pensait que celle position étant très-fatigante pour le poisson, le plus faible, c'est- à-dire le Sprat, devait périr promplement. C'est ce qui arriva. Mais comme néan- moins il en passait toujours une certaine quantité avec les Anchois, les femmes el les enfants des marins étaient occupés à les trier et h les rejeter à la mer. Le millier d'Anchois se vendit alors 1 fr. 50 et 2 fr. le kilog., et l'on en prit jusqu'à 100,000 d'un seul coup de filet! (Noël, m. s.) ANCHOYE. — Nom de l'Anchois aux Martigues, on dit aussi Anchoi. (Voy. AiNcnois.) ANDOUILLE. — Nom lorrain de V Anguille. (Voy. ce mot.) ANCHON ou ANÇON. — (Voy. AcilON.) ANCHOUBET. — Sorte de filet flottant, employé pour prendre le poisson de passage dans la Méditerranée. ANE. — (Voy. GUABÛT DE RIVIÈRE.) ANFOUNSSOU. —Nom du Mérou, en dialecte de Nice. (Voy. Mérou.) ANGAYRE. — Nom de l'Anguille à Lunéville. (Voy. Anguille.) ANGE DE MER iSqualus Squatina, Lin.). — Chondropt. à br. fixes, Plagioslomes. Long. max. = 2 mètres. S^n.: Angle fsch, angL — Meer Engel, allem. — Angelote, Peje angel, espag. — Squadro, ilal. — Schoerhmj, holL — Loerec, bret. — Lixa, portug. Fig. 10. — Auge de mer [Squalus Squatina, Liu.). Ce squale habite nos mers, tant l'Océan que la Méditerranée, et n'est même pas très-rare. Sa forme est si caractéristique qu'on ne peut s'y méprendre; sa tête ronde plus large que le tronc, les nageoires qui l'entourent et se développent de chaque côté comme des ailes, sont bienreconnaissables. La bouche est énorme, les dents longues, pointues et extractiles ; 3 rangées à la mâchoire supé- rieure, 5 à l'inférieure. Narines placées près du museau, recouvertes d'une espèce de peau terminée par deux barbil- lons. Yeux très-petits derrière lesquels se trouvent 6 évents communiquant entre eux. Dessus brun pâle ou brun sale, couleur de vase: peau granulée, rude, chagrinée. Dessous plus > < ce < w O ^ LU J ~ Z3 O < ANGUILLE. 29 [aie, presque blaiicliàtre: sur le dos une rangée de courtes épines entre les pectorales. Évents der- rière les yeux, grands. Le frai des femelles a lieu en juin. Ce poisson extrêmement vorace fait la chasse aux poissons plats, et, comme eux, ne quitte pas le fond où il se cache sous la vase et le sahie qu'il soulève. Il s'einhusqne sous la vase et agite ses barbillons qui ont l'apparence de petits vers marins. Les poissons, trompés, se précipitent sur cette proie frétillante et tombent ainsi dans le piège qui leur est tendu. Chair très-médiocre. Cependant, en Bretagne, les paysans le découpent en morceaux, le salent et le font sécher au soleil. ANGE DE MER. — On prend ce poisson h la ligne en môme temps que les Raies, les Squales, et au Bahou (Yoy. ce mot), amorcés avec de la chair de La- bres, de Lieu, etc. Le Bahou n'est vérifié que vingt-quatre heui^es après qu'il a été posé sur des fonds de sable, autant que possible. Il est commun dans le bassin d'Arcachon. Les pécheurs de Dieppe en prennent de grandes quantités dans les eaux de Brighton et de Hastings. La chair de l'Ange de mer est inférieure à celle de la Haie, mais sa peau est utilement employée dans les arts. On en fait des étuis, des fourreaux de sa- bre, etc., de même qu'avec la peau des Squales. ANGHIALO. — Nom languedocien de V Anguille. (Voy. ce mot.) ANGHILLO. — Nom de l'Anguille à Nice. (Voy. An^guille.) ANGI. — Nom donné aux Martigues à VAnge de mer. (Voy. ce mol.) ANGUIELLE. — Nom de l'Anguille, aux Martigues. (Voy. Anguilli: .) ANGUILLA. — (Voy. Anguille. Genre.) ANGUILLA ACUTIROSTRIS. — tVoy. Angiille a nez i'Ointu, art. Anguille.) ANGUILLA MEDIOROSTRIS. — (Voy. Anguille a bec moyen, art. Anguille.) ANGUILLA LATIROSTRIS. - (Yoy. Anguille a large bec, art. Anguille.) ANGUILLA VULGARIS. — (Voy. Anguille, Htsf. Nat. et Péc/ie.) ANGUILLE {Genre). — Les Anguilles présentent des nageoires pectorales sous lesquelles les ouies s'ouvrent de chaque côté. Llles n'ont pas de nageoires ventrales. Leur forme allongée, leur peau épaisse et molle entourant leurs écailles très-petites, sont des caractères tout à fuit typiques. La dorsale et la caudale sont sensiblement prolongées autour de la queue et forment par leur réunion une nageoire pointue. Les espèces pour la France sont nombreuses et encore assez mal déterminées. ANGUILLE CHIEN. — On donne ce nom, dans certaines localités, à une va- riété d'Anguilles qui doit être l'Anguille plat-bec, dont la gloutonnerie est exces- sive. Elle a les dents si fortes qu'elle coupe les fdets, et ronge même le fd de fer des empiles sur lesquelles on la prend. Sa chair est filandreuse et de ma^avaise qualité. On dit qu'elle a des bar- billons à la bouche ; quant à nous, nous ne lui en avons jamais trouvé, mais les pa- pilles saillantes qu'elle porte, — comme toutes les anguilles, et un peu plus déve- loppées que les autres, — aux narines, ont pu donner lieu à cette croyance pour des observateurs superficiels. ANGUILLE A BEC MOYEN. — C'est l'Anguille Yerniaux de nos pécheurs, le Znig des Anglais. (Voy. art. Anguille.) ANGUILLE A LARGE BEC. —(Voy. Anguille commune.) C'est le f'impcrneaux de nos pécheurs, le Grirj-eel des Anglais. ANGUILLE A LONG BEC. — (Voy. Anguille commune.) ANGUILLE COMMUNE (Murœna Anguilla, Lin.). — Malacoptérygiens apodes, 4* or- dre, anguilliformes. Long. max. = i",80. Syn. : AU, suéd. — Anguilla, espag. — Anguira, barq. — Argann, irland. — Qucurusen, 30 ANGUILLE. bret. — Angui/in, \la\. — fngola, hongr. — liiavl-aal, island, — Anguia, inguia, ^^orinq,. — Eelj angl. — Aal, allem. Nous ne nous dissimulons pas qu'en abordant l'iiistoire de ce singulier animal, nous soulève- rons un certain nombre de questions encore controversées. Tant mieux ! peut-être quelque lumière viendra-t-eile éclairer l'obscurité insondable où demeure, malgré tout, la question si capitale de la reproduction de ces animaux. L'Anguille est un poisson, à n'en pas douter, mais c'est un des poissons les moins poissons qui entrent dans les eaux douces de notre pays : tout ou presque tout est anormal en elle. Pour notre part, nous n'avons jamais pu trouver en elle ni ovaire, ni laitance, à quelque moment de l'année que nous ayons cherché. Ces organes existent cependant ; mais où ? Là est le mystère. L'Anguille, à demi reptile, quitte l'eau avec facilité. Ce fait, depuis longtemps répété dans les livres d'ichthyolo- gie, et enjolivé du goût de ce poisson pour les petits pois qu'elle va, dit-on, manger la nuit dans les jardins, avait été révoqué en doute, d'abord timidement, par quelques savants de cabinet, puis enfin plus hardiment. La chose allait passer à l'état de fait démontré erroné quand, l'année der- nière, un de nos amis et camarades, M. Lepaute, conservateur du bois de Vincennes, nous raconta les faits suivants que nous trouvons ainsi consignés dans nos notes. (4 juillet 1805.) « M. Lepaute, conservateur du bois de Vincennes, m'affirme à l'instant que des Anguilles adultes mises par lui dans une pièce d'eau du bois, bétonnée au fond, où elles ne se plaisent pas beaucoup, ont été prises ces jours-ci, la nuit, au milieu des pelouses de la forêt, gagnant la Marne vers Cha- renton. Ces étangs sont repeuplés, par lui, au moyen de Montée qu'on lui envoie de Boulogne. « De petites Anguilles, en fils, étant mélangées dans un aquarium à de petits Saumons très- jeunes, ces derniers disparaissaient. M. Lepaute, croyant impossible que des Anguilles Si petites absorbassent des individus plus gros qu'elles, fit l'expérience suivante. Il mit une certaine quantité des uns et des autres dans un verre plein d'eau qu'il renversa dans une assiette. La fermeture semblait hermétique... Au bout de quelques jours toutes les Anguilles étaient parties. Comment et par où ? Sans doute en passant l'extrémité de leur queue mince et glissante entre le verre et l'as- siette et poussant ainsi. Leur corps est d'ailleurs très-compressible. Enfin, quel que soit le moyen employé, elles disparurent, les Saumons restèrent, et ce n'étaient pas ceux-ci qui avaient mangé celles-là, les Saumonneaux naissants ne prenant aucune nourriture extérieure. » Malgré l'incohérence de cette note, elle a une grande importance. Elle met hors de doute, une fois pour toutes, les promenades de l'Anguille à travers les prairies ; par conséquent, elle explique très-bien qu'on en ait rencontré au milieu des pois dans des jardins proches de l'eau. Y venaient- elles pour manger les pois ? ce n'est pas probable. Elles y venaient plutôt chercher les insectes, limaces, chenilles, etc., qui pullulent dans ces endroits, et sortent de leurs retraites au milieu des nuits fraîches et mouillées de rosée. Mais la note de M. Lepaute prouve encore autre chose, c'est la difficulté de maintenir l'An- guille dans les eaux qui ne lui conviennent point, — fait que tous les éleveurs de poissons connaissent à merveille, — et la difficulté de se garer de ses promenades dans les endroits que l'on réserve à l'é- levage des jeunes alevins de salmonidés. Nous ne devons pas hésiter un moment, en présence de ces faits et des considérations qui en découlent, à placer l'Anguille au nombre des ennemis du pisci- culteur et à la regarder comme l'un des plus dangereux. En effet, si des fils avalent des Saumon- neaux aussi gros qu'eux, que doivent absorber, de jeunes Truites et autres, les Anguilles adultes dont la taille n'est pas inférieure à la grosseur du bras et dont la voracité est telle qu'on les pêche au moyen d'un Goujon comme appât ? C'est ainsi qu'en cherchant une chose, on en trouve une autre. Mais l'évanouissement des petites Anguilles enfermées sous le verre est caractéristique et démontre, sans réplique, la valeur des dé- gâts que ces poissons peuvent et doivent commettre dans les étangs, disloquant les pierres des digues, et creusant dans la berge des trous qui peuvent permettre l'échappement de l'eau. Certaines espèces d'Anguilles semblent, au dire des pécheurs, plus aptes à se promener sur le sol que d'autres. D'après les pécheurs de la Seine, cette faculté serait surtout l'apanage de celles qu'ils nomment Anguille jnnne ou verte. Anguille de printemps, Anguille coureuse. La variété dite Anguille noire ne sortirait pas de la vase et du limon, tandis que V Anguille blonde rechercherait les eaux plus claires et les fonds caillouteux. Celle-ci a la chair plus délicate et la peau plus fine que les deux autres. La remarque de M Lepaute me fit faire quelques recherches au sujet des migrations terres- tres des Anguilles. M. Desvaux, dans les Essais d'ichfliyologie, 1851, constate qu'il a trouvé en 1802, pendant l'été, une Anguille très- vivante, au milieu des prés et dans les herbes, à plus de 30 mètres de l'eau. 11 dit, un peu plus loin, avoir mangé en ISll, au mois de septembre, une Anguille soulevée par le soc d'une charrue, au milieu des terres, à plus de 400 mètres de l'eau. ANGUILLE. 31 M. Millet, dans VEncijclopëilie de l'Agriculteur, s'exprime ainsi : « Quant h moi, j'ai vu, en di- verses circonstances, (les Anguilles sur terre à des distances très-considérables des rivières et des clangs ; les unes coupées par des faucheurs dans les prairies, les antres blotties dans de petits buissons où les chiens et les chasseurs les surprenaient avant les premières lueurs du jour, d'autres restant dans des fosses ou mares au milieu des champs et à l'abri de toutes inondations ; d'autres enfin écrasées par des pièges dits assommoirs, destinés à la destruction des animaux nuisibles. » Dans le bassin d'Arcachon on connaît deux espèces d'Anguille, la commune, verdàtre, et la blanche, plus estimée. Celle-ci porte, dans le Maransin, le nom de C/iardicat, et de Mouryain à la Teste. Ces deux espèces remontent le courant, d'avril en septembre, se répandant en partie dans des étangs d'eau douce et dans les ruisseaux qui débouchent dans le bassin. En hiver et pendant les crues, elles reviennent dans les bassins, se retirent dans les lieux les plus profonds et sur les bords des chemins où il y a de la vase et de l'herbe. On les pêche toute l'année à la fouanne, et l'on en prend autant en hiver qu'en été. A Saint- Valery-sur-Somme, les pécheurs croient que la couleur blanche des Anguilles vient de ce qu'elles ont séjourné dans les herbiers ou sur les sables où elles acquièrent une meilleure chair. Dans les étangs du Midi, voisins d'Aigues-Morfes, on prend également deux espèces d'Anguilles, la commune que l'on nomme Lachcnaux et la blanche qui devient la fine. Voici quelques détails sur leurs mœurs, au dire des pécheurs du pays, qui font remarquer que les Anguilles ne viennent que dans les étangs peu profonds comme ceux de Mauguis et Ripansset et jamais dans celui de Tau où l'eau a une grande profondeur. Bien entendu nous citons leurs curieuses observations comme ren- seignements et sous toutes réserves. L'A. fine vient de la mer. Elle entre dans les étangs à l'état de fil (montée) par millions et pac bancs : elle s'enterre dans la vase, où elle se nourrit, grossit et engraisse. Lors des premières pluies d'octobre, à l'entrée de l'hiver, elle cherche à regagner la mer et rien ne la retient. On ferme tous les graus par des manignières, rien n'y fait ; elle passe tout de même. Par où ? Les mailles ont trois lignes en carré 1 II est probable que cette migration, contrariée par les filets, s'exécute par terre. Autre fait curieux. On a beau tendre des filets pendant l'été, jamais on ne prendra d'Anguille fine ; rien ne lui fera quitter la retraite qu'elle habite au fond de l'eau, avant le mois d'octobre ; on pren- dra tant qu'on voudra de Lachetiaux. Ces .\nguilles ont des mœurs toutes dilTérentes : elles frayent dans les rivières en eau douce : elles viennent du Rhône et des autres rivières, et elles entrent dans les étangs salés où ces cours d'eau se déchargent, à peu près de la même grosseur que les fines, non dans le printemps ou dans un autre temps marqué, mais lors des inondations et des débordements de l'automne et de l'hiver. Cette anguille ne cherche ni la mer, ni les rivières d'où elle est sortie et où elle a pris naissance. Elle s'enfonce dans la vase et se nourrit de racines, d'herbes, de petits poissons et surtout de vers et de larves. Au plus fort de l'été, lorsque la chaleur échauffe le limon, les herbes qui poussent au fond de l'eau et où les Lachenaux se trouvent cachés, meurent, pourrissent, se détachent et surnagent; l'eau devient alors rougeàtre et exhale une mauvaise odeur. Quelquefois même elle noircit comme de l'encre et devient infecte; c'est alors la Malaigue. S'il survient des pluies, le Rhône, le Vestre le Vidourle débordent et viennent mettre en mouvement les eaux croupissantes des étangs. Alors l'Anguille Lachenaux se réveille, elle s'agite et suit avec indifférence le flot qui l'emporte du côté de la mer. C'est lépoque où l'on eu fait des pêches considérables. L'Anguille commune appartient, parmi les poissons anguilliformes, à la section des Anguilles vraies. Les pécheurs en reconnaissent quatre sortes qu'ils prétendent former autant d'espèces, mais que les naturalistes confondirent d'abord sous le nom de murœna anguilla (Lin.). Toutes ont la peau vis- queuse, très-glissante, les écailles à peine visibles, enfoncées dans la peau et ne paraissant que quand celle-ci ejt desséchée. Les dents qui garnissent leurs mâchoires font connaître leurs instincts de proie. Corps cylindrique très-allongé ; tête petite et pointue ; dos verdàtre ou brun sans taches; ventre blanc ou jaune suivant les rivières, ou les étangs habités, probablement aussi suivant la variété à laquelle appartient l'individu. Dorsale et caudale réunies formant une caudale pointue. Ouvertures branchiales petites et portant les pectorales. L'Anguille est un animal très-vorace ; elle vit do poisson, frai, vers, insectes, cadavres en dé- composition ; nage avec rapidité, souvent à reculons. Elle est douée d'une grande vitalité, car, dépouillée de sa peau et découpée en morceaux, les tronçons s'agitent pendant longtemps encore, ce qui tient aux ganglions nerveux répandus dans toute la longueur du corps, et dont chacun est un centre de vie. 32 ANGUILLE. L'anatomie de l'Anguille a déniontré une anomalie très-curieuse dans son organisation, c'est l'existence d'un cœur lymphatique situé à l'extrémité de la veine caudale, et doué de pulsations très- appréciables. Celte découverte, due au docteur Marshall Hall en 1831, d'un organe analogue à celui qui existe chez la grenouille, le crapaud, la salamandre, le lézard vert (J. Mùller, 1833), est assuré- ment remarquable chez un poisson. Ce fait rend compte de l'extrême sensibilité de l'Anguille quand on lui Lrise la queue, et de la coutume des pécheurs qui veulent tuer cet animal, de lui frapper d'un coup sec, non la léte, mais la queue, contre un corps dur, un arbre, une pierre, ou même la pointe de leur soulier. D'autres mordent fortement la queue de l'Anguille et la tuent sans la mutiler. La sensibilité de l'animal en cet endroit est telle, qu'une Anguille à moitié morte, immobile, reprend ses convulsions désordon- nées rien qu'en lui passant le doigt sur l'extrémité de la queue et [iressant ce cœur légèrement. L'An"uille est ovovivipare, et c'est dans la mer qu'elle se reproduit. On appelle wow/é'e, les masses de petites anguilles qui, au printemps, remontent les fleuves et les rivières. En somme, on sait peu de choses sur la multiplication des Anguilles et surtout sur leur accouplement ou leur fécondation. Mais si, aux mois de mars, avril, on recueille les animalcules filiformes, diaphanes, de 0°>,0G à 0'",07 de long, qui fourmillent auprès du sable de la nrer, à l'embouchure des cours d'eau, y forment des masses d'apparence gélatineuse, et qu'on les transporte en eau douce, dans un étang, elles devien- nent des Anguilles parfaites dont la croissance est très-rapide. (Voy. plus haut, note Lepaute.) Des pêcheurs exerçant leur état dans la rivière A' Aigre, près de Chàteaudun (Eure-et-Loir), ri- vière très-limpide, roulant au milieu des prairies tourbeuses, nous ont affirmé avoir, plusieurs fois, pris de très-grosses Anguilles portant leurs petits dans leur ventre, d'où ils sortaient devant .eux. Ce fait prouverait que l'Anguille est fécondée ailleurs (peut-être accidentellement) que dans l'eau salée, et qu'elle serait fécondée par le mâle dans les eaux d'habilal. Descend-elle ainsi à la mer y déposer ses petits, éclos dans son corps pendant le temps nécessaire au trajet? Toutes les questions que l'on peut poser à ce sujet sont fort obscures, mais le fait d'une Anguille pleine de petits, à au moins cent lieues de la mer, est une circonstance à noter. Dans le même pays, les pêcheurs prétendent — nous reproduisons ceci sous toute réserve, quoi- que dans leurs observations il y ait toujours quelque chose de vrai,— que les Anguilles, au printemps, sont trouvées par eux entortillées en pelotons hors de l'eau, entre des touffes de gazon humide, dans les prairies tourbeuses, la imit, et surtout les nuits de rosée et de lune, et que c'est là qu'a lieu la fécondation de ces animaux. Ce moment peut être fixé, de fin février à mi-mars, et comme la montée se produit fin mars et avril, cela supposerait une incubation moyenne de 30 jours, dont la durée se- rait employée par l'animal à changer de lieu. Le fait du pelotonnement des Anguilles pour le cas de l'accouplement n'est pas une utopie et peut même précéder le moment où les pécheurs l'ont observé, car, vers l'automne, il est certain que les Anguilles qui ont passé la belle saison dans les ruisseaux, les rivières et les fleuves se ré- unissent, s'entrelacent en boule et se laissent dériver au courant. A ce moment, vers l'embouchure de ces cours d'eau plus ou moins considérables dans la mer, les pécheurs au filet prennent ces pa- quets enroulés, de 20 à 30 Anguilles nouées ensemble. La constatation, cependant, des élangs isolés qui sont et demeurent constamment peuplés de ce poisson, des petits cours d'eau qui en contiennent aussi en toute saison, prouve que ces animaux ont une autre manière de vivre, voyageuse ou sédentaire. Ce fait, de la migration partielle d'une espèce dont de nombreux individus demeurent et nichent dans des lieux d'élection, est commun parmi les oiseaux. Les bruants, les grives, les poules d'eau, sarcelles, canards, etc., en otrrent des exemples frappants. L'Anguille est le seul poisson d'eau douce qui entre dans la mer. Il habite ordinairement le fond même des eaux et ne s'élève à leur surface qu'à l'approche de l'orage. Il sort quelquefois, avons-nous dit plus haut, d'un étang pour passer dans un autre, ou pour chercher sa nourriture dans les herbes, où il trouve de petits limaçons,- etc. L'Anguille est donc un vrai rapace nocturne, ne chassant que dans les ténèbres les petites proies dont elle est avide, et se nourrissant même de cadavres. La chair de ce poisson est très-agréable, grasse et délicate, mais difficile à digérer. Cet animal croit très-lentement, mais acquiert une grosseur souvent considérable; les individus de 1 à 2 kilog. sont communs, quoique formant déjà une fort belle proie. Leur vie est longue ; car on a des exem pies d'Anguilles conservées 17 à 20 ans on domesticité. Rapprochons maintenant ces faits de ceux qui tendent à faire croire les Anguilles ovipares : ce qui est l'opinion des pêcheurs de la basse Seine. Suivant eux, ce poisson fraye deux fois l'an, une première fois au mois de février-mars, et une seconde en septembre. ANGUILLE. 33 A l'appui de l'avis qu'elles sont vivipares ou au moins ovovivipares, il faut rapporter l'observa- tion de Joaiini qui tient d'un paysan, (ju'une grosse anguille mise entre deux plais fut trouvée au ijout de quelques lieures entourée déplus de 200 petites Anguilles longues de O'n.O-'J à 0"i,Oi, blan- ches et (llirornics. Valencieiuies pense que ce pouvaient être des ascarides vermiculaircs ; so;i avis est que l'Anguille est ovipare seulement, qu'elle fraye dans la vase, que ses œufs restent réunis, et que les petits qui en naissent restent également unis pendant quelque temps ; mais que, quand ils ont acquis une taille de 0'",04 à 0'",05, ils se séparentet remontent l'eau douce des cours d'eau en for- mant la montée dont nous avons parlé plus iiaut. Quoi qu'il en soit, cette montée est bien, sans au- cun doute, du frai d'anguille, puisqu'elle a servi, sous la direction de M. Coste et plusieurs fois, au repeuplement des eaux stagnantes et isolées. (Voy. plus haut, expériences Lepaule.) D'après les auteurs anglais les plus éclairés, l'Anguille serait ovipare simplement; c'est l'avis de Yarrell et de Young. Ils font remarquer que les œufs de la femelle sont nombreux et exti-cmement petits. D'après leur opinion, les sujets adultes pondraient dans les mois chauds de l'été parmi le sable et les bancs de graviers des rivières et ne descendraient point dans l'eau saumâtre pour frayer. Le frai éclorait aux mois de septembre ou d'octobre, et resterait parmi les graviers dans le même en- droit ou les environs, jusqu'aux mois d'avril ou de mai, suivant que l'eau demeurerait chaude ou froide. Aussi ne voit-on jamais paraître le frai à un moment toujours le même, quoique cependant il ne dépasse pas les mois d'avril et de mai. Quant aux Anguilles adultes, au lieu d'émigrer, elles demeurent enfermées dans les trous des berges ou sous de grosses pierres, aussi longtemps que l'eau est froide, et, dans cette immobilité, attendent que la chaleur de l'été réchaull'e l'eau et les ramène à la vie et au mouvement. Il est donc probable que les Anguilles qui viennent déposer leur frai dans l'eau saumâtre, le font plus tôt que les autres, parce que cette eau est plus chaude que celle des sources des montagnes, par exemple. Si nous nous laissons guider par l'analogie, en les comparant à ceux des autres poissons similaires, nous devons penser que les œufs de l'Anguille, qui sont extrêmement petits, n'ont pas besoin de plus de trois semaines pour éclore. Telles sont les opinions diverses qui s'étaient produites sur la génération encore imparfaitement connue des Anguilles, lorsqu'une troisième opinion s'est fait jour, beaucoup plus radicale que les au- tres, mais en même temps inliniment moins commode à soutenir, puisqu'elle nie toutes les observations faites. Suivant cette opinion un peu bien hardie, de M. E. Blanchard, entomologiste, en face d'hommes aussi considérables comme iclithyologistes que Yarrell, Young, etc., l'Anguille est une larve. De quoi? 11 ne ledit pas, mais il l'allirme : les Anguilles sont certainement des larves. — Pourquoi? — Ce sont des êtres incapables de se reproduire, des êtres qui doiveat subir des changements avant de satisfaire à la loi de la reproduction. Et les œufs petits et noirs que les observateurs anglais ont vus 1 — Erreur! Et les petits vivants sortant du corps de la mère? — Erreur! Filaires que tout cela! — Chimère, devrait-il dire. Ce qui prouve que tous les observateurs passés sont des niais, incapables de distin- guer un poisson naissant d'un helminthe! Avec cela, que les gros yeux noirs de la jeune Anguille, à l'état de naissain, ne se voient pas ! et que ce petit poisson ressemble à un ver ! II faut, en vérité, faire bon marché de ses semblables pour supposer qu'ils sont tous aussibornés, et que des gens accoutumés à voir des poissons depuis longtemps^ et sur nature, ne peuvent pas les reconnaître même à l'état naissant !.,. Enfm, toutes les opinions étant utiles à rapprocher, nous dirons un mot de celle de quelques pé- cheursquipensentqueles Anguilles de l'eau douce ne sontqu'un état non adulte du Cowjre ou Anguille de mer, de même que le Parr, le Smolt et le Grilse sont des états de jeunesse successive du Saumon. Cette théorie séduit au premier coup d'œil, malheureusement elle vient se briser, — au moins quanta présent, — contre la remarque que le nombre de vertèbres de l'Anguille commune est au plus de 110, tandis que le Congre en possède 150, c'est-à-dire kO de plus, d'après les remarques de Yarrell. Cependant, malgré le dédain avec lequel le savant ichthyologiste anglais repousse cette opinion, elle est encore celle d^outes qui me séduirait le plus. Je sais qu'il est dillicile de supposer qu'un animal passant à l'état adulte, acquière 40 vertèbres de plus que dans son jeune cage. Malgré cela, ne pourrait-on penser que cet accroissement a lieu dans la série des vertèbres caudales, peut-être par dédoublement de celles primitivement existantes. Nous avons bien des animaux qui naissent avec une queue et qui la perdent ensuite, pourquoi n'en aurions-nous pas qui augmenteraient leur queue de moitié, en arrivant à l'état adulte ? Malheureusement nous nous heurtons ici à une autre difficulté. On trouve de petits Congres, — très -rarement, il est vrai,— mais ou en prend à chaque instant dans la mer qui ne sont pas plus 3 3i ANGUILLE. gros que rAnguille quand elle redescend pour frayer, qui sont mêuie plus petits, et cependant, ils ont 156 vertèbres!... Quel dommage! Le lieu de naissance," la mer; le genre de vie, carnage; la chair, huileuse; la forme, identique ; tout concorde : du petit au grand, du Smolt au Saumon ! Chenu et Desmarest n'hésitent pas à affirmer que l'Anguille fraye dans la vase après une sorte d'accouplement. Les œufs restent réunis ensemble par une viscosité analogue à celle qui réunit les œufs des Perclies d'eau douce, et forment de petits pelotons ou boules arr^ondies : chaque femelle, comme ils ont pu l'observer, produit annuellement plusieurs de ces boules. Les petits éclosent bien- tôt et restent, pendant les premiers jours de leur naissance, réunis dans ces pelotes; quand ils ont atteint 0",04 ou 0'",05 de longueur, ils se débarrassent des liens qui les retenaient et bientôt remon- tent tous, en bandes serrées et excessivement nombreuses, les fleuves ou les affluents près desquels ils se trouvent. L'avenir nous dira le dernier mot. D'après les observations les plus récentes faites en France et en Angleterre, on sépare les An- guilles en plusieurs espèces, basées sur la couleur et la forme du corps et de la tête. Ces caractères semblent assez constants et donnent lieu aux coupes suivantes. A. Pimpeineaiix. [A. lalirostris, Yarr A. Verniaux. (A. mediorosti'is, Yarr. A. long-bec. (A. acutirostris, Yari .) Fig. 11. — Comparaison de la forme de tête des anguilles, ramenée à une même mesure 1° Anguille commune ou Vertiiaux àts, pécheurs, le Swig-eel des Anglais (Anguilla mediorostris, Yarr.). — Anguille ^at/we ou verte. Coureuse, des pécheurs de la Seine, facilement remarquable à sa tête en pointe, large vers les yeux et s'appointissant plus brusquement que dans les autres espèces. Couleur générale vert-olive plus ou moins foncé sur le dos, passant au jaunâtre ou vert clair sous le ventre. D'après Valenciennes, pectorales presque noires : 10 rayons aux ouïes. Une bande jaune entre le vert des côtés et le blanc du ventre. 2° V Anguille à long bec [Anguillu acutirostris, \an\, Sharp-îiosed-eel), donlla tète est mince, grêle, et le museau plus comprimé et plus pointu que dans les autres espèces. En regardant la tête en dessus, il est facile de voir que les yeux sont plus latéraux que chez les autres espèces : mâ- choire inférieure saillante. En général, les Anguilles à long bec sont plus petites. Porte 130 vertè- bres. Pectorales grises, dos et côtés verdàtres, ventre blanc sans teinte jaune. Dents sur les mâchoires et formant une bande qui ne dépasse pas le chevron du vomer. 3" h' Anguille à large lec,h'imperneuux ou Pimperneuu des pêcheurs, Glut-eel des Anglais {An- guilla latirostris, Yarr., Broad-nosed-eel), qui a la tête plus courte et l'œ-il plus grand que les autres espèces : mâchoire inférieure presque égale. 115 vertèbres. Pectorale bordée de blanc, dos vert noir, ventre blanc. Il rayons aux euies. Dents en bande étroite sur toute la longueur du vomer. 4" h' Anguille plat-bec. Anguille-chien, Goulu, Grig-eel des Anglais, à museau plus aplati et obtus, œil plus petit. D'après Valenciennes, pectorales jaunes, dos vert-jaune, ventre blanc d'argent. 13 rayons aux ouïes. Dents en deux rangées au-devant de la mâchoire et formant un petit groupe sur le chevron du vomer. 5° V Anguille de fond, Sink-eel des Anglais. 6° V Anguille napolitaine, trouvée dans la mer de Naples et aussi dans les étangs du midi de la France. Probablement 1'^. acérine de Lacépède. Dimensions faibles. 7° UAnguille à bec oblong [Anguilla oblongirosiris, Blanch.), parait intermédiaire entre la ANGUILLE. 35 medio et Vacuiiro^tri^-, avec le museau plus court et plus obtus. Se trouve dans l'Huveaune près de Marseille, dans le Lot et dans le lac du Bourget. beaucoup d'incertitude règne dans toutes ces appréciations : les figures données jusqu'ici sont d'ailleurs mauvaises etdilTiciles à faire, parce que tous les auteurs ont oublié que, quand on veut comparer des grandeurs entre elles, il faut.avant tout, choisir une commune mesure. Or, celte com- mune mesure manque chez tous les auteurs, Yarrell, le soigneux, en tète. Puisque la classification des Anguilles ne peut se faire, jusqu'à présent, que par comparaison de forme et de grandeur de la même partie du corps, la tête, il fallait que toutes les télés dessinées de la même manière le fussent à la ))it'ine éche/le, aùn que toutes les images fussent superposables. Une autre méthode permettait de le faire sans erreur et d'une manière irréfragable, on n'y avait pas eu recours avant nous, c'est la photographie. Par ce moyen nous avons obtenu, non-seulement des images vraies, indiscutables comme rendu, mais superposables et de même échelle, puisqu'il dépend de l'artiste de grossir ou de diminuer le sujet qu'il reproduit {fig. 11). Certaines Anguilles, parmi celles de la même espèce, ont la mâchoire inférieure plus courte et la supérieure prédominante. Dans les eaux des étangs salés, aux bords de la Méditerranée, on distingue trois sortes d'Anguil- les dont on prend chaque année d'énormes quantités. Ces Anguilles sont, d'après les gens du pays : La Po«^ao«. Long. max. =0",G0. Grosseur = O^iOT. Dos vert-noir, ventre blanc d'argent ; vient de la mer aux étangs, ne quitte jamais les grandes eaux, et sa chair blanche et ferme n'a pas d'odeur de vase. (Paraît être Vacutirostria.) V Anguille fine. Forme allongée et élégante. Peau vert clair, presque transparente; ventre blanc pur ; tête petite ; habite les fossés entourant les étangs salins ; se tient dans une eau jamais bien profonde. Ciiair fondante, sans odeur de vase. C'est probablement le Verniuux ou Anguille franche ordinaire. V Anguille commune. Peau presque noire, ventre blanc grisâtre légèrement teint de noir ; tête grosse ; se tient partout, même dans l'eau noire et croupie ; chair à forte odeur de marécage. Il faut les laisser, avant de les manger, quelques heures dans le sel, après les avoir lavées dans l'eau vinaigrée. Sa chair est toujours inférieure à celle de la Pougaou. Cette Anguille ressemble beaucoup au Gluteel^ ou Anguille chien, ou Goulu, dont la voracité est extrême et la chair de médiocre qualité. Les jeunes alevins d'Anguille que l'o:! récolte en si grande abondance à l'embouchure des ri- vières et des fleuves dans la mer, qu'on les y prend avec un panier, ont une longueur movenne de 0'",02 à O'D.Oa. Elles sont presque transparentes et n'ont de bien visible que les yeux qui sont noirs. Vers la fin de l'hiver cette montée apparaît : elle doit séjourner quelque temps dans l'eau saumâtre car ce n'est qu'au bout de plusieurs mois, c'est-à-dire en avril ou mai, suivant la température que se montre dans la Loire par exemple, la grande émigration des Civelles. (Voy. ce mot.) Cette armée iimombrable, incalculable, iiionte sans trêve ni repos, nuit et jour, sur toute la lar- geur du fleuve, séparant un peloton dans chaque affluent, grand ou petit, qu'elle remonte, mais montant toujours, poussée par une force irrésistible. Les premiers individus ne sont pas beaucoup plus gros ni plus longs qu'un crayon. Un mois après il en passe tout autant, mais ils ont presque le double de grosseur, sans que leur longueur a.t beaucoup augmenté. Un mois après, car la montée dure sans relâche aussi longtemps que cela, on ne prend plus que les traînards et les retardataires de la légion; mais ils ont vieilli, ils ont crû, et ils sont plus gros que le pouce d'un homme et lon^s de O'o,^0. Peu à peu le passage s'efface, tout est rendu aux sources du cours d'eau, casé dans les étangs, les fossés, etc. Il faudra attendre l'automne pour voir redescendre, adultes, les Anguilles pelotonnées à la mer. Cette croissance remarquablement rapide indique deux choses : d'abord, que l'Anguille absorbe une très-grande quantité de nourriture, ce que sa voracité bien connue ne laissait pas ignorer ; et se- condement, qu'une telle croissance la place au premier rang des animaux utiles à l'homme. Le baron de Rivière rapporte que dans un abreuvoir de 200 mètres carrés environ, isolé au mi- lieu des s:ibles maritimes de la Camargue et ne recevant d'autre eau que celle des pluies, l'un de ses pêcheurs prit 300 à 350 kilog. d'Anguilles. D'après M. Millet, un kilogr. de montée (3,500 Anguilles environ), récolté à Abbeville au prin- temps de 18 iO et jeté dans des fossés et canaux creusés pour l'extraction de la tourbe dans l'Aisne a donné en cinq ans plus de 2,500 kilogr. de belles Anguilles. Cette production, alimentée par là même quantité annuelle de montée, se soutient. {Dict. agric.) L'Anguille parvient à une taille véritablement monstrueuse. Dans ma jeunesse des douves se trouvaient à sec dans un château de la Sarthe, appartenant à l'un de mes parents. Ces douves, ali- 30 ANGUILLE. mentées par une source conduite dans un canal de construction romaine, n'avaient pas été curées depuis plusieurs centaines d'années de la boue qui les encombrait et s'y élevait à une hauteur de 3 à 4 mètres. Une fois les douves à sec, le propriétaire résolut de profiter pour ses cultures de la masse d'engrais accumulée, et l'on y mit les ouvriers terrassiers. Au bout de quelques jours, en bê- chant dans la vase à demi solidifiée, —car elle était à sec depuis près d'un an, — ils tombèrent sur une énorme Anguille endormie et ensevelie qu'ils prirent, à leur grande frayeur, pour un serpent. Elle avait près de 2 mètres de long et 0ni,25 de tour. Je ne me rappelle plus son poids formidable, mais ce dont je me souviens, c'est de la dureté de sa chair coriace et immangeable, plus semblable à des tronçons de gros câbles qu'à toute autre chose. Depuis combien d'années vivait-elle là? Nul ne le sait. Mais elle était probablement centenaire... et au delà, si l'on en juge à la dureté de ses muscles. Bien nourrie, l'Anguille atteint en peu d'années un poids de 2 à 3 kilogr, ,et c'est là le poids où elle doit être consommée. Elle a beaucoup d'ennemis, sans compter l'homme. Les rapaces aquati- tiques, la loutre, dit-on, la chassent, quoique dans les t^elaisde ces carnassiersje n'aie jamais trouvé de trace d'Anguilles au milieu des nombreux ossements de toute espèce d'autres poissons. Les An- guilles, assure-t-on, se mangent même entre elles : c'est bien possible. ANGUILLE COMMUNE. — Nou.s voici arrivés à la question Pêche, l'une des plus intéressantes quand il s'agit d'Anguille, car ce poisson fournit une énorme part à l'alimentation publique et devra, dans un avenir plus ou moins éloigné, être sous ce rapport d'une bien plus grande utilité encore. Ce qui se lait à Gommac- chio n'est pour nous que lettre morte en ce moment, et cependant il nous faudra en France établir, un jour ou l'autre, la même fabrique de chair marine. Les endroits heureusement ne manqueront pas sur nos côtes du Midi, quand on voudra les choi- sir et les aménager en Lavorero. Nous en reparlerons dans notre deuxième partie. Il nous suffît ici de rappeler que, d'après ce que nous venons de voir, les mœurs de l'Anguille sont nocturnes, sa conformation carnassière, sa voracité assez grande, sa finesse, sa malice, son intelligence en un mot, plus développée que chez la plupart des autres poissons. Il y a là tout le secret de celte pèche et de ses dif- ficultés. Avant tout, disons que les appâts que ce poisson préfère, sont : les gros vers rouges ou lombrics, les débris d'animaux, sang, boyaux de volailles, etc., les petits poissons, — parmi eux le Véron, avec prédilection, — enfin, en allant du médiocre au meilleur, les Sangsues, et l'Ammocète, Sepl-œil ou Ghatouille suivant le pays. Il est probable que, faute de pièces aussi succulentes, l'Anguille, avec sa bouche petite et peu fendue, doit se contenter souvent de vers et de mollusques aquatiques. Gomme ce poisson se creuse sous les berges, ou tout auprès, des trous dans la vase ou dans l'argile un peu molle, ce sera près de ces endroits qu'il faudra tendre des lignes. Il aime également les pierres, entre lesquelles il se cache pour guetter sa proie ; aussi abonde-t-il parmi les perrés, dans les digues, les murs démolis trem- pant dans l'eau, près des rochers à surfaces dégradées, etc. G'est dans ces retraites que demeure l'Anguille tout le jour ; tant que les eaux sont claires, il est rare d'en prendre une après 8 heures du matin et avant 4 à o heures du soir pendant la saison. Mais si l'orage monte à l'horizon, un instinct curieux.se développe chez cet animal et lui dit que la pluie suivra, que l'eau deviendra trouble et charriera la manne abondante des insectes et des débris animaux ; aussi, par l'eau trouble, l'Anguille s'agite, monte à la surface, chasse, et par conséquent se fait pren- dre par le pêcheur. On pèche l'Anguille à la ligne à soutenir à la main, en amorçant au même endroit, à l'extrémité d'unie bergeoud'unperré, plusieurs jours de suite. Il est extrê- mement important de choisir un hameçon Limerick courbé très-fort, mais pas gros, l'Anguille n'ayant pas la bouche grande ; cesera le cas d'employer un hame- ANGUILLE. :n çon l'cnforcé. Les numéros o, G, 7, soûl déjà Iros-gros; nous préférons i) ou JO, qui, quoique plus petits, nous oflrent plus de sécurité, et voici pourquoi. L'Anguille, nous l'avons dit, est un poisson extrêmement vorace, mais à gueule petite ; elle saisit la proie, l'avale entièrement. Si riiameçon est gros, il happe dans la gueule qui est petite et où il prend peu de chair, d'autant plus que l'intérieur de la bouche est dur et garni de dents sur lesquelles il peut glisser. Enfin, ([uelque vorace que soit l'Anguille, quand elle sent une résistance dans sa proie, elle l'abandonne : c'est une occasion manquéc et un poisson laissé pour un autre. Si au lieu de cela, le pêcheur intelligent a fait choix d'un hameçon très-petit el qu'il ait su le dissimuler entièrement dans l'esche, l'Anguille avale à peu près sans défiance l'hameçon qui ne prend que dans les téguments de l'estomac d'où il est impossible de l'arracher, car il ne mord pas seulement par sa pointe, — ce qui est la position la plus favorable pour casser, — mais par toute la courbure de son crochet, car souvent dans les petites Anguilles la pointe ressort à l'extérieur du corps. Comme dernière considération, il est bon de remarquer combien important est que ce poisson soit très-solide- ment piqué. Il a une telle horreur du jour que, quand on le sort de l'eau, il brise souvent la ligne par ses mouvements convulsifs : sa force est telle qu'il s'entortille el remonte verticalement son corps, la queue en l'air, autour de la ligne, en prenant un point d'appui sur sa blessure. N'essayez jamais de noyer une Anguille, comme un autre poisson pris à l'hame- çon; elle peut rester hors de l'eau longtemps sans en être incommodée, et d'ailleurs elle a la vie si dure que ce serait peine perdue. C'est donc une pêche pour laquelle (et c'est une des rares) il n'est pas besoin de moulinet. Enlevez votre Anguille d'au- torité, sans vous hâter, mais solidement, et encore quand elle aura bien voulu quitter les perrés on les racines auxquelles elle a l'habitude de s'entortiller, et au moyen desquels elle parvient souvent à casser l'empile ou à se déchirer la gueule, si l'on s'est servi de gros hameçons qui ont piqué dans les lèvres. L'Anguille est sortie de l'eau, vous ne la tenez pas encore, si elle tombe; au lieu de sauter sur place comme les autres poissons, elle fuit, elle gagne l'eau, glissant, rampant comme un reptile. C'est alors qu'elle est suspendue entre ciel et terre, qu'il est important d'a- voir une monture de ligne solide et à toute épreuve ; vous prenez l'Anguille entre les doigts, en relevant le médium sur les deux autres de façon, à forcer le corps à se plier et à ne pas glisser, car vous savez, glissant comme une Anguille ! En frap- pant fort avec la queue de l'animal contre un corps dur, on ralentit ses mouvements. Cette précaution est très-bonne, ainsi que celle de prendre dans sa main une poi- gnée de sable ou de terre pour saisir l'Anguille. Enfin, elle n'est à vous que quand elle est entrée dans le sac ou dans le panier. L'Anguille a les denfs nombreuses et acérées, suffisamment fortes pour couper l'empile d'un hameçon. Quand on la pêche à la ligne de main, elle n'a pas le temps de se livrer à ce plaisir, mais il est toujours prudent de monter l'hame- çon sur une très-forte florence, mieux sur du cordonnet de soie dévrillé, mieux encore sur de la cordelette filée fine sur laquelle les dents de l'Anguille n'ont pas d'effet. Avec un poisson si difficile à manier et qui se défend si bien, il est à peu près impossible d'aller rechercher son hameçon aune pr(jfondeur de 8 à 10 cen- timètres dans son estomac. Le plus simple moyen est d'abandonner ce soin à la cuisinière, el quand l'Anguille est prise, de la mettre au-dessus de son panier et de 38 ANGUILLE. couper le fil qui la relient captive. Ou eu est quitte pour remonter un hameçon, une Anguille vaut bien une empile ! La méthode la plus simple de prendre les Anguilles est de les pêcher à la ligne' de fond de nuit, aux cordées ou aux jeux. Nous allons passer ces méthodes en revue. Les cordées (Voy. ce mot), que l'on tend le soir, doivent être montées finement et fortement sur fil de lin bien dévrillé ou sur soie, les hameçons pas trop gros, mais forts. Dans ce cas, il fiiut prendre du numéro 6, parce qu'en retirant les cor- dées on peut accrocher des pierres ou des racines, et que dans ce cas des hame- çons trop faibles sont rompus. On esche avec des lombrics, des sangsues, etc., comme nous avons dit plus haut, ou de petits poissons vifs. L'Anguille prise se tient tranquille tant que dure l'obscurité, mais au matin elle se démène dans tous les sens, noue l'empile, s'aide de la puissance de sa queue sur les pierres pour chercher à se détacher, et y parvient malheureusement souvent. Elle laisse, dans ce cas, comme témoignage irrécusable de ses efforts, l'empile nouée, renouée, tor- tillée et couverte d'une glu visqueuse insoluble dans l'eau. Nous avons vu des An- guilles qui, ayant tordu autour de leur cou une empile solide, avaient usé leur peau et coupé leurs chairs de manière à détacher presque la tête du tronc auquel elle n'adhérait que par l'épine dorsale et l'empile, car ceci n'arrive que quand l'hameçon a été avalé et s'est accroché dans l'estomac. Les jeux h. 4 ou 5 hameçons doivent être également tendus le soir, entre les herbes, dans des endroits profonds, non rapides, près des perrés ou des bords argileux. Les ha- meçons et les empiles sont les mêmes. L'hameçon inférieur des Pater-Noster rend également de bons services, surtout parce que ce genre de ligne qui demeure verticale, peut se tendre et passer entre les arbres, les joncs, dans des endroits où les jeux et cordées sont impossibles à placer (fg^ 12). Dans certains pays, on emploie une méthode particu- lière pour empiler les hameçons, et même un système d'hameçons spéciaux que nous allons décrire. Empiles. On prend des brins de chanvre non filé, fort et bien choisi, dont on fait un petit écheveau que l'on ne tord pas, mais que l'on attache de place en place {fig. 13); à l'une des extrémités, on empile un hameçon à la ma- nière ordinaire, et à l'autre on fait une boucle au moyen d'une ligature en bonne soie poissée. L'Anguille prise sur celte empile a beau la mordiller, comme ses dents passent entre les fils du chanvre et ne rencontrent pas d'obstacle, elle ne peut la couper. Hameçon. Au lieu de se servir d'un hameçon, on empile une aiguille à coudre ordinaire numéro 6, ou un morceau de fil de fer de la même grosseur. L'un ou l'autre de ces engins est aiguisé des deux bouts, et, au milieu de sa longueur, on pratique, à la lime, une petite entaille circulaire sur laquelle on attache, par une cmpilure de soie, le petit écheveau de chanvre indiqué ci-dessus {fig. 13). On choisit un gros ver rouge et l'on introduit dedans l'aiguille ainsi montée, en la cachant tout à fait. Lorsque l'Anguille a avalé le ver, cet hameçon se met en Fi(j. 12. — Pater-Noster tendu. ANGUILLE. 39 travers dans son estomac et ne peut plus ressortir. Il faut, pour l'enlever, ouvrir l'animal; aussi, quand une Anguille est prise ainsi, on coupe l'empile pour ne pas perdre de temps. Ces deux perfectionnements rendent la pêche de ce poisson très-intéressante et très-fruclueuse. L'usage des écheveaux de chanvre peut avec succès être appliqué à la pêche du Brochet, de la Perche, de la Truite, du poisson de mer à dents aiguës, tels que Bar, Daurade, Sargue, Saupe, Rous- sette, etc., etc. Les Anguilles cherchent leur refuge pendant le jour dans les endroits où se trouve de la vase. Après avoir passe la nuil à chasser leur proie, elles choisissent un lieu où la vase demi-li- quide soit peu résistante ; après avoir sondé le terrain avec leur tête, elles se retournent, introduisent le bout de leur queue dans le trou commencé, puis, par des oscillations rapides, une suite de mouvements habilement combinés, elles creusent la vase et s'y enterrent jusqu'au nmseau. Tout cela se fait sans for- mer de bourrelet; et le pêcheur ne les découvrirait jamais, si le courant d'eau qui passe dans les branchies de l'Anguille ne soulevait, au-dessus de son trou, un imperceptible petit nuage boueux qui suffit cependant pour déceler, quand l'eau est lim- pide, et au loin, la présence de l'animal. ^ Nous ne devons pas omettre la recette suivante qui réussit /.-,>,. ,3. _ Aiguille à parfaitement dans l'emploi des jeux de nuit. On prend des ti^-x Peintes et éche- r r J J- Ycaudi; chanvre noucj. Ablettes et on les expose au soleil de midi sur la grève, on les y laisse sécher et bleuir. Quand on veut en escher les hameçons, qu'elles soient en-. tières ou en morceaux, on les trempe dans de la bouse de vache, ou à défaut dans de la boue; les Anguilles en sont extrêmement friandes. Cet appât s'emploie pour la pêche de nuit. On a des exemples, dit Wood, d'Anguilles prises à la mouche, par des pêcheurs qui s'en servaient pour la Truite. En Anjou et en Vendée on emploie le procédé suivant, — que l'on appelle Pêche à la vermée, — pour prendre les Civelles, au moment où elles remontent en grand nombre. Nous l'avons vu employer de même dans le port de Saint-Nazaire, au mo- ment du printemps où les Anguilles sont encore en grand nombre sur les côtes. On récolte une certaine quantité de vers de terre dont on fait un chapelet, en les cnfdant dans leur longueur au moyen d'une aiguille montée de bon fil, fort, long de l",oO à peu près. On love alors ce cordon de vers sur lui-même, de manière h en former des anses de O'",2o environ, que l'on réunit par un lien et que l'on attache au bout d'une ligne jointe à une canne solide. Du rivage ou de dessus un bateau, le pêcheur laisse descendre ou jette ce paquet dans le lieu où il suppose que des An- guilles sont rassemblées, et, tendant légèrement la ligne, il attend. Les Anguilles attaquent les vers que le fil intérieur empêche de se diviser ; le pêcheur sent quelques petites secousses, relève vivement le paquet qu'il jette soit dans le bateau, soit sur le rivage, où il entraîne les Anguilles accrochées par les dents. Si le mouvement est assez vif, peu retombent à l'eau et l'on en prend par ce moyen de grandes quantités. Cette pêche réussit au moment où les Anguilles s'a- gitent et chassent, c'est-à-dire le soir, la nuit et par l'orage, sur la cote. iO ANGUILLIÈRK. Non-soulomenl on prche les Anguilles à l;i ligne, mais encore avec un certain nombre d'engins différents : à la fouane, dans la vase, comme nous l'avons indiqué plus haut; aux filets, nasses, verveux, râteaux, ou au moyen de barrages spéciaux nommés gords, bourdigues, labyrinthes, anguillicres, etc., suivant les pays oîi ils sont établis. Ces derniers appareils reposent sur deux principes : on forme un bar- rage dans le cours d'eau, afin de forcer les Anguilles à passer par une ouverture et à tomber dans un filet, ou une nasse, ou toute autre sorte de piégc dans lequel l'Anguille, une fois introduite, demeure forcément à la portée du pécheur. Les barrages s'établissent dans des bras de rivières ou de mer (Graus) dans les- quels ils ne peuvent gêner la navigation, et, dans un cas comme dans l'autre, il faut une autorisation de l'autorité. Ces travaux consistent enfiles de pieux formant un angle aigu dont les côtés, parlant du rivage, se réunissent au milieu de la rivière. Cet angle est tronqué par une ouverture tournée vers l'amont si l'on veut prendre les Anguilles de remonte (Civelles), vers l'aval si l'on fait la pêche aux Anguilles qui descendent à la mer. Le long des pieux on tend des nattes, des filets, ou l'on établit de simples clayonnages, et à la porte du gord on tend un guideau, sorte de grande chausse, dans lequel tombe le poisson qui n'en peut plus sortir. C'est surtout la nuit que cette pêche est abondante, principalement à la descente; à la remonte, les Ci- velles passent toute la journée, mais cependant en moins grande abondance que (juand le soleil est couché, car alors toute l'armée se met en mouvement. La pluie est favorable, l'orage aussi et surtout la profonde obscurité des nuits sans lune. (Yoy. BouRDiGUE, Écluse [Pêche à l'I). Depuis l'Escaut jusqu'à Bayonne on pêche l'Anguille, à l'embouchure des fleu- ves, avec les guideaux, les sennes, les nasses, dans lesquelles on met différents ap- pâts composés de limaçons, moules, grenouilles, tourteaux de chènevis, foie de bœuf ou de porc, etc. Quoique les Anguilles de la Seine, de la Loire, de la Gironde soient très-esti- mées, la grande pêche des Anguilles se fait dans la Méditerranée. Elle a lieu dans les marais salés pendant les trois derniers mois de l'année, suivant que le permet la saison. On pêche avec des bourdigues, des maniguières, des paradières et diffé- rents autres instruments qu'on emploie suivant les localités et les circonstances. C'est pendant la nuit et quand les vents soufflent du nord que la pêche est la plus abondante. Dans ces étangs salés on prend les Anguilles au moyen d'espèces de parcs formés de pieux et de filets tendus dont la distribution présente différentes chambres au milieu desquelles s'engage le poisson ; quand les Anguilles ont tra- versé ce labyrinthe, elles arrivent dans la quioulette, poche en filet munie de plu- sieurs goulets, comme aux verveux. Dans les étangs voisins d'Aigues-Morles on pêche ainsi jusqu'à 7 et 800 (juintaux d'Anguilles par an. On en sale la plus grande partie. Cette opération con- siste à faire mourir les Anguilles dans le sel, puis à les disposer par lits séparés par une couche de sel broyé. ANGUILLE DE MER. — (Voy. CONGRE.) ANGUILLE PIMPERNEAUX. — C'est l'Aiiguifie à large bec. (Voy. Anguille.) ANGUILLEVERNIAUX. — C'estrAiiguilleà bec moyen de nos pécheurs. (Voy.ANGLiLLE.) ANGUILLIÈRE. — On douuc ce nom, en beaucoup d'endroits, à une espèce de Guideau (Voy. ce mot) ou grande chausse (jue les mariniers et usiniers placent, la nuit, aux vannes et déversoirs de leurs cours d'eau pour prendre les Anguilles. Cette méthode est désastreuse, parce que le poisson y entre, gros et petit, aussi bien ANNEAU. 41 (juo l'An^ïnillo, et y csl tup, b.'ilIoUé pendanl loulc la nuit au milieu des herbes et des délrilus qui y péuèlrent toujours, et roulé sous les vagues rapides dueouraul d'eau. Ou appelle aussi Aiif/itillihr uu réservoir couslruit spécialement eu vue de conser- ver ou (ranu'liorer les Ani;uilles. (^'oy. ce mol dans : Les Grandes Iii//iistfies des eaux.) ANGUILLIFORMES. — Famille uiii(iiie foniiaiil l'ordre des Malacoplérygiens apodes, 4f des Poissons osseux. Caractères : Pas de nageoires ventrales, corps allonge, couvert d'une peau épaisse, gluante; écailles peu visibles, vessie natatoire de forme variable et singulière ; pas de cœcum. Chair présen- tant peu d'arctes. Ces poissons se distinguent surtout par le double caractère de nageoires pectorales et d'ouïes s'ouvrani, de chaque côté, sous ces nageoires. Leur estomac est en long cul-de-sac, leur intestin à peu près droit ; leur vessie aérienne allongée porte vers son milieu une glande propre. La dorsale et la caudale, sensiblement prolongées autour du bout de la queue, y forment, par leur réunion, une caudale pointue. (Voy. Cœur lymphatique, dans Angui/le, Histoire naturelle.) Dans les Anguilles vraies, la dorsale commence à une assez grande distance en arrière des pectorales, quelques-unes ont la nageoire pectorale plus courte. Tous ces poissons présentent de petits opercules entourés coneentriquement par les rayons et enveloppés aussi Lien qu'eux dans la peau qui ne s'ouvre que fort en arrière par un trou ou une espèce de tuyau, ce qui, abritant mieux les branchies, permet à ces animaux de demeurer quelque temps hors de l'eau sans périr; leur corps est long et grêle; leurs écailles, comme entourées dans une peau grasse et épaisse, ne se voient bien qu'après le dessèchement. Us manquent tous de ven- trales et de cœcums et ont l'anus assez loin en arrière. Celte l'amille se divise en 7 genres : l» Anguille. — Suî(s-<7P«>'e5 ; Anguille , | 3" Gymnotes. Soî/.î-5rert)'(?5 ; Carape, Apténotes. Congre, Ophisure, Murène; — Spha- | 4° Guiinarques. gebranclies, Monoplères ; — Sym- branches ; — Alabès . 2° Saccopharynx. 5" Leptocéphale. C Donzelle. 1° Équilles ou Ammodytes. ANMAILLADE. — Filet traînant tramaillc, employé dans le golfe de Gascogne à la pèche des Rougets, Mulles, Aiguilles. Les mailles de la flue ont 0'",16, celles des aumées 0'",I08. Usage, du 1" avril au 1" novembre. ANNEAU [Hameçon à]. (Voy. PALETTE et Hameçons.) L'hameçon à anneau est l'outil des maladroits ou des pécheurs de pro- fession qui manquent de temps pour empiler convenablement leurs hameçons. Hélas ! combien de poissons ne perdent-ils pas par ce défaut de soins ! et quelle triste économie que celle qu'ils croient faire ainsi ! Certes, nous savons perti- nemment qu'il n'est pas donné à tout le monde, surtout à la campagne, de pouvoir manier les hameçons courte queue numéros 14 et lo, qui sont fins comme des ai- guilles. De pareilles armes vont mal entre des doigts habitués à manier la gaffe et l'aviron. Mais, auprès du pêcheur, se rencontrent sa femme ou sa fille; il n'est pas difficile de leur faire apprendre ce que l'on ne peut pas faire, et tout va bien, tout va mieu.x, lorsque le poisson a le moins de chances possibles de son côté. Au bord de la mer, c'est autre chose ; la manie des pécheurs de profession est d'employer d'énormes hameçons ; il n'y a rien à leur dire, ils ne veulent rien en- tendre. — Le fond, les rochers, les varechs, que sais-je? tout cela brise les hameçons fins. — Ily a bien quelque chose devrai dans cela. En outre, les poissons de mer, avec leur gueule, la plupart du temps énorme et pavée de dents rudes, carrées ou pointues, leur ouverture de mâchoires considérable, et leur voracité proverbiale, sont moins sensibles au toucher de l'hameçon. Mais en eau douce ! L'hameçon à- anneau est toujours de qualité inférieure ; les fabricants n'en font pas autrement ; c'est assez dire combien les pointes sont défectueuses, combien le fer est ployant et cassant, enfin combien de mécomptes ils apportent, sans parler 42 ANNEAU. de la grosseur forcée de l'empilage et de l'inconvénient de l'anneau. Cet anneau k{fg. 14) et l'empile — nécessairement double en cet endroit, sans compter le nœud qui existe un peu plus haut, — tous ces obstacles empêchent de faire remonter suffi- samment le ver dont on désire couvrir l'hameçon. Il reste là une partie dure que le poisson sent, en fermant les lèvres. Avec un Limerick t\ palette, à ce moment, il serait pris, parce que l'hameçon présente assez d'avuntage ; mais avec le grossier hameçon à anneau qui ne pique pas, le poisson le crache, s'en va, et tout est dit. Pour empiler l'hameçon à anneau, on le prend par la pointe CB, que l'on place en bas, entre les doigts; on passe dans l'anneau A, formé par la hampe recourbée sur elle-même en arrière, l'empile en ficelle D ; on fait un nœud simple et l'on attache le petit bout par un second nœud simple un peu plus haut. Quelques pêcheurs effi- lent le petit bout de l'empile de cordelette ou de fil qu'ils em- ploient, ouvrent en la détortillant la partie correspondante de l'em- pile, passent le bout effilé , une fois, reviennent deux tours plus haut sur leurs pas, revrillent le tout et composent ainsi une empilure sans nœud saillant. C'est un peu meilleur. Lorsqu'on veut empiler des hameçons à anneau sur florence ou çon à anneau et sur criu, le scul moycu cst dc redoubler, après l'avoir passé dans son empilage, l'anncau, Ic criu ou la florence sur eux-mêmes et d'y faire une liga- ture de soie poissée. 11 est tout aussi simple alors d'empiler un hameçon ordinaire, qui a l'inconvénient de la boucle de moins. Faire un nœud avec ces empiles est pire encore qu'avec la corde, car il reste forcément un bout raide et dur qui pique la bouche du poisson et l'aide à l'avertir qu'il est temps de rendre gorge et de filer. ANNEAU A DÉCROCHER. — Ce petit instrument, qui fait partie du bagage du pêcheur, est un des plus utiles pour la pêche à la ligne de fond, parce qu'il sert à la décrocher des racines dans lesquelles elle se prend fréquemment, et à dégager l'ha- meçon des pierres sous lesquelles il est souvent, trop souvent engagé. Cet anneau est d'autant plus utile, que nous recommandons sans cesse aux pêcheurs vraiment dignes de ce nom, de se servir d'hameçons très-petits et très-acérés ; or ces petits hameçons, quoique montés sur des empiles fortes et bien choisies, ne peuvent être, attachés à un câble. 11 est donc certain que dans un accident semblable, si l'on tire brusquement avec la canne, on cassera le scion ; si l'on tire sur la ligne, on cassera l'empile et souvent la ligne elle-même, qui se trouve ainsi perdue, avec flotte, plombée, etc. D'un autre côté, cet anneau lourd et muni de pi- quants est difficile à loger sans inconvénients dans sa poche ou dans son sac; et puis, c'est un outil tle plus, et le pêcheur en porte déjà tant ! Ce que ces objections prouvent, c'est qu'il y a un choix à faire. Si l'on va pêcher spécialement de fond, dans une rivière inconnue, qu'on le prenne ; si l'on pêche de surface ou à la ligne flottante, qu'on le laisse au logis, quitte à briser sa ligne si un accident arrive ! Cet anneau est fait en cuivre ou enfer, et pèse de 200 à 300 grammes au plus; il est muni de pointes recourbées {fig. 15). Quand on pêche à la canne ordinaire, sans moulinet, on peut choisir un anneau ordinaire sans charnières, on passe dedans Fig. Ici. — Anneau à déci'ochei-. ANNEAUX. 43 le gros bout de la canne, on dévide la forte ficelle qui lient à l'anneau, on laisse couler celui-ci le long de la ligne tendue par l'obstacle, et en tirant sur la ficelle, on ramène souvent la racine et l'hameçon dedans, ou bien l'on détourne la pierre, et la ligne redevient libre et prête à recommencer. Mais avec une canne à moulinet, — et c'est celle que nous recommandons toujours, même pour aller pécher le Goujon, — il faut que la queue de l'anneau soit double. L'anneau s'ouvre par une charnière : pour l'ouvrir, il faut détacher la corde qui servira à tirer dessus; on referme alors l'anneau au-dessus du moulinet; on repasse la corde dans les œillets correspondants des deux queues ; on la noue, on décroche la ligne, et on sort enfin l'anneau par l'hameçon, sans l'ouvrir de nouveau. Le diamètre de cet anneau est de 0™,07 à 0"',08. ANNEAUX. — Les Anneaux sont nécessaires, dans la confection des cannes à moulinet, pour offrir un passage au fil de la ligne. Ils se placent de distance en dis- tance sur la canne, espacés d'abord de 0",oO vers le gros bout, et se rapprochant toujours les uns des autres, de fiiçon que les deux derniers ne soient écartés que de O^JO, vers l'extrémité du scion. Il est bon également d'en avoir de trois grandeurs, de manière à mettre les plus petits au scion, qu'ils ne chargent pas, et les plus gros auprès du moulinet. Ces Anneaux portent, dans le commerce, le nom d'Anneaux â corsets, et se trouvent chez les merciers. On en fait, depuis quelque temps, qui sont enlevés à l'emporte-pièce dans des plaques de tôle ; ils ont l'avantage d'être d'une seule pièce, mais aussi le désavantage d'être toujours irréguliers, comme épaisseur, et à bords tranchants et déchirés en dedans et en dehors. Il faut leur préférer ceux que l'on fait par l'ancienne méthode et qui sont en fil de laiton soudé. Ceux-ci, quoique moins solides, parce que la soudure n'est pas tou- jours parfaite, possèdent au moins une circonfé- rence arrondie et non tranchante, et ne risquent pas d'érailler ni de couper le fil de soie de la ligne. Les uns et les autres sont étamés (ce sont les meilleurs), ou vernis à l'huile et noircis. Ces Anneaux étant choisis avec soin et re- passés légèrement à la lime douce sur leurs bords, on procède à leur montage. Pour cela, on com- mence par couper, avec des ciseaux ordinaires, une petite lame (fîg. 16) de tôle très- mince dont se servent les marchands de parapluies. Cette petite lame doitavoir en- viron 0",02 de long sur 1 millimètre et demià2 de large; on lui donne, en appuyant avec le doigt, une légère courbure au milieu, de façon que quand elle sera appli- quée sur la canne elle laisselibrement tourner l'Anneau dans la petite cavité formée. Ona marqué, d'un trait de lime, la place de l'Anneau sur la canne, et l'on fixe le tout au moyen d'une ligature de soie poissée, de fil de lin ciré ou de cordelette solide et bien retorse. Cette ligature commence cinq ou six tours plus loin que l'un des bouts de la petite lanière de tôle, continue jusqu'à l'Anneau, passe de l'autre côté, et va au delà où elle est arrêtée cinq ou six tours plus loin que la seconde extrémité de la lanière. Lorsque cette ligature est terminée, on la vernit au moyen d'un pinceau trempé dans du vernis noir à l'essence, que l'on trouve partout dans le commerce. ' La première couche que l'on pose un peu claire est absorbée par le fil ; elle Fig. Ifi.— Anneau et sa lanière de tôle, à mettre sur la canne. r^r^ AXODONTES. sert cà l'imbiber et à le coller au bois ; la seconde, plus épaisse, et que l'on applique quand la première est bien sèche, consolide parfaitement les tours du fil, en les réunissant par une matière imperméable à l'eau. Comme, par le frottement du ser- vice, cette peinture s'enlève légèrement chaque année, on profite du mauvais temps et du repos forcé de l'hiver pour réparer ce dommage, en redonnant une solide couche de vernis. ANNÉLIDES. — L'origine de ce mot est Anuulus, petit anneau ; il représente une classe d'animaux articulés renfermant des vers à corps mou, sang rouge, vivant dans l'eau douce, la mer. le sable humide, etc. Leur corps est marque de rides annulaires ou d'anneaux, d'où vient leur nom créé par La- marck. — Les Annéiides forment 4 ordres : A. Errantes : Ex. : Arénicoles. — A. Tubicoles ou sédentaires : Ex. : Serpules. — A. Terricoles : Ex. : Lombrics. — A. Suceuses : Ex. : Sangsues. Fig. 17. — A. Errante. [Arénkoh .) Fig. 18. —A. Terricoles. [Lombrics.) Fig. 19. — Suceuse [Sangsue méd.). Ce sont des animaux à corps allongé, mou, divisé en un grand nombre d'anneaux, munis ordi- nairement de poils roides et piquants ou de tubercules charnus servant à la locomotion. Ils sont quelquefois dépourvus de tète, et d'autres fois cette partie se présente très-distincte. Le sang est presque toujours rouge, circule dans un système de vaisseaux clos. Il s'oxygène par une respiration aquatique et branchiale, rarement aérienne. ANODONTES. — Ces mollusques d'eau douce, auxquels on donne le nom de Moules d'étang et de rivière, servent d'appâts aux pécheurs .pour un certain nombre de poissons de fond. On les emploie surtout comme amorce après avoir eu soin d'en briser les coquilles et d'en couper l'animal, car sa nature coriace ne permettrait pas aux petits poissons de le dépecer. Or, il ne faut jamais perdre de vue, pour la réussite d'une amorce, que c'est le mouvement que se donnent les petits poissons autour de la nour- riture oll'crte qui y attire les gros et les fait rester auv alentours. Parmi les moules propres aux eaux douces, le pêcheur en distin- guera debx espèces bien différentes que les naturalistes ont tantôt rap- prochées, tantôt séparées dans un même genre. Ce sont les Anodontes et les Molettes. Ces coquilles sont habitées par des animaux semblables comme forme, et la plus grande différence vient des coquilles qui, chez la Moule d'étang ou Anodonte, sont loin d'être belles, à l'extérieur couvertes d'un épiderme assez épais noir ou verdàtre, tandis que les Mulettes ou Moules de rivières ont de jolies couleurs bleues ou violettes, et quelquefois striées et nuancées d'une élégante façon. Fig. 10.— .Mulette il'cau douce, iMoule des peintres. [Gr.nat.) APIIOIUSMES. 45 La coquille des Anodontes est ordinairement arrondie ou ovale, tandis que la Mulette est d'une forme beaucoup plus variable. Chez la première, les impressions musculaires sont très-distinctes et écartées, tandis que chez la seconde elles sont très-écartées et peu distinctes. Tout le monde conuait d'ailleurs les immenses écailles des Anodontes, lesquelles servent dans le Nord, où on les appelle Cafottes, à écrémer le lait. Ce sont celles de l'espèce appelée M. Cygneus. On mange ces animaux dans quelques localités, quoiqu'ils soient durs et coriaces, à cliair très- fade. Le pécheur, lui, ne s'en servira de nourriture que pour ses poissons. Les Mulettes, comme les Anodontes, fournissent des perles dans les circonvolutions de leur man' teau ; on distinguera, sous ce rapport, la Moule du Rhin [Mija margaritifera, L.), la Mulette litto- rale {Unio littoralis. h.), à coquille petite et plus carrée; enfin, la Moule des peintres {Mijapictorum, L.), oblongue et mince, qui sert à contenir des couleurs et souvent des or et argent au pinceau. ANON. — O'oy. Egrefin.) ANUS. — L'Anus est l'orifice extérieur des déjections. Il est placé à l'inverse des mammifères, c'est-à-dire en avant de l'orifice urétral de la vessie, au lieu d'être en arrière; il en est de même de l'organe de la génération, qui est également à l'inverse de celui des animaux plus élevés dans l'échelle des êtres. Les Poissons laissent sortir sans contraction leurs excréments qui pendent assez longtemps comme un filet attaché à l'individu et qui se détachent peu à peu par les mouvements de la loco- motion ou le frottement sur les herbes et les pierres. Ces produits de la digestion sont assez ramollis, parce qu'ils sont toujours mêlés vers l'extré- mité de l'intestin^ dans le cloaque, avec une quantité d'urine d'autant plus grande que les reins qui la sécrètent sont aussi longs que l'abdomen et par conséquent très-volumineux. Ceux-ci sont placés immédiatement sous l'épine dorsale, et souvent divisés en 2 lobes. L'urine est un peu épaisse et comme huileuse. ANXCHOIS. — Nom donné à VAiwhois dans la Gascogne. (Voy. Anchois.) AOUSE. — Nom provençal de V Alose commune. (Voy. ce mol.) AOUT. — (Yoy. Calendrier du Pécheur a la ligne.) APHORISMES. — I. Un poisson manqué n'a jamais pesé moins d'mie demi- livre ; au moment où on met le pied sur la plage, le soir, — tout poisson mancjué est une espèce particulière dont la croissance est rapide, — le soir il pèse une livre, huit jours après, c'est un monstre. (A. Karr.) II. La pêche est un plaisir même quand on ne prend pas de poisson. III. Il y a deux grandes espèces de poissons : le poisson frais et celui qui ne l'es! pas. Le premier est toujours bon, fût-ce une Ablette ; — le second, fût-ce une truite, ne vaut rien. IV. L'homme est né pêcheur et chasseur. V. La pêche est le premier des arts de l'homme. (A. Karr.) VI. Pour la pêche à la mouche, choisissez eaux rapides pendant le calme, eaux calmes pendant l'orage. VII. Eaux limpides, mouches claires; eaux troubles, mouches foncées. VIII. Grand vent, grosses mouches. IX. Temps calme, insectes très-petits, ligne imperceptible, pêcheur invisible. X. Ne vous endormez pas ou vous vous laisserez manger. XI. N'ambitionnez pas trop de profondeur, c'est nul. XII. Soyez flexible et pliez : la force est dans la souplesse, l'impuissance dans la raideur. XIII. La ligne n'est point un exercice, c'est une manie chez les uns et un art chez les autres. XIV. Tout gros poisson marche la nuit ; s'il est pris, il se tient coi jusqu'aujour, 011 il fait d'incroyables efîortspour se dégager. XV. Fatiguez un monstre avant de le sortir de l'eau, et surtout pas de résistance. XVI. Piquez du poignet, jamais de l'avant-bras. 46 APPATS. XYII. Péchez l'Ablette et le Goujon avec une canne à moulinet, on ne sait jamais ce qui peut arriver. XVIII. Pêche de fond, un hameçon. MX. Pêche de surface, un hameçon. XX. Deux hameçons, môme esche. XXI. Quand on jette une ligne de fond, mettre le pliant sous le pied, pour ne pas lancer tout ;\ vau-l'eau. XXII. Crin blanc ou crin noir mélangés valent mieux. . XXIII. Toute la pêche est dans le choix de l'hameçon. APL.ET. — Ce mot s'applique très-souvent, en fait de pêche de mer, comme synonyme d'engin ou d'appareil, c'était du moins la signification du mot Aploïdum du moyen âge. Aujourd'hui on donne quelquefois ce nom au filet qui sert à la pêche du hareng. APOGON COMMUN (Apogon, Rex mullorum, Cuv.). — Acanthopt. percoid. Long. max. =0"',I5. Syn. : Sarpananzo, ital. L'Apogon est un petit poisson rouge argenté ou doré, propre à la Méditerranée et dont la couleur est plus ou moins jaune, suivant la saison : il est remarquable parce qu'il porte une tache noire de chaque côté de la queue. Il est assez facile à reconnaître par ses grandes écailles tombant aisément, ses deux dorsales très-séparées, et la double dentelure de son préopercule. Ce petit poisson a été longtemps ballotté entre les Trigles et les Mulles des anciens, et a fini par être reconnu pour ne représenter ni l'un ni l'autre. Aujourd'hui, il est rentré dans la grande famille des Percoïdes, dont son aspect seul aurait suffi pour ne jamais le faire éloigner. D = C-M/9. = 2-1-8. P=10. Y= 1+6.C=19. On ne prend ce poisson que dans le temps du frai. APOPHYSES. — On donne, en anatomie, le nom d'Apophyses aux éminences que l'on observe à la surface des os. (Voy. Arêtes.) APPATS. — En terme de pêcheur, oppât est synonyme cVamo7xe, tant qu'il s'agit deau douce; mais en parlant de pêche de mer, appât devient en même temps, et plus souvent, synonyme d'esche. On appelle appât, en termes de mer, toutes les substances dont le poisson est friand, et dont on se sert pour l'attirer à un hame- çon, dans un filet, ou dans un lieu quelconque. Ces appâts ou amorces ne sont pas les mêmes pour tous les poissons. Pendant l'été certains pêcheurs d'eau douce amorcent avec du fromage passé, le plus souvent celui de Gruyère ; d'autres emploient la chair de quelques quadrupèdes, et particulièrement celle du chat et du lapin, et le foie de ces ani- maux de préférence : tout cela dépend du poisson que l'on veut prendre, et s'il est carnassier ou non. Pour les premiers, on fait souvent usage, non comme appât, mais comme esche, des chatouilles, des moules de rivière, séparées de leur coquille, des sauterelles, des mouches, des papillons, des grenouilles, etc. Beaucoup de petits poissons, qu'on nomme blanchaille, sont de bonnes esches à l'hameçon. On amorce au contraire avec de grosses fèves, qu'on appelle fèves de marais, pour réunir les poissons de fond en un seul endroit choisi. Les odeurs fortes, comme l'assafœtida, le musc donnent à l'appât auquel ils sont mêlés un attrait tout particulier pour le Brochet et d'autres poissons d'eau douce. Les poissons qui servent généralement pour escher l'hameçon en mer sont les harengs blaquets, les sardines, les lançons, les anguilles, que l'on nomme en Nor- mandie quilles ou équilles, le grados, ou éperlan bâtard, en un mot, toutes les espèces de petits poissons ronds. APPATS. 47 1. (lalinar coiimiuii ou Cornet. Ficj. 22. — Sèche \ulgaire. Lorsque les p^'cheurs de mer n'ont pas de bons appâts, — car on n'en trouve pas facilement en toute saison comme ceux indiquéstout à l'heure, — ils se servent de coquillages, tels que les moules, etc., ou de crustacés, comme les crabes; ils ôtent l'écaillé de ces animaux et garnissent les hameçons avec l'animal, mais ils ne prennent avec cet appàl que des Merlans et des Limandes. Ils emploient aussi le pitof, qui est assez gros seul pour garnir un hameçon. Les sèches et les cornets {fig. 21) ne s'emploient qu'à défaut d'autres nourritures, et les poissons que l'on prend avec ne sont que des Raies et des Merlans. Les cornets {fig. 22) entiers sont cependant meilleurs que les sèches ; ils conviennent ;\ tous les poissons, excepté aux pois- sons plats, et les diverses Morues en sont friandes. '^ Depuis le mois de mars jusqu'en septembre, on garnit l'hameçon avec quelques crustacés, tels que la grosse, la petite chevrette, ce qui attire les Maquereaux et- les Baies. Quand on se sert de la petite chevrette {fig. 23), il en faut au moins cinq à six pour un hameçon, et l'on prend des Jïaies grises. Les crabes de toute espèce, quand ils sont près de quitter leur enve- loppe, ou que la nouvelle est encore tendre, servent aussi à amorcer les hameçons. On déchire ces animaux par morceaux suffisants pour couvrir le fer en entier. Le Congre se prend souvent à. cet appât, et les pêcheurs au libouret prennent aussi avec lui des Merlans et des Limandes. Les pêcheurs de la côte amorcent également avec des loches de mer, malgré la mauvaise qualité de cet appât, et quand, par les mauvais temps, la disette est com- plète, on est quelquefois obligé de se servir d'appâts salés, tels que les harengs et le foie de bœuf; dans ce cas il faut veiller avec soin à ce qu'ils ne soient pas corrom- pus. On garnit la pointe de l'ha- meçon avec un petit morceau d'un des meilleurs appâts qu'on peut se procurer dans le moment, soit de la viande fraîche de bœuf, vache, cheval, âne, chien, etc., et surtout en veillant à ce que ces viandes n'aient aucune mauvaise odeur. Il est préférable d'employer le foie et les poumons de ces animaux que leur viande. Ces appâts employés aux petites pèches, à l'entrée des ports, n'amènent géné- ralement que des Merlans. Les poissons de mer sont tous carnassiers : il faut remarquer que tous sont en général plus friands des individus de leur espèce que de tous autres appâts, et l'on trouve ordinairement pris aux hameçons les poissons de même espèce que ceux qui servent d'esches. Si l'on n'a à sa disposition que des poissons un peu gros pour garnir les hame- çons, on s'en sert très-bien en les coupant en bius, pourvu que l'hameçon en soit complètement couvert. On doit cependant prendre soin de laisser toujours saillir Fig. 23. — Chevrette. 48 APPELET. la pointe, parce que, si elle était cachée, comme l'appât de poisson mort ou vif est dur à traverser, le fer n'atteindrait les lèvres qu'après une vive pression du poisson mordant; or il aurait senti la dureté du fer avant d'être piqué et aurait rejeté Ihameçon ainsi que l'amorce mal mise qui le cache. Il ne faut pas oublier que, malgré sa voracité, le poisson de mer se prend en général seul, le pêcheur est rare- ment là pour ferrer au moment opportun et assurer ainsi sa capture ; il faut donc établir son attache de façon qu'elle ne gcne point la piqûre de l'hameçon. Dans la pêche en eau douce, si l'on se sert d'appâts vivants, on peut cacher la pointe, mais, quand on s'y sert de poisson vif ou d'appâts durs, il faut également la laisser dépasser. Jamais le poisson ne peut se défier du petit appendice noir ou bleu que pro- duit cette pointe qui saillit, la nourriture qu'il prend est souvent accompagnée de petits morceaux de paille, de bois, etc., qui font le même effet. S'il devinait ce que c'est, il devinerait encore mieux ce qu'est le fd qui tient le tout, et se sauverait avec raison de cette amorce douteuse et perfide. En mer, comme en eau douce d'ailleurs, il est toujours préférable de se servir d'hameçons très-fins et de montures très-solides : le poisson se prend ainsi par les parties grasses et charnues de l'estomac ou de la gorge, au lieu des membranes sèches et osseuses des lèvres et du palais. Cette règle est capitale, pour les poissons de mer surtout, qui ont la gueule toujours armée de dents nombreuses et acérées en beaucoup de cas. Les pêcheurs- normands se servent, pour prendre les Maquereaux, d'un appât artificiel composé d'un morceau de drap rouge, mais ils n'en usent que quand ils manquent d'autres appâts meilleurs, car la pêche aux hameçons ne peut se faire par tous les temps et en toute saison ; pendant l'hiver, elle n'est pas commode ni lucrative à cause des gros temps. Pendant l'été, les poissons mordent bien à la viande, aux poissons, aux crustacés en mer, en eau douce, à toutes les esches. En automne, on amorce avec de la viande fraîche ou des poissons vivants. Il y a donc lieu de faire la plus grande attention au choix des esches ou appâts dont on peut disposer. Il est une manière judicieuse de les employer qui révèle le pêcheur consommé, et celui qui a réfléchi aux mœurs des poissons et étudié leurs habitudes et leurs instincts. (Yoy. aussi : Emploi des esches pai\ individu et tau SAISON.) APPATS ARTIFICIELS. — (Voy. INSECTES ARTJFiciELS sclou Ics mois [em- ploi des] et MoucuES artificielles [fabrication].) APPATS DE FOND. — On donne le nom cVappâts de fo7id h ceux qui tombent au fond de l'eau et qui servent à attirer le poisson à cet endroit ; ce mot est syno- nyme à'amorces. APPAT "VIF. — (Yoy. Vif [pêche au], Ablettes, Goujon, Gardon, Carpe, Tanche, Loche.) APPATS PAR ESPÈCES ET SAISONS. — (Voy. rarticle : Emploi des esches et APPATS.) APPELET. — Une pièce d'appelets est une ligne de fond garnie de ses em- piles avec leurs hameçons pour la pêche en mer. Si l'on joint, les unes au bout des autres, plusieurs pièces d'appelets, on forme une Tessure. C'est ainsi que ces grandes lignes sont mises à l'eau, au moyen de bateaux. APRON. 49 APRON [Genre] (Aspro, Cuv.). — Les Aprons diffèrent, au premier coup d'œil, des Perches, parce qu'ils ont l'air écrasés sur le dos et sur la tête, tandis que la Perche commune est plutôt com- primée. Les deux dorsales, au lieu de se toucher, sont écartées l'une de l'autre. Le préopercule est à peine dentelé, et l'opercule porte en arrière une pointe très-visible. Une seule espèce pour la France. APRON COMMUN (Perça asper, Lin. — Aspro vulgaris, Cuv.). — Acanthopt. percoid. Long. max. = 0'",18. Syn. : StricherStreben, ail. — Kulz, Baie — Persico, ital.; — Ostrzi/ca, pol. Espèce du Rhône, de la Saône, de l'Ouche, du Doubs, de l'Ognon, son tributaire, de l'Isère et de ses alHuents, mais n'existant pas dans les rivières de l'ouest de la France. Ce poisson reste petit, d'une teinte jaune, avec le dos et le dessus de la tète plus foncés ; a la chair blanche, légère et agréable, d'un goût analogue à celui de la Perche. Il porte ordinairement trois marbrures plus foncées, noirâtres, partant du dos et descendant sur les flancs obliquement en avant, dans le genre de celles de la Perche commune. Fig. 24. — Aprou [Ptrca asper, Liu. Corps allongé, à peu près rond au milieu ; tête déprimée et large vers les ouïes, museau couvert d'écaillés et en saillie au-dessus de la bouche; dents en velours aux mâchoires, au voraer et aux palatins ; langue lisse. Yeux petits, préopercule finement dentelé, opercule à un piquant prononcé. Ouïes et membranes semblables à celles de la Perche. Écailles âpres et ciliées, ligne latérale rapprochée du dos et lui étant parallèle, peu marquée, 70 à 80 écailles. Dos brun-rougeâtre à 4 ou 5 bandes obliques noirâtres. Le ventre blanchâtre, les nageoires gris- jaunâtre. Première dorsale à peu près arrondie à 8 rayons, 2^ et 3« plus longs. Deuxième dorsale 12 ou 13 rayons. Anale, l2 ou 13 rayons; caudale en croissant, 17 rayons; pectorales, li; ventrale plus longues que les pectorales, G rayons, le 1'^'' épineux. Noël, dans la partie manuscrite de son Dictionnaire, donne à l'Apron : branchiostèges, 7. D = 13-23, cinq rameux. P= 14. V = G. G = 15. 42 vertèbres, intestins à 2 replis; ovaires gros à proportion de l'animal. (Voy. Temps de rr.Ai.) Se nourrit de vers et autres animaux aquatiques ; se transporte facilement ; habite les eaux vives et pures. Le Rhin en a trois variétés; la plus grande gris-noirâtre, une gris cendré, la plus petite, enfin, jaune-bronze. APRON COMMUN. — Ce poisson, analogue comme couleur à la Perche vul- gaire dont il se rapproche beaucoup par la taille, est de la même famille naturelle. 11 se rencontre en France dans les fleuves et rivières de l'Est et du Sud-Est. Il aime les eaux vives et pures, où il se nourrit de mollusques, de vers et pro- bablement de très-jeune frai. Sa bouche, petite, comparée à celle de la Perche, le rend omnivore plutôt que complètement carnassier. Il n'est d'ailleurs commun nulle part. Sa chair est agréable. ^ 50 ARAIGNÉE. On le prend au moyen de vers de fumier, vers rouges à tôle noire, bien vifs, ou (le vers de vase. Tl mord également sur l'asticot, mais plus rarement. On doit avoir soin, comme pour la Perche ordinaire, que l'appât ne reste ja- mais en repos. Ce mouvement s'obtient d'abord en renouvelant souvent les vers parce qu'ils sont frétillants, et enfin, en déplaçant souvent la ligne ; on la sort de l'eau, et on la jette un peu plus loin. Tout cela doit se faire doucement, sans secousse et sans bruit; le plus souvent ces poissons se précipitent sur l'appât au moment où il descend verticalement dans l'eau, entraîné par son poids. AQUILA [Raja|. — (Voy. Raies, § il ) ARACE. — Genre d'Aiiiiélides errantes, qui vivent dans la mer, sur les côtes de l'Europe, et dont on se sert pour amorcer les lignes de mer. (Vieux mot.) ARACHE. — Nom donné aux Martigues à V Alose commune. (Voy. ce mot.) ARAIGNÉE. — Nom de la vive à Gênes, à Marseille, en Languedoc. Sans doute parce que, regardant comme venimeuse la piqûre de la vive, on l'a assimilée à l'araignée. [Esche]. — Nous ne pouvons entrer ici dans des détails techniques sur ces ■Avàm^wx articulés^ intéressants à tant de points de vue autres que celui du pécheur. Pour ce dernier, les Araignées sont de très-bonnes esches à mettre à un hame- çon pour la poche de surface en eau douce : il n'en demande pas beaucoup davan- tage. Cependant il n'est pas tout à fait superflu de le mettre à même de s'assurer s'il rencontre une araignée ou un imecte, et cela est si facile à apprendre qu'il y aurait mauvaise grâce à ne pas le savoir. Les insectes ont toujours 6 pattes, les Araignées en ont presque toujours 8 : les araignées ne sont donc pas des insectes, ce qu'il est déjà bon d'apprendre. Les Arai- gnées n'ont jamais d'ailes, ni d'antennes, mais un faciès qui varie d'une façon incroyable, non-seulement comme grosseur, mais comme disposition. Chez toutes, la tête Fig.tà. —Mygale maçonne cst confouduc avcc Ic tliorax; Icur bouclic est fort bien ^"'' ""'''' armée. La plupart sont chasseresses et vivent d'insectes. Comme elles sont succulentes, les poissons les recherchent beaucoup. Les unes vivent dans ou sur l'eau, les autres, sur la terre ; aussi la respiration des unes et des autres est-elle appropriée à ces milieux différents. Excellentes pour tous les poissons de surface, Truites, Ombres, Chevesnes, Vfindoises, Ablettes, etc., on les imite parfaitement par des espèces de chenilles artificielles. [Filets]. — Filet spécial pour la pêche des Aloses dans le Rhône. Voici comment se pratique cette pêche d'après Curnier : Le pêcheur se met en ouvrage. Armé d'une poche en filet à grandes mailles et peu profonde, montée sur un cercle en lattes de saule, emmanchée d'une perche de 2 à 3 mètres, il la plonge à l'avant de son bateau du côté du large, il la descend en pesant sur le bout du manche, perpendiculairement à la surface de l'eau, et, une fois que tout est noyé, il laisse le courant entraîner le filet, en ayant soin de le maintenir toujours dans sa position, en l'accompagnant ou en l'ai- dant d'une main attentive et intelligente. L'Alose est un poisson très-vif, doué d'une grande puissance natatoire ; il importe donc que la poche se fasse lestement, ARAIGN^ÎIE DE MER. 51 sans quoi, comme ce filet n'offre aucune espèce de goulot de nasse, qu'il est à fond trcs-rapproché et très-plat, le poisson a le temps de s'échapper ; un bon courant est nécessaire, puisque c'est lui qui doit imprimer la vitesse au filet. On comprend que V Araignée intercepte le passage dans la tranche d'eau correspondante à sa circonférence, le poisson allant dans un sens, celui opposé au courant, tandis que le filet le suit ; le moment important est celui où cette rencontre a lieu. Le poisson est touché, mais bien s'en faut qu'il soit pris, il faut l'amènera la surface, et notez qu'il n'y a, pour le soutenir, ni engin, ni traquenard d'aucune sorte. Aussi- tôt que le filet noyé en tête du bateau en a suivi la longueur, une corde qui s'y fixe porte et se roidit. On cesse de peser sur le filet, qui tend alors avec impé- tuosité à quitter la position forcée où il est maintenu, pour reprendre sa position naturelle, c'est-à-dire flotter horizontalement. C'est à ce moment que le pêcheur a à donner tous ses soins pour faire émerger le filet simultanément sur tous les points de sa circonférence; de là dépend la bonté du coup, car si son filet émerge droit, au lieu de venir à plat, adieu le succès ! fût-il plein d'Aloses, il versera tout dans le fleuve. Le poisson, lorsque le coup est bien donné, est prison- nier alors dans la partie lâche du filet qui flotte au delà du bord extérieur du cer- cle. Cette pêche est très-ftitigante. On comprend, en effet, que le maniement d'une espèce de poêle, de 20 à 25 pieds de tour, fichée au bout d'un long bâton, et cela au milieu d'un courant rapide, ne soit pas précrsément un amusement de fem- melette. Les hommes qui s'y livrent donnent environ 40 à 50 coups par heure, et se relèvent toutes les deux heures, ARAIGNÉE DE MER. — (Voy. Crabe.) — Il cst difficile d'imaginer rien de plus hideux que l'Araignée de mer ou Maïa Sqninado. Bossuée, hérissée, le dos couvert de varechs parasites qui lui font une barbe étrange ; la carapace bar- bouillée de la vase dans laquelle elle se retire ; des pinces faibles, mais une forêt d'épines en avant, en arrière et de tous les côtés, la couleur noire, brune ou vio- lette : telle est l'Araignée de mer solitaire sous la pierre où elle se tapit. Infatigable comme tous les Crabes, le Maïa est un nettoyeur, sans trêve ni repos, de tout le voisinage. Quel est le sens qui lui apprend que son office est utile à quelques mètres aux environs, au milieu de cette énorme masse d'eau qui bat les rivages? Quelle diffusion merveilleuse de molécules a pu, partant du cadavre qu'il aidera tout à l'heure à dépecer, venir frapper son odorat? Et cet odorat lui- même... où est-il? où en est le siège? L'homme ne le sait pas. Pour nous, alors que la drague nous rapportait, des grands fonds, les Maïas mêlés aux huîtres ramassées, nous étions toujours en admiration devant la laideur inimitable de la pauvre bête et devant la splendeur des merveilles qu'elle portait 1 ^ fia. 2G. — Araignée de mer [Maïa Souinado). sur son dos. v ï ; Sous le microscope, ces petites mousses roses et blanches devenaient des ar- brisseaux de cristal, habités de fleurs vivantes, de renoncules agitant leurs pétales. A leurs pieds, ces gazons invisibles étaient encore des milliers de polypes sor- 52 ARCHET. tant et rentrant leurs bras et rayonnant dans tous les sens, afiamés de Teau qui leur manquait. Il est probable que ces arbuscules et ces mousses vivantes, tous carnassiers, tous amis de la chair, ne viennent envahir la carapace du Maïa, que pour prendre part, et une part active, à l'absorption des débris, jadis vivants, dont se repaît l'A- raignée. Tandis que celle-ci déchire à belles dents et dévore par gros morceaux, elle secoue un nuage de poussière animale que l'eau porte aux tentacules affa- més des fleurs parasites. C'est sur le dos du Maïa qu'on trouve la Polysiphonia vuriegata^ petite floridée à couleur de rubis, le Plocamium coccineum, rose lui aussi, avec ses ramilles en forme de doigts fermés, et puis la Cêrmwe élégante, et des corallines, etc., etc. ARBALÈTE. — L'Arbalète est une variété d'archet ou de couple (Voy. ces mots) dont se servent les pêcheurs du Boulonais. Il se compose d'un morceau de fil de fer long de 1",20, gros comme une forte paille et enfilé dans la partie épaisse d'un plomb pesant de 500à 1,000 grammes. Ce fil de fer estpresque'droit, très-légè- rement courbé en arc au milieu. On aplatit au marteau chacune de ses extrémités en palette et l'on y attache une ou deux empiles en fil double retors de 2 mètres de long, montées d'hameçons pareils à ceux qui servent à la pèche du Maquereau. Pendant le calme, les pêcheurs, de dedans leur bateau, descendent cet engin au fond de la mer, au moyen d'un orin frappé au haut du plomb de fond, et semblable à celui sur lequel ils montent les quipots. (Voy. ce mot.) On prend ainsi les Merlans, les Grondins, etc. La pêche de jour se fait au fond, mais pendant la nuit on maintient l'ar- balète entre deux eaux. ARBRES A ENIVRER LES POISSONS. — l'un de ces arbres croit aux Antilles et opère sur les poissons un singulier effet. Il est de la taille d'un poirier, ses feuilles ressemblent à celles des pois, mais elles sont plus épaisses; son bois est dur et jaune. On prend l'écorce des racines de cet arbre, on la pile de manière à la réduire en parcelles très- minces, et on la met dans des sacs. Lorsqu'on veut pécher, on agite les sacs dans l'eau, et une légère poussière, formée par les par- celles les plus petites, se répandant, le poisson l'avale, est enivré, nage sur le dos et se jette au rivage. On en prend ainsi de grandes quantités. Nous devons ajouter à ce récit, extrait de Duhamel du Monceau, que rien ne prouve l'innocuité du poisson ainsi empoisonné ; de plus, que c'est une manière barbare et irréfléchie de détruire une grande quantité de poisson, le plus souvent sans profit pour personne, puisque le poisson ainsi capturé ne se conserve pas et est malsain. * A la Nouvelle-Grenade (Amérique), les Indiens font usage de plusieurs substances végétales, dont l'une pourrait bien être l'arbre indiqué plus haut par Duhamel. Le Fromager ou Seïba fournit un suc avec lequel les habitants de Santa Marl/ia empoisonnent les rivières pour faciliter leur pêche. Les Indiens de la Meta font une chose semblable avec l'effusion du suc de la racine Barbasco, qu'ils jettent dans l'eau de cette rivière pour enivrer les poissons. ARCHET. — Cette pêche se fait surtout entre les rochers, dans les endroits où le sable s'est accumulé sous les efforts de la mer, et où ne se trouvent pas de trop grands herbiers dans lesquels les hameçons se cacheraient, ce qui les déroberait à la vue du poisson, et en second lieu où ils se mêleraient par le mouvement de l'eau et présenteraient un obstacle à la levée de cette ligne. Pour construire un archet, en Poitou, sur les côtes de l'Océan, on fait choix d'une baleine ou d'un jonc de l^jSO de long environ, ABC {/ig. 27). On le ploie sous la forme indiquée dans cette figure, en sorte que les longueurs AN, BN, soient égales à MC, ce qui divise la baguette ployante en quatre parties égales. A R I C I E. 53 En N on fait une ligature solide, puis on y comprend l'extrémité R de la ligne de fond NS qui traverse la courbe NC, et vient s'attacher en G à l'archet et en même temps à un plomb de fond qui fait caler le T tout. L'autre extrémité T de la ligne, porte une bouée pour la retrouver et la retirer. Il est quelquefois bon, outre les hameçons em- pilés m^n, 0, p, que l'on attache aux bras A,B de l'ar- chet, de placer un autre hameçon f à une certaine hauteur au-dessus de l'archet et sur la ligne NS. On peut munir l'empile d'un corceron léger f qui empêche cette petite cord-elette de se tortiller au- tour de la plus grosse AS. (Voy. aussi Arbalète.) [Filets]. — Portion de cercle fort, courbé en demi-circonférence, et soutenant la coiffe d'un ^'"'J- -'• - -^■'chet en station. verveux. Ses deux extrémités sont tenues écartées par une corde tendue passée dans les mailles qui bordent le bas de la coiffe. ARCS BRANCHIAUX. — (Voy. Branchiaux [Arcs].) AREIGNOLE. — C'est une Battude de grande dimension. (Voy. ce mot.) ARÉNICOLES. — Espèces d'Annélides errantes qui habitent les sables de la mer. Cette famille des Aréiiicolieiis ne renferme que le sous-genre Arénicole. L'Arénicole du pêcheur (Cuv.), long. niax.= O^.lô à 0«',Î0. Couleur cendrée, rouge ou brune, changeant en vert foncé. Corps allongé, mou, de la grosseur d'un fort crayon, fusiforme, c'est-à-dire plus gros au milieu qu'aux deux extrémités. Ces Annélides présentent une tête peu ou point distincte ; elles sont dépourvues d'yeux, de mâchoires, d'antennes et de cirrhes ; elles ne portent de branchies que sur la partie moyenne du corps. Les anneaux qui composent leur corps sont nombreux et à surface comme chagrinée. Ces Annélides portent sous le ventre des appendices rangés deux à deux, ressemblant au premier abord aux fausses pattes des chenilles de lépidoptères. La tête est terminée, comme celle des Lom- brics, par une ouverture circulaire. Ces vers sont tirés de leur trou de sable, sou- vent profond de 0"'^50 à 011,00, pour amorcer les hameçons tendus aux poissons de mer. On reconnaît la retraite de l'animal aux petits cordons de sable qu'il rejette au dehors. Quand on le touche pour en amorcer les lignes, il sécrète une liqueur jaune qui tache les doigts comme la bile. (Voy. aussi Dorsibranches.) ARÊTE. — Les parties osseuses des poissons portent vulgairement le nom d'arêtes, que l'on peut supposer dérivé du mot latin arisia, barbe d'épi. La colonne vertébrale, munie de ses longues apophyses, forme la grande arête ; les côtes, soudées aux apophyses transverses, présentent les arêtes ordinaires de la chair. Les rayons des nageoires reçoivent aussi quelquefois ce nom, ainsi que les petits stylets grêles et longs qui, dans certaines espèces, partent des vertèbres pour traverser les chairs qu'elles soutiennent. Les poissons blnncs contiennent une très-grande quantité d'arêtes. En géné- ral, on estime, à part son goiit, d'autant plus un poisson qu'il contient moins de L-es appendices désagréables et même dangereux. Sous ce rapport, les poissons jp^ gg. — Arête du genre Salmones sont favorisés. 11 en est de même de la plupart des poissons de mer. (côte) . ARGENTEUS (Leuciscus). — (Voy. Dard ou Vandoise.) ARICIE. — Genre d'Annélides errantes qui vivent dans la mer, sur les côtes de l'Europe, l't servent d'amorce à la mer. Fig.^8. — Aréni- cole du pêcheur. 54 ASPECT DE L'EAU. ARLEQUIN. — Nom que l'on donne quelquefois au Ycron en costume de noces. (Voy. Ykron.) ARMAIL.LADE. — Synonyme cVAmav'ade. ARPHYE. — Synonyme ù.' Orphie, dans la langue des pêcheurs de certaines côtes. — (Voy. Orphie.) ARRAIN GORRIA. — Nom provençal ou basque delà Bième demer. (Voy. ce mot.) ARROSE. — Nom gascon de la Borée. — (Voy. ce mot.) ARSELIN. — Poisson de mer plus petit que la Vive, armé d'aiguillons et dangereux comme elle, et qui s'enfouit également dans le sable. C'est l'espèce Vive marinière {'frachiniis ripera), remarquable par sa couleur plus foncée, sa taille moins considérable et le plus grand nombre d'individus qu'on en rencontre sur les côtes. Il se prend de la même manière que la Vire commune. — (Voy. ce mot.) ARTICULES. — Embranchement des animaux, se distinguant par leur système nerveux, composé de ganglions cervicaux, thoraciques, abdominaux, anal, et d'une chaîne double, ganglion- naire, les unissant dans la longueur du corps. Tous sont à sang blanc, excepté les Annélides. Le corps, en forme d'anneaux mobiles, est plus ou moins rétractile. ASPE (CypriniisaspiuSjLin.). — Malacopt. abd. cyprinoïd. Syn. : Schad, Roppc, Aland, ail. — Asp,, suéd. Le nom d'Aspe {Aspius) a été assigné, par certains naturalistes, aux Ablettes, dont nous avons décrit six espèces qui se trouvent dans nos eaux : l'Ablette commune, l'AIburnoïde, la Biponctuée, etc. Cependant, il représente également une espèce du genre Able, espèce assez voisine de lAblette comme caractères, mais parvenant à un poids de 5 à 6 kilogr. Les caractères principaux de ce poisson, peu estimé^ sont : Dos noirâtre, nuque bleu foncé; opercules bleus mêlés de jaune et de vert; ventre blan- châtre . Dorsale grise pendant la jeunesse, puis bleue; caudale de 28 rayons, de même; — anales, pecto- rales et ventrales jaunâtres dans la jeunesse, et ensuite bleuâtres mêlées de rouge. Canal intestinal à 3 sinuosités. 18 côtes de chaque côté, épine dorsale de 4i vertèbres. Cette espèce se nourrit de petits poissons, de vers, de végétaux et de débris de corps organisés; elle habite les rivières à fond propre et à courant peu rapide, et perd la vie facilement hors de l'eau. Chair molle et grasse ollYant beaucoup d'arêtes. N'y aurait-il pas ici confusion avec le Chevesne commun? La synonymie de ces poissons blancs est encore fort obscure. L'Aspe d'Agassiz est un poisson allemand, et celui dont nous parlons se prend au nord et à l'est de la France ? ASPE. — L'Aspe est un beau poisson très-rusé qui habite dans les eaux calmes des rivières du nord de la France. Il est vorace cependant et fait sa proie de petits poissons comme le Chevesne, avec lequel il a beaucoup de rapports, il se prend aux mêmes appâts. C'est le Chevesne des eaux tranquilles. ASPECT DE L'EAU. — Lorsqu'on ne connaît pas une rivière, il est absolu- ment nécessaire d'en sonder la profondeur et de reconnaître la qualité du fond, parce que, ces deux choses une fois connues, on peut présimier l'espèce de poisson qu'on y attaquera. Il peut se faire des divisions fictives par rives et par cantons compris entre des objets fixes servant de repères. On prend un petit carnet de poche sur lequel on trace un tableau analogue à celui-ci : ASPECT DE L'EAU. RIVIÈRE DE 55 STATIONS. DÉSIGNATION DES LIMITES. Du pont (le pierre aux 3 chênes. De.s 3 chênes au rocher près du che- min de etc. etc. Du pont de pierre au coude du cliemin de Du coude au hêtre fourchu. En face du rocher double fendu. etc. COURANT. pno- FONDEVn met. 2 1,.^0 0,60 3Ioven. Courant très - vif. etc. etc. Eau tran- quille, pres- que pas de courant. Haïe. etc. Sable fin. Jars ou fond de cailloux. etc. etc. Fond de vase. Gravier. etc. OBSEHVATIONS. Herbes à 2 mè- tres au larse. Rien n'empôche morne de mettre dans la colonne d'observations les espèces de poissons que l'on peut espérer y trouver, d'après leurs mœurs connues. Tous les renseignements nécessaires pour remplir le carnet ci-dessus sont fournis par la sonde. Voici comment il faut opérer : On monte une canne à mou- linet ordinaire, et au bout de la soie on attache la sonde, dont le dessous est bien garni de suif, puis on la plonge, devant soi d'abord, à la longueur de la canne, et on rapporte la qualité du fond par ce qui s'est attaché au suif mis sous le mor- ceau de plomb ; en sondant à plusieurs endroits, on s'assure mieux encore que la qualité du fond est constante, et comme on est maître de choisir la subdivision de ses stations et leur espacement, on peut arriver en très-peu de temps à con- naître parfaitement le fond de la rivière oii l'on veut pocher. Pour trouver immédiatement la hauteur de l'eau, il vaut mieux se faire luie mesure spéciale ; voici comment : on prend une ficelle de la longueur de la canne et on l'attache à l'extrémité de la ligne de soie passant dans les anneaux, à l'autre extrémité on place la sonde suiffée. Cette ficelle porte, à partir de la sonde, des divisions de mètre en mètre, soit de petites boules de liège retenues par un nœud et peintes de différentes couleurs ; les demi-mètres peuvent être indiqués par deux petits plombs fixés à côté l'iui de l'autre, et les quarts de mètre par un seul petit plomb ; on apprécie parfaite- ment à vue d'œil les dimensions intermédiaires. Cette jauge, faite une fois pour toutes, sert continuellement. On peut également faire usage d'un petit ruban verni et garni de numéros :i(> ASTICOTS. [)oints h riiuilc; on lui donne -4 mètres de long, c'est tout ce qu'il faut dans la plupart des cas. Malgré d'assez nombreuses exceptions, on peut ranger ainsi les poissons d'eau douce par connaissance de leur habitation, comme fond et comme courant. Dans les courants raides, fond de sable ou de pierre, ce qu'on nomme en cer- tain pays jars ou carrées, profondeur de 0"',riO àl mètre, on prendra : Ablettes \ raies et alburnoïdes, Dards, Chevesnes petits, petite Truite, Ombre, Saumonet, tout cela à la surface ; au fond, Goujons et petits Barbillons. Par un courant moyen, sur mi fond de vase ou de sable vaseux, de 1 mètre à 3"', 50 de profondeur, on [)rendra, à la surface, en été : des Chevesnes ; au printemps et à l'automne, des Dards; et au fond, en toute saison, les Gardons, Brèmes, Carpes; et la nuit, des Anguilles. Au contraire, dans l'eau calme et tranquille, par 3 à 4 mètres d'eau, sur du sable fin ou de la vase, et surtout s'il y pousse des joncs et des herbes, on prendra à la surface du fretin; entre deux eaux : la Perche et le Brochet, et au fond : la Carpe, Anguilles, le soir, Barbillon aussi, car il va partout. C'est un des lares poissons qui ne se cantonnent point, au contraire de la Carpe, de la Tanche et (lu Brochet même. A la chute des moulins, des écluses ou des cascades, on prendra : la Truite, l'Ombre, tout cela au fond; le Brochet môme qui s'y plaît; le soir, l'Anguille qui s'y promène. ASPER PERÇA. — (Voy. Apron.) ASPIC. — Nom vulgaire d'une espèce de Lavande. — (Voy. Huile d'aspic.) ASPIUS CYPRÎNUS. — (Voy. Aspe.) — Le genre Aspius a été établi par Agassiz sur une espèce de l'Allemagne. ASPRO [Genre]. — (Voy. Apron.) ASPRO VULGARIS. — (Voy. Apros commun.) ASSA FCETIDA. — Cette gomme résine provient d'incisions faites à la racine d'une ombel- lifère, Ferula nssa fœtiJa, qui croit en Perse, dans les montagnes. Cette résine jouit de la propriété de rougir par l'action de la lumière et de l'air réunis. On trouve cette substance en masses brun-rougeâtre demi transparentes, et quelquefois mêlées de terre et de petites pierres. Elle répand une odeur alliacée forte et fétide, et possède une saveur amère acre et repoussante. Elle est beaucoup plus soluble dans l'alcool que dans l'eau, mais elle l'est encore assez pour lui communiquer au loin son odeur qui paraît avoir de l'empire sur l'odorat et le goût des poissons. ASSÉE. — Poisson du genre Chevesne, qui se pèche dans la Dordogne et la Vézère. C'est la Vanrloise Bordelaise {Squalius Burdigalensù, Val.}. (^ Voy. ce mot) — Sa chair est très-délicate, plus ferme que celle de la Vandoise commune, et n'a pas d'arêtes dans les muscles. Se prend comme le Clievesne. (Voy. ce mot.) ASTACUS SERRATUS. — (Voy. Palémon porte-scie.) ASTICOTS. — Les pécheurs donnent ce nom aux larves de plusieurs mouches, qui sont le plus ordinairement : Musca Cœsnr. — Hlii.^ra carnaria. — Musca vivipare. — Musca domestica. (Voy. Mocches.) tiij. 30. — Mouche ile la viande. [Sarcophaga carnaria, I.iii.) J'ig. 'il. — .Mouche Cœsar. [AJusca Lcesar, Lin.) Fig. 32. — Mouche domestique. (Alusca domestica, Lin.) Ces larves sont cylindriques, molles et blanchâtres ou jaunes. Elles sont apodes, c'est-à-dire sans pieds; leur tête est garnie de crochets écailleux. ASTICOTS. 57 A peine un animal a-t-il perdu la vie, qu'averties par un sens, un odorat particulier et qui ne les trompe pas, arrivent en troupe des mouches bleues à corselet rayé et abdomen soyeux (c'est la Mouche à viande commune), d'autres vertes à beaux reflets métalliques (c'est la Mouche Cœsar). La mouche à viande pond sur ces animaux de petites larves microscopiques; la mouche verte, des œufs qui éclosent vite et donnent naissance à des myriades de petites larves analogues. Alors se passe un phénomène très-curieux. Toutes ces larves, au moyen de leurs mouvements et de leur appareil masticatoire composé de crochets cornés très-solides, pénètrent dans les tissus qu'elles désorgani- sent et réduisent en une sorte de bouillie dont elles se nourrissent. Cette fermentation est activée par une espèce de liqueur que sécrètent ces larves qui croissent à vue d'œil, tant elles s'assimilent promptement le produit de cette décomposition. L'Asticot, alors parvenu à toute sa croissance, présente une larve à peau solide et résistante remphe d'une matière grasse et blanche, d'une espèce de pulpe animale qui semble fort attrayante aux poissons de certaines eaux. Nous disons à dessein de certaines eaux; car, dans de nombreuses rivières, le poisson ne les goûte pas du tout. L'odeur qui reste à ces larves, du milieu où elles ont vécu, est peut-être également un attrait pour les poissons ; cependant, pour le pécheur, on les débar- rasse à peu près de toute odeur en les déposant dans du son qui les nettoie. Un des faits les plus singuliers de cet animal, c'est la puissance de pénétration dont il est doué; par le mouvement vermiculaire qu'il se donne, il disparait entre les bois même joints d'un bateau, entre les pierres, dans la terre, en très-peu de temps, et cependant, entre elles, ces larves n'ont aucune action les unes sur les autres. Elles sont dans un état de grouillement perpétuel, qui atteste leur bonne santé et qu'elles conservent longtemps sous l'eau quand elles sont convenablement mises à l'hameçon. Lorsque les Asticots vont se changer en chrysalides, ils perdent leur mouvement et s'en- ferment dans un cocon brun, rouge ou noir, formé par.leurpeau distendue et durcie; en cet état, on les nomme Épine-vinetle, parce qu'ils ont une certaine ressemblance, comme forme et comme couleur, avec le fruit de cet arbrisseau. A l'état de chrysalides, ils servent encore d'appâts pour certains poissons. — (Voy. Gardon.) Pour se procurer les Asticots en grand, on étend à terre des débris de viande sur une épaisseur de 0'",25à 0«',30, et on les recouvre de paille pour empêcher le dessèchement par le soleil. Les mouches y déposent leurs œufs ou leurs larves, et, au bout de quelques jours, la masse n'est plus qu'un composé fort mal odorant des Asticots dont on a besoin. On peut également, mais à la campagne, suspendre en im lieu écarté, un hangar, un grenier, un foie d'animal (c'est la partie qui produit les plus gros, les meilleurs Asticots) et placer en dessous un pot rempli de son, hs larves y tombent à mesure, et on y fait sa provision au besoin. Lorsque, pour la pêche à la mouche, on veut se faire une bonne quantité d'appâts sans la fatigue de les prendre, il suffit de placer les Asticots dans une boîte de son, recouverte d'un couvercle percé d'un trou de 3 à 4 centim. de diamètre; on place sur ce trou une boîte à mouches {fig. 33) dont l'entrée est ouverte, on fait coïncider celte entrée avec le trou du couvercle, et les mouches, à mesure qu'elles éclosent, se rendent peu à peu dans la boite, où elles sont retenues par le tulle et où elles achèvent de solidifier leurs téguments. On se sert d'une des boîtes; et l'autre, vide, remplace, sur l'ouverture, celle dont on se sert. On recueille ainsi, sans fatigue, de très- belles et bonnes mouches pour la pêche de tous les poissons de surface. En regardant attentivement l'Asticot, on lui reconnaît la forme d'un cône très-allongé et un peu renflé, dont la pointe est la tête. On ne peut l'enferrer ni par un bout ni par l'autre, il faut le faire par le côté ; sans cela la pulpe blanche de l'inté- rieur se répandrait, et la peau resterait seule vide et sans vie sur l'hameçon. Au lieu de cela, il faut prendre l'Asticot entre le pouce et l'index de la main gauche en tournant la base du cône^du côté du corps, comme en B {fig . 35), et intro- duire, de la main droite, la pointe de l'hameçon entre le 3'= ou le 4'' anneau inférieur. La pointe s'enfoncera dans le sens de l'axe du corps de la larve, et le tout prendra la position D au bout de la ligne, la contraction des lames cartilagineuses qui forment la peau de l'insecte empêche la sortie de la pulpe intérieure, et l'Asticot demeure vif et remuant à la pointe de l'hameçon dont il couvre seulement le dard et le crochet, la hampe restant découverte sans inconvénient. Quant à l'Épine-Vinette dont l'enveloppe est très-cassante et très-dure, tandis que le dedans est Fig. 33. — Boite mouches, ouverte. Fig. 3i. — Manière lie tenir l'asticot. Fig. 3S. — .\slicots vifs l'hameçon. 58 ATHÉRINE. une substance lilanche, molle cl laiteuse, elle est fort difficile à mettre à riiameçon auquel elle tient fort peu. Il faut la piquer avec délicatesse et vérifier souvent si l'hameçon n'en est pas dégarni. 11 faut être très-prct à ferrer, parce que la moindre attaque du poisson suffît pour la détacher. On ne doit essayer cette pèche que par un temps très-calme et avec une flotte extrêmement sensible, d'au- tant plus que le Gardon, poisson auquel on s'adresse, est un de ceux qui mordent le plus légère- nient. ASTON. — Nom de l'Alose feinte, à Dux. (Voy. Alose feinte.) ASTRODERME ÉLÉGANT (Astrodermus coryphœnoïdes, Bons.». — Acanthopf. Scombér. Long. max. = 0">,4i). Un des plus jolis poissons, mais aussi un des plus rares des côtes méridionales de notre pays. Corps argenté, couleur de rose, tacheté de noir; nageoires rouges; tête élevée et tranchante. Bouche peu fendue; ventrales petites et surtout à écailles rayonnant de tous côtés comme des étoiles. D = 22, P= 18. V = H-4. A = 1S, C = 17 -f^- o Se prend dans la Méditerranée, sur les côtes. ATHÉRINA HEPSETUS. - (Voy. Athérinf. Boserè.) ATHÉRINA PRESBYTER. - (Voy.PRÉTRE.) ATHÉRINE [Genre]. — Acanthopt. Il«= famille. Petite famille que les naturalistes ont grand'peine à classer dans le grand groupe des Acantho- ptérigiens. Par leur première dorsale mince, de peu de rayons, écartée de la seconde, par l'organisation de leur mâchoire, ils se rapprochent évidemment des Murjef:, sans cependant pouvoir s'y joindre. Ces poissons ont le corps très-allongé, la bouche très-protractile, munie de petites dents très-flnes, et tous une bande argentée, caractéristique, sur les flancs. Se trouvent dans toutes nos mers, sous des noms variés, et probablement représentées par un assez grand nombre d'espèces encore fort mal étudiées. ATHÉRINE JOËL. (Atherina Boieri, Bisso). — Acanthopt. Athérin. Long. max. = Om,10. Syn : Spllancosa, ilal. — Komahren fisc/i, allem. — Silcen fich, suéd. — Snlv bandt, dan. — Smelt, angl. Espèce méditerranéenne, analogue auSauclet, dont les dents visibles aux mâchoires, au vomer et aux palatins, les séparent. 1"^ D = 8. 2« D= 10. A= 13. P=15. V = G. C = 20 fourchue. Écailles en losange, minces et unies. Ces poissons frayent au printemps. On les pêche à Fécamp à la marée montante, vers la fin de l'été, au moyen du carrelet, du lanet surtout, au fond duquel on met pour appât des crabes écrasés. On les recherche beaucoup comme amorce. On les fait sécher, et elles deviennent jaunes en restant transparentes. ATHÉRINE PRÊTRE. — (Voy. AthÉRINE ROSERÉ.) ATHÉRINE ROSERÉ (Atherina presbyter. Val.). — Acanthopt. athérinoïd. Long, max. = On^iô. Syn. : komhrcn fisch, allem. — Roornn cirwiech, holl. — Sandsmelt, angl. Petit poisson de l'Océan, tout blanc, corps demi-transparent, laissant voir la grande arête dans toute sa longueur. Sa couleur est ordinairement verdàtre sur le dos, ou les écailles sont bordées de petits points noirs ; blanche sous le ventre avec une bande d'écaillés argentées, mates et opaques sur deux de hauteur le long des flancs. Toutes les nageoires sont transparentes, la caudale un peu plus brune. Deux dorsales de 8 et I + '2 rayons; ventrales 1 -1-5 ; pectorales de 15 ; abdominales 1 + i ; caudale fortement fourchue de 17. Écailles petites, mais épaisses. Yeux grands et parfaitement ronds, un peu jaunes en haut, iris noir; mâchoire supérieure protractile et garnie de fines dents en avant. — Inférieure plus longue que la supérieure ; langue blanche, pointue, de sorte que la bouche, d'ailleurs peu fendue, semble avoir son ouverture tournée en haut. Bout du museau piqueté de petits points bruns ou noirs, sem- blables à ceux du dos. Ses petits demeurent rassemblés en masses considérables pendant les premiers jours qui sui- vent leur naissance. On vend cela dans le Midi, frit ou cuit dans le lait, sous le nom de Nonnat. Adultes, les Athérines vivent également par troupes assez considérables pour qu'on en fasse une pêche spéciale. On les vend alors sous le nom de faux Eperlans. En Bretagne, on les sale et on les conserve dans l'huile en même temps que les Sardines. Elles sont quelquefois en si grande quantité, qu'on en nourrit les animaux domestiques. ATTAQUE DES POISSONS. 5î» Excellente pour amorcer les lignes à Merlan, et très-bonne à manger. L'Athérine mord parfaitement à un hamecjon amorcé d'un ver marin (Néréide), appelé en anglais Ragworm, et Pelouse ou Grmetfe en français. Fiij. 30. — l'rèti'é ou Alheriiie Huseiii [Atherina presbyter, \al.]. ATHÉRINE SAUCL.ET (Atherina Hepsetus, Cuv.). — Acanthopt. athérin. Espèce de la Méditerranée, portant aux palatins des dents si petites, qu'on peut à peine les distinguer; ce qui la sépare de VAlh. Joël {A. Boieri, Riss.), dont les dents au même endroit sont très-visibles. Corps fauve clair, pointillé de noir en dessus; demi-transparent pendant la vie, avec la bande d'argent caractéristique. Nageoires transparentes, œil énorme, museau pointu, caudale très-fourchue. Excellente amorce comme toute les Athérines. Se prend au carrelet, au lanet, à la senne fine, à la ligne, avec un morceau de gravette, etc. ATTAQUE DES POISSONS D'EAU DOUCE. NOMS DES POISSONS. Ablette. Angi'ille. Barbeau ou Barbillon. ATTAQUE DES POISSONS. Franchement, par petits coups. Chipote, puis entraine fort et goulûment : il est rare qu'elle lâche la proie une fois mordue. Frappe du nez sur l'appât. Attaque ensuite franchement. Son attaque forme deux coups d'autant moins marqués que l'individu est plus gros. Il donne quelquefois un seul coup, mais très-fort. Quand il a saisi le ver, il l'avale en entier et ne le lâche jamais. MANIÈRE DE FERRER. Vivement. Ferrer fort et sortir de l'eau d'autorité, car elle ne peut être ni noyée ni fatiguée : elle combat jusqu'à la mort en s'aidant des pierres, des berbes et des racines. Ne pas se presser, attendre le coup d'entraînement décisif et brusque. Une fois ferré, le bar- billon se laisse aller, mais pour l'amener à la surface il faut commencer une lutte qui ne finit qu'avec sa vie. f>() ATTAQUE DES POISSONS. NOMS DES POISSONS. ATT.\QIE DES POISSONS. MANIÈRE DE FERRER. Brème. Cliipote longtemps el atta- que ordinairement l'esche par- dessous, ce qui fait sortir la flotte de l'eau comme poussée par-dessous. D'autres individus attaquent franchement , mais toujours légèrement, comme le Gardon. Ferrer au remonter de la flotte, ou au plonger quand le coup est tirant. Brochet. En chasse, attaque franche- ment: ordinairement, entraine franchement, mais sans se pres- ser. Ferrer vite et fort. Ferrer fort, mais de côté, et quand il a bien entraîné. Carpe. Chipote longtemps et en- traine. Ferrer solidement, mais sans se presser ; combat à mort. Chabot. Comme le Gardon. Comme le Barbillon. CHEVESNE. De fond, au printemps, à la cerise; à l'automne, aux boyaux de poulet et au raisin, il mord très-franchement et entraîne vite. De surface, il mord et làciie presque en même temps , au sang de même. Ferrer fort sans se presser, et bien tenir coup; il combat fort, mais peu longtemps. Ferrer très-vite et de côté : le coup de poignet doit être aussi vif que l'éclair. CVPRIN DORÉ. Comme la tanche, en chipo- tant. Ferrer au coup tirant ; ne combat pas fort. Dard Mord comme le Chevesne ; mais de surface, encore plus lé- gèrement. Très-vite : gueule peu forte et à ménager ; quand il est un peu gros, il se défend bien. Épinoche. La gloutonnerie personnifiée. Se prend seul. Gardo.n blanc. Mord vite, lâche plus vite en- core, et touche, au blé et au sang, si légèrement que c'est à peine si la plume remue. Au ver de vase, il fait encore moins de signal. Ferrer très-vite. Ferrer au premier mouve- ment; on en manque, mais c'est le seul moyen de le prendre. GOUJO.N. Un gourmand : une fois le ver attaqué, il le sucera jusqu'à ce qu'il se soit pris seul. Ne pas se presser; on ne le manque jamais si l'on attend le coup entraînant. Lotte. Attaque comme l'Anguille. Ferrer de même. Ombre. Attaque franchement et rapi- dement, quitte de même. Ferrer très-vite et franche- ment. Perche. Attaque franchement et en- traine de suite. Ferrer sec, mais sans se pres- ser au coup tirant; ne combat presque pas, même quand elle est grosse. Plie. Mord comme le Barbillon ; elle mangera les deux esches d'une ligne l'une après l'autre. Ne pas se presser : elle se prend seule ; une fois l'hameçon dans le corps, elle ne bouge plus, la plume ne remue pas, parce qu'en attaquant , sans doute elle suce. Rotengle , OU Gardon rouge carpe. Attaque bien de fond; à la mouche, il mard légèrement. Ferrer vite ; il est fort quand il est gros. ATTAQUE DES POISSONS. 61 NOMS DES POISSONS. Saumon. Tanche. Truite. Yérox. ATTAQUE DES POISSONS. Attaque franchement comme quelqu'un qui a conscience de sa force. L'eau bouillonne sous son coup de léte quand il enlève la mouche. (Ihipote comme la Carpe, et mord encore moins franche- ment. Si elle chasse , elle attaque vive comme un éclair ; dans le cas contraire, elle entraîne dou- cement, mais franchement. Attaque bien quand il peut. et entraine MANIÈRE DE FERRER. Ferrer solidement et donner du lil ; il est terrible et combat à mort, devrait-il vous faire par- courir plusieurs kilomètres. Ne pas se presser. Assez forte. Ferrer sans hésitation et ne pas forcer la main. Elle est forte au premier coup, mais elle ne combat pas longtemps ; elle se noie et meurt de suite. Ferrer sans se presser. Alose. Bar. ATTAQUE DES POISSONS DE MER. Très-mollement, en suçant. Barbi-e. Baudroie. BOMTE. Gapelan . Carrelet. Congre. Mord franchement et entraîne sans hésitation, puis se défend à mort. Attaque lentement, puis de- meure immobile ; mais , une fois piquée, se balance d'une curieuse manière. Avale goulûment et se laisse amener sans défense. Attaque d'un seul coup, sans qu'on la sente, et entraîne rapi- dement en filant à la main. Goulu par excellence , tire d'une manière incroyable pour un si petit poisson. (Voy. Plie.) Comme l'Anguille. Se tient coi au fond. Finement et bien de côté, l'hameçon étant toujours tenu entre les lèvres. Ne pas se presser, attendre le coup d'entraînement, ferrer alors solidement de manière à assurer l'entrée du fer dans la gueule qui est fort bien armée. Plus on se servira de petits ha- meçons, moins on aura besoin de ferrer promptement et fort, parce que l'on ne devra pas craindi-e de piquer dans les dents. Demande une main exercée, comme tous les poissons plats avec lesquels il faut beaucoup de prudence, surtout quand ils sont gros. Il faut d'abord ferrer fortement pour bien assurer l'entrure et ménager ensuite à cause des soubresauts. Ferrer ferme : hameçons gros et forts à cause des téguments blancs lâches qui tapissent son immense gueule. Ferrer d'un coup sec, et ame- ner sans résistance. Amener sans ménagement. Ferrer sec ; amener vite à bord, parce qu'il se tortille beau- coup quand il est petit. Lors- qu'il est gros, il se laisse sou- vent amener, au bord du bateau, comme un poisson mort. 62 ATTAOUE DES POISSONS. NOMS DES POISSONS. ATTAUIE DES POISSONS. MA.MI'RE DE FERRER. Davrades. Mordent comme tous les pois- Les Daurades de toutes les sons (le surface, vivement et lé- espèces se pèchent avec des gèrement ; mais, comme on les morceaux de poissons, et cette prclie à la ligue traînante loin esche étant ferme et dure, il ne (lu lialeaii, elles se croient eu faut pas craindre de ferrer sec sûreté et eulrainent fortement, au coup d'entrainement. Ména- mais sans secousse. ger en ramenant quand elles sont grosses, parce qu'elles se balancent beaucoup , mais ne prennent point de parti. Dorée. Idem. Idem. Égrefin. Mord bien, attaque franche- Se prend souvent seul, mais ment et entraine de même. assurer la prise au coup entraî- nant. Se défend assez bien cl peut être lourd. Flet. Se prend seul. Ferrer fortement et retirer lentement. Il est lourd. Germon. Se prend seul aux lignes traînées. Idem. Hareng. Mord quelquefois, à l'embou- chure des fleuves, sur la mou- che artificielle. Même pêche quepour le Dard. Lieu. Attaque, comme tous les Ga- .\ssurer l'entrure du fer par des, goulûment et franchement, un coup sec. En général, le tou- tire fort et ne se défend pas. cher de ces poissons est carac- téristique : c'est un coup tirant, brusque, et sans clapottement. Limande. Mord comme la Plie et tous Se prend le plus souvent les poissons plats. seule : la ligne semble tenir au fond ; ce n'est que par quelques légères saccades que l'on fait lever le poisson qui, vaincu par la douleur, se défend par des soubresauts ondulatoires. Lingue. Encore une Morue : comme telle, attaquant sans peur et ti- rant fortement. Pêche très-facile. Maigre. Mêmes mœurs que le Bar. Même pêche. Maquereau. Attaque comme un fou, tire .\mener sans précaution: il de même, mord sur tout ce qui n'est même pas besoin de ferrer ; Hotte ou sautille à la surface de le poisson prend son élan telle- l'eau. ment rapide qu'il s'enferre tou- jours de lui-même. Merlan. De fond ; touche très-légère- Ici, il faut avoir la main leste : ment; l'un des plus rusés parmi au premier tressaillement de la les poissons de mer. 1 gne, ferrer sec et court, puis amener sans précaution. Merlu. Se prend seul : encore un La pêche la plus amusante goulu, comme toutes les Morues. de l'entrée des ports , où ce poisson remplit le même office Morue. Rien à ajouter. ^x i- • , i , Cette ligne est munie de balnettes 15, en plus ou moins grand nombre; ces balnettes sont armées chacune de leur empile, portant un hameçon garni de son amorce. Pêche en traînant. — On choisit une maîtresse corde, d'une longueur moindre, d'environ 3 mètres, que la profondeur moyenne de l'endroit où l'on veut pêcher ; à l'extrémité de cette ligne, on amarre un fort plomb, ou un petit boulet de fer, ou un poids d'horloge, puis on garnit de 2 en 2 mètres la maîtresse corde avec des balnettes. Cette pêche se fait en bateau; quand on a mis la corde à l'eau, le poids de la balle lui fait prendre une position verticale tant que le bateau demeure au repos ; mais, quand il marche, la résistance de l'eau donne à la corde une position d'au- tant plus oblique que la marche est plus rapide. Cette position peut même, si le plomb est trop léger, devenir tellement oblique par une marche rapide, que la ligne se place horizontalement et flotte à la surface. Mais on se contente de donner peu de voile au vent, assez pour que la ligne quitte la position verticale. De cette manière, les empiles attachées aux balnettes s'éloignent de la maîtresse corde, s'écartent en éventail dans l'eau, et permettent aux poissons de saisir facilement les amorces, qui, soumises à cette traction énergique, acquièrent ainsi un mouvement vif et attrayant par son irrégularité. BALNETTES. 73 Le point le plus délicat consiste à bien calculer la lon^^ueur des balnettes et des empiles, afin que rien ne se môle et que le tout s'écarte dans l'eau sans confusion. On pêche ordinairement à trois lignes à la balle par chaque bateau; pour cela, il est nécessaire que les hommes s'entendent, afin de ne pas mêler leurs lignes. Fig. 46. — Pèche à la balle, en mer, à trois lignes traînantes. Les trois pécheurs se tiennent sur un môme côté de la chaloupe, qui est le côté sur le vent; le plus vers l'arrière jette sa ligne à la mer le premier aussi loin que pos- sible et dans le sillage du bateau ; le second pécheur, placé au milieu, jette sa balle devant lui moins loin et en ne filant pas une aussi grande longueur de corde; enfin, le pêcheur de l'avant laisse filer sa corde à pic et en donne encore moins long que celui du milieu. C'est lui qui porte le plomb le plus lourd, et le plus léger est celui du matelot de l'arrière, car il faut que dans l'eau les trois lignes s'étagent sans se mêler : celle de l'arrière sera plus près de la surface, celle de l'avant restera presque à pic, et l'autre entre les deux. Les pêcheurs sentent à la main les secousses des poisssons qui ont mordu; s'ils ne le sentent pas, ils relèvent au bout d'un temps convenu, en halant sur la bauffe, mais à petites brasses et en la levant auprès d'eux sur un appui quelconque. Quand ils sont arrivés aux balnettes, ils les relèvent avec précaution, détachent le poisson s'il y a lieu, remettent des amorces et filent la ligne à l'eau de nouveau. BALLE FENDUE. — (Voy. LlGNE A SOUTENIR.) BALLES PERCÉES. — [Voy. PLOMBÉES.] (Filcts.) BALNETTES. — On appelle Balnettes de petites baguettes faites en houx- frelon, auxquelles on donne O^jlO à0"',20 de longueur, et qui d'un bout sont atta- chées à la bauffe, et de l'autre servent de support à des empiles. Ces empiles doivent être faites en fil très-fort et tordu fin, ou mieux en soie filée ou en crin. Elles doivent avoir une longueur de 3 mètres environ, et porter un hameçon approprié à la grosseur du poisson que l'on espère prendre. Pour la pêche ordinaire du poisson de mer, sur les côtes, on emploie les hameçons n" 1 à 3. (Voy. Balle, Pêche) 74 BANMERE. BAMBÈLE. — Nom de la Carpe Gibclc ou d'une de ses variétés, dans les lacs des montagnes, près de la Suisse. Elle se prend de la même manière. — (Voy. Gibèle.) BAMBOU Bambuza). — (Voy. Canxks a pèche [Confection des\). Genre de la famille des Graminées, composé de plantes souvent très-grandes, originaires de l'Inde, de la Chine et des iles de la Sonde; remarquables par leur port qui participe de celui des joncs et de celui du palmier. Épillets lancéolés, comprimés, à 5 fleurs, renfermant chacune G étamines. Le type qui intéresse le pécheur à la ligne, est YArmida baml.os ou Bambou proprement dit, dont les jeunes tiges servent à faire les cannes à pèche. La tige du Bambou est droite, et présente, comme celle de tous les roseaux, des nœuds également espacés sur sa longueur. Elle est composée d'un bois flexible, à la fois solide et léger, recouvert d'une espèce de vernis naturel, siliceux, noir, brun-jaunàtre ou moucheté. Ses feuilles ressemblent à celles du roseau ordinaire, et ses panicules de fleurs sont peu colorés. Les vieilles tiges qui atteignent une grandeur considérable deviennent plus lourdes, par accumu- lation de matière ligneuse sur leur épaisseur, elles servent à faire des pieds de canne. On refend l'intervalle entre deux nœuds, aussi éloignés que possible, en bûchettes que l'on polit et que l'o.i monte l'une au bout de l'autre en les assujettissant par des ligatures de soie poissée et vernie. On obtient ainsi de très-bons scions droits, flexibles, élastiques, mais malheureusement un peu raides. Ils conviennent admirablement à la pêche de fond ou à la monture des grelots. • BANDE DE FILET. — (Voy. SpeNS.) BANDINGUE. — On nomme ainsi des cordelettes ou lignes que l'on attache à la corde qui tient les lièges et qui forme la tète d'un filet. Ces lignes deux fois plus longues que la hauteur du fdet, portent, à leur extrémité libre, soit une cà- bHère, soit un fagot de genêts, d'ajoncs ou de paille, que l'on enterre dans le sable. Ces cordelettes, quand un fdet est debout, remplacent les perches ou étais, et ser- vent à le maintenir dans une position perpendiculaire, en retenant la tête du fdet et en empêchant que la force du courant ne le couche sur le sable. BANNIÈRE. — On appelle ainsi la portion de ligne qui s'étend du bout de la canne à la surface de l'eau. La détermination de cette quantité, qui paraît arbi- traire, est au contraire fort importante et décèle la science du pêcheur à la ligne sédentaire. En effet, plus la bannière est petite, plus le mouvement de ferrer est prompt et sûr ; si la bannière est grande et le fd de la ligne lâche, il faut un temps très-appréciable pour relever assez la canne et pour tendre le fd de la ligne. Cet effet de tension subite sur des parties élastiques comme la canne et la ligne, produit un choc brusque sur l'hameçon, choc qui suffit à déchirer la gueule du poisson et le fait perdre pour le pêcheur. L'action de ferrer ne comporte qu'un très-petit mouvement du poignet de droite à gauche, et réciproquement; mouvement juste assez étendu pour enfoncer le dard dans les chairs et assurer une prise certaine. Le pêcheur habile doit donc sentir, en ferrant, une petite résistance, suffisante pour lui indiquer que, plus loin, l'hameçon déchirerait au lieu de piquer. Toute cette délicatesse de mouvements, si longue à expliquer et qui s'exécute en un clin d'œil, fait parfaitement comprendre que la longueur de la bannière doit être juste appropriée à l'endroit d'où se fait la pêche, mais que toujours et partout elle doit être le plus petite possible. Que la pêche ait lieu avec une flotte ou sans flotte, comme la pêche à soutenir, la ligne, sans être tendue, ne doit jamais être lâche ; elle doit présenter une tension moyenne suffisante pour que le pêcheur en soit bien maître, et non assez forte pour atténuer la sensibilité de la flotte ou du fil qui décèlera l'attaque du poisson. Dans un courant rapide, le maintien d'une bannière convenable est souvent W CJ) > U^ PQ 1=5 ŒD ^^ ^ > ^ pi o h3 Ph X 1=3 cri SU ^-1 1— 1 ai :^~ u f-, :i=> CD Dm CZD BAH. 75 (l'une grande difficulté, et rinipossibililé où l'on est d'y arriver fait manquer beau- coup de poissons, parce que, lronq)c par le courant et par le vent, le pécheur n'est jamais sur de l'attaque. C'est alors, pour lui, le cas de mon- ter une ligne à mouche ; pour ce genre de pèche, rivière et temps sont favorables ; i\ celte pèche-là aussi, le trop de ban- nière est encore un défaut. On -=;?-— peut donner comme base gé- ^"J- ^'- - «'"^'"^ '''' '*"-'"^- nérale, pour régler une bannière, que, la canne étant tenue presque horizontale, en faisant avec l'eau un angle de 100 à 120", la bannière doit être tout entière hors de l'eau et la ligne médiocrement tendue. BAR ou BARS COMMUN (Labrax lupus, Cuv.). — Acaiithopt. percoid. Long. max.=: I mètre. Syn. : Basse, angl. — //«/• Barsch, dan. — Yan, Dreinec, bret. — Bot/, à Arradon près de Vannes. — Spigola, ital. Ce poisson, qui ressemble à une grande Perche argentéeet allongée, est commun sur les cotes de France, surtout en Bretagne et dans la Méditerranée; il est très-estime comme nourriture. Il a le dos argenté bleu-ciel, le corp$ argenté vif; les deux nageoires dorsales rose tendre; les pectorales et les ventrales jaunâtres; une tache noire à la pointe des opercules. Le corps du Bar est plus comprimé et plus allongé que celui de la Perche: la plus grande hau- teur du corps se trouve un peu après les ventrales. Jlâchoire iaférieure plus longue que la supé- rieure : l'œil est au-dessus de la commissure des lèvres; l'intermaxiUaire porte une bande de dents en cardes fortes et aiguës, le vomer une bande en chevron, et chaque os du palais une bande éga- lement; la langue est rude au toucher à la pointe et sur les côtés. La joue est revêtue d'écailles. Le préopercule est grand, l'opercule triangulaire et couvert d'écailles. Ouïes très-grandes ; 7 rayons branchiaux, i^e dorsale gris pâle = 9 rayons épineux, 4« et 5« plus longs; 2'"e dorsale = 13 rayons. Caudale peu fourchue, grise, = 17 rayons. Lobe supérieur plus long. Pectorales blanches, = 10 rayons. Ventrales blanches, = 5 rayons et une épine forte ou bien externe. Ces nageoires sont attachées en arrière des pectorales, mais en avant de la première dorsale. La ligne latérale noire, se relève en dessous de la pe dorsale, et forme une ligne convexe vers le haut; elle va delà au milieu delà queue; elle est formée de points allongés, relevés, et contigus sur chaque écaille. Les écailles sont pentagones, marquées chacune d'un point argenté formant des raies longitudinales brillantes ; sur le dos, petits traits noirâtres. L'iris de l'œil est blanc d'argent. Ouverture des narines, double. L'intestin forme deux replis ; vessie natatoire simple, grande, s'étend du foie à l'anus, avec membrane blanc mat épaisse, mais facile à crever. 2G vertèbres; 12 paires de côtes. Très-vorace; on le nomme souvent Loup Je mer^ mais il ne faut pas le confondre avec un squale auquel on donne le même nom. Comme forme générale ce poisson rappelle un peu un Saumon râblé. Les Bars nagent souvent à la surface de la mer et aiment l'embouchure des cours d'eau douce où même quelques-uns re- montent. (Voy. TtMPS DE FRAI.) Quelques personnes prétendent que le Bar n'est pas le même poisson que le haut Bar, parce que celui-ci a les écailles violettes. Nous pensons que ces dilTérentes colorations tiennent simple- ment aux fonds ou aux eaux qui servent d'habitation à ces animaux, de même que l'on voit des Carpes plus dorées, plus blanches ou plus brunes suivant le lieu où elles vivent. Le nom de haut Bar dérive, d'ailleurs, des langues du nord: Hnv, mer, Bar, Perche: c'est la Perche de mer. Peu de poissons dillerent plus que celui-ci comme valeur de chair, si nous laissons de côté sa coloration. Celui qu'on prend dans la baie de Douarnenez durant la pêche de la Sardine, n'est pas estimé, et dans certaines années il est si huileux, qu'on n'en saurait manger. Ce défaut de qualité provient nécessairement de la nourriture qu'il a prise, en ne donnant la chasse qu'aux sardines. Il est bien meilleur à Port-Louis. Lorsqu'il y a beaucoup de Sardines sur un fond, le Bar ne fait pas un grand tort à la pèche, au contraire, il dispose le poisson à ne pas rester sur la même place. Si, d'une part, il éveille ses 76 15 A H . craintes, de Taulre, il le force à se livrer à plus de inouveineiit. Sous d'autres rapports, le Brochet n'en use pas difleremment avec la Carje. Mais, dans les années où la pèche de la Sardine est mé- diocre, la présence du Bar est nuisible. Le peu d'abondance des Sardines l'explique suffisamment. Le Bar se prend en plus grande quantité durant la pèche de ces Chipes que pendant toute autre saison Les plus grands ont 1 mètre de longueur, mais ils sont assez rares de celte taille. Lorsqu'ils se trouvent sur un fond où l'on fait la pèche, ce qui malheureusement se voit chaque jour, ces poissons ne s'approchent jamais des filets; ils s'en tiennent, au contraire, éloignés, comme s'ils craignaient d'y trouver la mort. Mais, à mesure qu'il s'en détache une Sardine quand on tire le filet à bord, ils s'en emparent. Heureux le pécheur qui ne leur paye que ce faible tribut, car il est reconnu que leur présence fait fuir les Sardines, qui ne la redoutent pas moins que celle des Lieux ou des Morues! On prend le plus souvent les Bars à la ligne par trois ou quatre brasses de profondeur. Us oppo- sent souvent une assez forte résistance, et il est besoin de les fatiguer avant que de les amener à la surface de l'eau. BAR COMMUN. — Le Bar est un poisson de mer, de surface, qui hante l'embouchure des rivières, surtout dans sa jeunesse. 11 se rassemble souvent en troupes dans les anses, aux mois d'août, de septembre et d'octobre, et se mêle vo- lontiers aux Mulets. On le prend à l'hameçon en ne laissant pas gâter l'appât, que l'on fait soit de lanières de chair de Sèche, soit de vers de terre ou de mer, soit de poltrons ou crabes mous, soit de chair de Pilono ou de Sardine fraîche et salée. Il faut em- ployer des hameçons n" 000. Sa chair est ferme, blanche, sans arêtes, plus délicate que celle du Mulet, mais varie beaucoup, suivant le fond où ce poisson est pris. Se pêche à la Belée. (Voy. ce mot.) Quoique le Bar ne soit pas un poisson de passage proprement dit, on le prend plus facilement d'août à fin octobre, quand il s'approche des côtes et qu'il choisit le voisinage des eaux douces. A Cherbourg on le trouve près du rivage, rarement à quelque distance ; il préfère le voisinage des côtes et surtout les rochers, devant lesquels il rôde continuellement, passant et repassant à diverses reprises. Dans la rade de Brest, on le prend au pied môme des rochers ; il en est de même dans la rivière de Tréguier, dans la baie de Concarneau. Commun aux Glé- nans, il a donné son nom breton, Dninec, à l'un de ces ccueils. A l'Ile-Dieu, il n'est pas rare non plus, et on le pêche à la ligne flottante. La pêche du Bar est une des plus agréables de l'automne, au bord de la mer. Elle se fait des rochers du rivage ou des jetées des petits ports. Si l'on peut se procurer des Sardines fraîches, la réussite en est à peu près assurée, à moins que le vent ou le mauvais temps n'ait éloigné les Bars de la côte. Vorace, rôdeur, le Bar mord fi'anchement. Comme il a la gueule grande et qu'il est d'une taille respec- table, ordinairement O^^oO, pesant 3 à 5 kilogrammnes, il faut employer une forte ligne de soie bien dévrillée, ou de fil plusieurs fois redoublé et cordonné en- semble. Cette ligne est terminée par une avancée en racine de premier choix, double et tordue. On la remplace souvent, dans les ports de mer, par du crin filé en vingt brins, lequel vaut mieux que la racine, parce qu'il ne brille pas dans l'eau. Il est bon de garnir l'extréiuité de l'avancée d'une empile de corde fiée, ou, si l'on en manque, de monter l'hameçon sur un fil de laiton mince et bien recuit, car le Bar a la gueule si solidement armée que je lui ai vu maintes fois couper, d'un seul coup, la ligne en vingt brins dont nous parlions tout à l'heiuT. Les pêcheurs de la côte en manquent beaucoup par ce motif, et en même temps parce qu'ils persistent à em- ployer des hameçons d'une grosseur ridicule. Il en réstdte que ce crochet n'est pas en en. PU > ""*^>  Ï=D CD uo CJ) ^;:: "3 r=) > < cllll UA CQ 3 O^ ^ < S PQ /- / ' s HA R]} EAU. 77 avalé par le poisson, quoique sa gueule soit fort grande, comme nous l'avons dit; la pointe du crochet s'implante dans les dents et elle ne tient pas, ou elle passe dans les lèvres et les déchire pendant les efforts du poisson et ceux du pécheur qui haie sur sa ligne sans beaucoup de précaution. En employant, au lieu de cela, des Limericks à palettes n° 3, bien cachés dans 1/3 ou 1/2 sardine, le Bar avale tout, et l'hameçon, au lieu de faire eftbrt sur sa pointe, ce Cfui la brise ou l'ouvre, s'engage en entier dans les téguments charnus du gosier ou de l'estomac, et tient de toute la force de son crochet. Au moyen de ce système, nous n'avons presque jamais perdu un seul de ces magnifiques poissons. On a soin de placer sur la ligne, au-dessus de l'empile, un plomb suffisant pour tenir la ligne vers le fond où le mouvement de l'eau la roule sur les herbes ou le sable, selon l'endroit. Quoique poisson de surface, le Bar a l'œil à tout; il voit de fort loin et généralement ne mord qu'au fond, surtout quand il s'agit de fortes pièces. Il ne faut pas quitter la place quand on a pris un de ces poissons, mais persister ; la troupe n'est pas loin, et il y a beaucoup à parier qu'elle reviendra. Comme cette pêche se fait au milieu des rochers, on est souvent exposé à y briser les hameçons ; c'est pourquoi il faut être monté soigneusement, car il vaut mieux casser son hameçon accroché, que d'abandonner là une partie de sa ligne. Pour lancer celle-ci à l'eau, on la dévide en rond devant soi, on attache une extrémité à son bras, puis, saisissant le fil à 60 centimètres au-dessus de l'hame- çon, on fait tourner cette extrémité comme une fronde, mais d'arrière en avant. Au moment voulu, alors que le plomb a donné assez de volant et que l'hameçon revient de derrière, on lâche le tout, et le plomb entraîne la ligne en décrivant une parabole qui porte fort loin. Il ne reste plus qu'à assurer la position de l'appât au fond de l'eau, ce qui se fait en retirant un peu et à petits coups, à passer le fil au- tour de son doigt, sous le pouce, et à attendre l'attaque du poisson, qui est franche et se distingue très-aisément. Au coup tirant, ferrez court et sec ; le fil élastique ne rendra que trop. Ferrez d'ailleurs du poignet et jamais du bras, ou vous briserez la gueule du poisson, et ce sera autant de perdu. Le Bar est tellement vorace que, manqué une fois, il revient se f;iire prendre au bout d'une demi-heure, rapportant au pécheur le premier ha- meçon engagé dans sa gueule, avec le bout de ligne pendant après. Cependant il ne faut pas s'y fier. Se défend bien, ménager et noyer avec soin. Comme il pèse beaucoup, l'épui- selte est presque de rigueur. BARBARIN. — Nom populaire du Barbeau commun, quand il est petit. (Voy. Bahoeau commun.) BARBATULA (Cobitis\ - (Voy. Loche franche.) " BARBEAU [Genre] (Barbus, Cuv.). — Malacopt. abd. Cyprin. Ce petit groupe est l'un di s plus naturels de toute la famille des Cypriiioides. Leur corps allonge, leur bouclie en dessous, les quatre barbillons qu'ils portent à la mâ;:hoire supérieure, et le premier rayon osseux de leur dorsale les distingueraient suffisamment, quand même leurs mœurs ne seraient pas remarquables. Les jeunes Barbeaux se mêlent souvent aux Goujons ; mais, si leur couleur ne les faisait pas distinguer, la position de leurs barbillons et leur nombre suffirait pour les séparer. En effet, le Gou- jon a deux barbillons à la mâchoire inférieure, le Darbeau quatre à la supérieure. Deux espèces en France. BARBEAU COMMUN (Cyprinus barbus, Lin.). — Malacopt. abd. Cyprin. Long. max. = 1 niL'tre. 78 BARBEAU. Syn. : Barbe/, aiit;l. — Barb, allem. — Barm, holl. — Barba, ital.-esp. Corps allongé fusiforme; dos verdàtrc, côtes et ventre blancs ou Llancliàtres ; anales, ventrales et pectorales un peu jaunes, quehiuefois orangées; dorsale et caudale verdàtres mêlées de rouge, fjuelquofois bordées de noir. -4 barbillons au bout de la mâchoire supérieure, dont 2 à la naissance des lèvres. La dorsale a 10 rayons. Le 3"° de cette nageoire est dentelé des deux côtés. L'anale courte et forte présente 8 rayons dont 3 plus forts. Les pectorales en ont ((î, la dorsale 12, dont -5 plus grands; la caudale 19. La tête est allongée. Ce poisson se tient dans les eaux pures, vives et limpides ; au fond, sur les cailloux et dans les courants les plus rapides. L'Italie a quelques espèces voisines, dont l'épine est plus faible, et qui, néanmoins, diCfèrent des Goujons par leurs quatre barbillons. Le Barbeau se nourrit de vers, de poissons, d'insectes, de mollusques et de toute matière ani- male charriée au fond des eaux. Sournois et rampant, il se glisse partout. On le rencontre dans presque tous les cours d'eau en plus ou moins grande quantité, mais il est rare qu'il y fasse abso- lument défaut. Défiant et peureux, il aime les eaux pures pour voir loin autour de lui. Quand les rivières sont chargées de terre, que les crues ont troublé l'eau, il oublie sa timidité, la gourmandise l'emporte, et II vient sur les bords, sur les berges nouvellement couvertes, chercher sa nourriture alors plus abondante. On le prend facilement dans ce moment avec le ver rouge, surtout si l'eau a recouvert une pelouse d'herbe rase, foulée, ainsi qu'on en rencontre sur les talus sableux des grands fleuves comme la Loire et la Seine. Le Barbeau y vient en abondance ; fouillant avec son museau, il soulève les petites touffes entre lesquelles il espère trouver des vers. Il s'aventure quelquefois si près du bord que sa dorsale est hors de l'eau. Le Barbeau aspire l'eau et la rejette avec force ; il a les yeux saillants et peu développés, la prunelle est noire, l'iris nacré avec des reflets d'or. La mâchoire inférieure étant plus longue que la supérieure, son museau est cartilagineux et charnu . Les lèvres de ce poisson sont grosses, et surtout celle de la mâchoire supérieure qui est rouge, épaisse et conformée pour que l'animal puisse l'étendre et la retirer facilement. L'ouverture de la gueule est elliptique. Les dents pharyngiennes (Voy. ce mot) du Barbeau sont fortes et crochues ; elles se montrent sur trois rangs, cinq à I inté- rieur et au milieu, une en bas et en dedans. — Mais les deux côtés sont très-souvent inégaux : le second peut n'avoir quelquefois que quatre dents, irrégulièrement espacées sur une seule rangée. Ce poisson, dont la croissance est rapide, est Carnivore, et partout gros et bien vivant. La chair du Barbeau est blanche, ferme et délicate; la laite est grosse, plus rouge que blanche, et très-bonne à manger. Les œufs sont vénéneux, ou du moins purgatifs, et peuvent produire un empoisonnement qui n'est pas sans rapport avec celui de la belladone. BARBEAU COMMUN. — On ne peut pas dire qu'il y ait une poche particu- lière pour ce poisson. Le moment oîi il est le meilleur est depuis le mois de sep- tembre jusqu'en mai : alors il a peu de laite et d'oeufs. Comme il est très-vorace, il mord bien à l'hameçon et se prend en même temps que les autres poissons de fond, mais de préférence dans une eau courante, lim- pide et profonde. Il ne se cantonne pas et rôde sans cesse dans tous les endroits d'une rivière, dans les grands fonds d'eau qu'il affectionne, mais qu'il quitte sou- vent pour parcourir les bancs de sable où son dos est à découvert. Pendant l'été, il fréquente les parties herbeuses des bancs de sable ; mais comme, avec l'automne, les herbes tombent et disparaissent, il se retire dans l'eau profonde et élit domicile auprès des pilotis, des écluses et des ponts, où il reste jusqu'au printemps suivant. Sa nourriture habituelle se compose de limaces, de vers et de petits poissons. Pendant qu'il tourne et retourne la couche de sable du fond, dans l'espérance d'y trouver sa nourriture, on voit les petits poissons attentifs à becqueter les menus ani- malcules de la terre remuée. Il arrive qu'en péchant à rouler {Trol Un y) ou h suiwe {Spinniîig), la Truite avec des esches vives d'Ablettes, Goujons ou Vérons, on a souvent pris des Barbeaux. Pendant l'hiver, le froid semble mettre les Barbillons dans un état de torpeur BAinWEfS. 79 qui permet de les prendre à la main. A eelle époque, ils ne mordent plus àThameçon et forment des bandes quelquefois agglomérées sous le bord de quelque ])ateau coulé ;\ fond; là ils demeurent couchés les uns à côté des autres en tel nondjre qu'on les prend souvent en laissant descendre un gros hameeon parmi eux, et le tirant à soi brusquement; on en ac- croche tout simplement par le milieu du corps. On choisit pour cela une bricole, ou un grapin, que l'on fait avec 2 ou 3 hameçons, n" 00 [fg. 48 et 49). Le Barbillon est du nombre des Cyprins qui ont la propriété d'émettre un son guttural sous l'eau, mais on ignore le mécanisme qui leur permet cette faculté, l'endant ce son , aucune bulle d'air ne s'échappe de la bouche du poisson. (Voy. Yoix.) Quoique omnivore, le Barbillon aime les aliments à goût fort : le fromage de Gruyère, très-fort et passé, lui est agréable, il le re- cherche. En été, c'est le meilleur appât pour les lignes de fond. On peut également se servir d'une espèce de larve de mouche, à la- quelle un appendice caudal développé a fait donner le nom po- ^'S'-^o-- C'api"- pulaire de ver ù queue, et qui se trouve dans les lieux de déjections les plus infectes. Sans demander aux pêcheurs le tour de force de les aller chercher là, on peut s'en procurer d'un peu moins dégoûtants dans les étables à vaches, où on les récolte dans les conduits. L'asticot peut les remplacer. Le ver rouge est bon, mais à l'automne et au printemps, pendant les crues. La véritable poche du Barbillon, c'est la pêche dans les pelotes, et plus géné- ralement toute pêche de fond, la ligne à soutenir, les jeux, les lignes de nuit; car ce poisson mord peu en jour, et très-vivement le soir et le matin, au crépuscule. On peut également escher à la rate de bœuf, ou à la viande cuite quel- conque. BARBEAU MÉRIDIONAL (Barbus meridionalis, Risso). — Malacop. abd. Cyprin. Long. niax. = 0'",50. Originaire des rivières du midi de la France, ce poisson se distingue tout d'abord du Barbeau commun, parce que sa dorsale est dépourvue de gros rayon denté. Couleur grise, ventre argenté, dos bleu d'acier, yeux petits, iris doré. D=5 simples, 9 branchus, tachée de brun, plus large que chez le B. commun, tandis que l'anale est plus petite. Opercule un peu pointu en arrière. Se prend dans les rivières du Languedoc et de la Provence, le Lez, l'Hérault, la Sorgue. On le trouve aussi dans toutes les eaux des Alpes-Maritimes, il présente les mêmes habitudes que le B commun ; on le pêche de la même manière. BARBERIN. — Nom vulgaire du Surmulet à Bordeaux et à Bayonne. (Voy. Surmulet.) BARBETTE. — Nom populaire de la Loche franche dans certains endroits. (Voy. Loche francoe.) BARBIER COMMUN [Serranus anthias. Val.]. {Hid. Naf.) - Acanthopt. percoïd. Long. max. = 0°,25. Syn. : Sarpananto, ital. Le Barbier de la Méditerranée est l'un des plus beaux poissons de cette mer si fertile en espèces remarquables. Corps rouge rubis avec reflets d'or et d'argent, elles joues couvertes de bandes jaunes. Les ventrales se prolongent beaucoup et se terminent par des filets singuliers dont l'inférieur est le plus long. Troisième rayon de la dorsale s'élevant du double des autres, en panache. Les deux mâchoires et le bout du museau sont, chez ce poisson, garnis d'écaillés petites, mais sensibles. Caudale très- fourchue et terminée en filets gracieux. La ligne latérale, plus convexe que le dos, se redresse vers 80 BARBUE. la région caudale, et se marque par un tube simple, assez gros, sur cliaque écaille. Les nageoires sont nuancées de rouge, de jaune, etc. ; la couleur de ce poisson est inimitable. D = I0+I5. P = n. V= 1+5. A = 3+7. C=17. Ce poisson magnifique habite les lieux rocailleux et il se lient dans les grands fonds. BARBILLONS — On comprend sous ce nom des filaments plus ou moins nombreux, qu'on remarque autour de la Ijouclie de certains poissons, et qu'on a regardés comme des organes de tact. Le Darbeau, les Carpes, les Loches, les Morues, les MuUes, et un grand nombre d'autres pois- sons en sont pourvus, mais on est encore sans certitude sur le rôle réel de ces organes. Cependant, on remarque qu'ils accompagnent presque toujours la bouche des poissons fouisseurs et habitant le fond des eaux, ce qui corrobore la supposition que ces organes les dirigent dans leurs fouilles, en développant leur sensibilité tactile pour des choses que leur vue ne pourrait découvrir. Un de ces exemples les plus curieux de l'emploi des Barbillons, est celui du Mulle ou Rouget; d'autant plus que ces organes étant beaucoup plus longs, proportioimellement, que dans les autres poissons, leur fonction devient bien plus apparente. Placés sous le menton, ces organes, blancs et lé" gèrement effilés, sont parfaitement libres au gré de l'animal. Non-seulement il peut les coucher en arrière, dans une petite gouttière creusée entre les maxillaires inférieurs, et où ces tentacules sont à l'abri, mais il peut les diriger simultanément en avant, ou l'un à droite et l'autre à gauche, l'un en avant et l'autre en arrière. L'utilité de la gouttière sous la gorge est évidente, si l'on réfléchit à la sensibilité exquise que doivent avoir ces organes; aussi, tandis qu'il nage, le Mulle les tient-il ordinairement reployés; ce n'est qu'alors qu'il repose sur le fond et qu'il y avance par une sorte de petit mouvement repta- toire des nageoires inférieures, qu'il déploie ses Barbillons et commence à s'en servir. Leurs mou- vements sont tout à fait semblables à ceux des antennes des insectes : c'est bien réellement en pal- pant, par une vibration légère, le contour des objets que le poisson en acquiert la connaissance. Quel but ont ces organes complémentaires, chez une espèce de poissons, plutôt que chez une autre ? La vue, chez le Rouget, serait-elle conformée différemment que chez les autres poissons ? Rien ne semble le faire prévoir. On comprendrait la présence de Barbillons sensibles pour accom- pagner la bouche de poissons dont les lèvres ou le museau seraient revêtus d'armures solides ou d'écaillés insensibles et mauvais conducteurs du tact; mais, chez le Rouget, au moins, cette néces- sité ne se faisait point sentir ! Il a les lèvres nues et charnues, la bouche grande et épaisse, pourquoi lui donner un organe qui semble une superfétation ? Toutes ces questions, et bien d'autres., qui se pressent à l'esprit, restent encore à présent sans réponse. Avouons-le, nous ne savons rien ni sur le but, ni sur l'utilité des Barbillons en général. Quelques-uns, chez d'autres espèces, par exemple, chez la Carpe, semblent dénués de mouvement et de sensibilité. A quoi peuvent-ils servir alors ? Ces appendices, par leur forme, leur nombre et leur lieu d'insertion, présentent d'excellents caractères distinctifs des genres, familles et espèces naturelles. BARBOTEAU. — Nom du Jeses. (Voy. Dobule.) BARBOTE. — 1" Nom vulgaire de la Lotte commune; 2° nom de la Loche de rivière ou d'étang, parce qu'elles se plaisent souvent à barboter dans l'eau trouble. (Yoy. Lotte et LocnE.) BARBUDE. — Nom de la Barbue à la Teste de Bucb. — (Voy. Barbue.) BARBUE (Pleuronectes rhumbus. Val.). — Malacopt. subrach. Pleuronectes. Long. max. = 0m,50. Syn. : Brill, Peapl, Moule dab, angl. — Glallbult, WmckelbuUy Viereck, allem. — Slaefwar, dan. — Piyg/iuai's, suéd. — Sand-flynder, norw. — Grief, holland. — Rhombo, Scaflo, ital. — Peil, gallois. — Varviœn, breton de Morlaix. — Gn'ef, flam. — Botinet-flenk^ écoss. La Barbue diffère peu du Turbot, mais son corps est plus ovale et n'a pas de tubercules. Ses yeux, pla.és conune ceux du Turbot, sont un peu plus petits ; sa peau, dont la couleur grise est un peu moins foncée, est marquée d'une multitude de petits points blancs brillants et mouchetée de marron. Quelques individus, à Brest, ne présentent aucune tache, mais une robe uniformément brune, traversée d'une grande marbrure plus claire en travers. Les écailles sont petites, mais noires; la ligne latérale très-peu visible et faisant un cercle au- dessus de la pectorale. Toutes les nageoires sont brun clair, piquetées de petites taches brun foncé, plus ou moins marquées, mais \.o\i\.ç.s petites . Le nombre des i;Ayons est : D = 7U. P = 10 à 12. V = 6. A = 59. C=10. Le squelette présente 35 vertèbres. o àhÊ W :r ■UJ a. UJ Q QJ O Q > O > < --L\ Q w 00 =! ^ CQ ^ pc; C/3 OJ 88 BLK. vitalilc singulière ; ils sauleul encore dans les paniers i)lusieurs heures après qu'on les a portés au marche. Franc- Blaquet, Célan, Célan-Gardon : tous ces noms désignent un petit poisson qui succède au Faux-Blaquet et est plus mince que lui : 5 largeurs dans la lon- gueur ; à chair plus sèche ; hords des lèvres bruns, mâchoire inférieure plus longue encore que celle du Faux-Bla(]uet. C'est le Pilc/i(ird{Clitpeti Pilc/iardus, Val.); il a toutes les habitudes du Haieng, auquel il ressemble beaucoup, mais il est moins gros. Il a les écailles plus grandes proportionnellement et deux rayons de plus à l'anale. Dents presque invisibles. Dorsales plus près de la tète que le Hareng. Excellent pour amorcer les hameçons pour la pêche aux lignes dormantes et autres. Les B/aquets, Blanches on Blanquettes, que Ton prend en grande quantité dans les ports, et surtout dans celui de Dieppe, au premier printemps, comprennent sans aucun doute un plus grand nombre d'espèces que celles que nous avons énu- mérées ci-dessus. Il est probable que le frai du Hareng, de l'Alose, de la Feinte, y est en grande quantité. On peut nommer ces petits poissons les Ablettes de la mer. Comme celles d'eau douce, leurs écailles sont brillantes et argentées, peu adhé- rentes à la peau ; le Mulet les poursuit pour s'en nourrir et les faire fuir comme le Brochet l'Ablette d'eau douce. Les Blanques se pochent au fond des ports, au printemps et en été, au moyen des Carrelets. On les frit ou on les saumure, suivant le goût. On les prend en grandes quantités et l'on s'en sert volontiers pour amorcer les hameçons. BLÉ. — (Voy. Graines, Cuisson de graines.) En juillet, en août, le soleil a mûri les graines, les moissons se récoltent; le vent entraîne les premières, les hommes rentrent les secondes , et les charrettes chargées de gerbes suivent le chemin qui passe sur la chaussée de l'étang ou le long des berges de la rivière ; les grains se détachant sans cesse, le vent les pousse dans l'eau ; ils se gonflent, gagnent le fond de l'eau ; le poisson s'en nourrit, les connaît, les recherche. C'est donc un exemple naturel que le pécheur s'empressera d'imiter. Un orage éclate, des torrents d'eau forment, dans les champs, des myriades de rigoles qui roulent des grains mêlés aux détritus de toutes sortes : cet amas mar- che, s'avance et va s'engloutir à son tour dans les eaux pour nourrir les poissons. Toutes ces circonstances observées ont donné lieu à la pêche au blé, une des plus productives et des plus intéressantes pour prendre les poissons non carnivores de la grande famille des Cyprins. La Carpe, la Tanche, le Gardon, la Vandoise, le Barbillon môme, sont avides de cet appât. Avant de se servir du Blé, il faut le ramollir ; pour cela, on le fait cuire. On choisit quelques poignées de froment, le plus gros est le meilleur. On prend ordi- nairement le Blé, auquel on donne le nom de Blé poalard, dont les grains sont très-gros et arrondis. On le fait bouillir à grande eau, jusqu'à ce que les grains soient très-ramollis et crevés seulement d'un côté. Parmi eux, un certain nombre ne crèvent pas, et sont cependant devenus mous ; ce sont ceux-là que l'on choisit pour mettre à l'hameçon. Il est bon d'ajouter une poignée de sel à l'eau dans laquelle doivent bouillir les grains ; ce sel retarde la fermentation très-prompte à s'établir dans ce blé mouillé, pendant les grandes chaleurs. A ce sujet, une divergence s'établit entre les pêcheurs; les uns ne voient aucun inconvénient à offrir aux poissons des grains fermentes et aigres ; ([uant à nous, il in.K. 89 nous a toujours semblé que les jjoissons de fond pour lesquels cet appât est préparé le refusaient, ou du moins y mordaient beaueoup moins volontiers. Dans ce cas, en ellel, en se reportant à ce que la nature seule montre, on s'aperçoit que l'accès de l'air seul fait aigrir, puis moisir le Blé cuit que l'on conserve; s'il restait dans une eau courante, il se ramollirait et ne se moisirait pas. L'on doit croire, peut-être, qu'il pourrirait, mais au bout d'un temps très-long. Le poisson n'a donc pas l'habitude de trouver des grains moisis au fond de l'eau ; quand vous lui en offrez, l'odeur le fait fuir ; il ne les connaît pas. Nous con- cluons donc, sans hésitation, qu'il ne faut se servir que de Blé non fermenté; le sel que l'on ajoute ne fait que retarder celle fermentation, il est donc utile. Pour cette pèche, il faut, autant que possible, choisir un grand fond d'eau ; au moins 2 à 3 mètres, car c'est dans ce grand fond que se tiennent les plus gros poissons. On ne doit faire cette pêche que dans un endroit à courant moyen et près des joncs et des roseaux, en s'assurant d'abord que le fond est aussi propre que possible; car le grain de Blé, ne présentant pas un volume considérable, si on le jette dans des herbes, il se cachera dessous ou parmi elles, et ne sera rencontré que par hasard par le poisson, et souvent au bout d'un temps fort long. Il faut excepter de cette règle la pèche que l'on fait près des laveurs de laine, dont nous parlerons ci-après. On réussit encore dans les endroits dont le fond est formé de petits cailloux, pourvu qu'il y ait une profondeur suffisante ; là se tiennent en troupe les Gardons, et souvent on en rencontre d'une taille fort respectable. Arrivé à la place choisie, on jettera un peu de Blé au-dessus du coup ; plus ou moins haut, suivant la rapidité du courant. Quelques petites poignées suffiront, en faisant en sorte que, sous l'action de leur pesanteur, les grains gagnent le fond juste à l'endroit où devra se trouver l'hameçon, c'est-à-dire au milieu du coup. Dans un étang, on jette le grain dans le coup môme; l'absence de mouvement dans l'eau le laisse descendre où l'on doit pécher. Piquons alors un grain de Blé sur un hameçon Limerick courbe n° 14 ou la, mis à l'avancée ; on s'arrange de façon que toute la courbe de l'hameçon soit cachée dans le grain et que la pointe sorte seule, mais d'une façon très-apparente. Cette précaution est indispensable ; car, si le dard est à l'intérieur, il faut, sous la pression du poisson avalant l'esche, qu'il traverse cette enveloppe un peu dure; il en résulte un temps d'arrêt bien court mais suffisant pour que le poisson, averti par un obstacle inaccoutumé, rejette le grain sans s'être piqué et s'éloigne. La facilité avec laquelle ces animaux recrachent ce qui leur est suspect est prodi- gieuse. Souvent trompés au fond des eaux par une foule de substances qu'ils atta- quent et qu'ils croient bonnes, ils apprennent à les recracher en les lançant avec une rapidité et une habileté dont on ne peut se faire idée quand on n'a pas été témoin de leur manège. En se servant d'un très-petit hameçon, on a presque toujours la chance que le poisson avale entièrement le grain de Blé, et alors on accroche l'animal non plus par les téguments de la bouche ou par les lèvres, mais par les muscles du gosier, ce qui offre une sécurité beaucoup plus grande pour qu'il ne puisse s'échap,per, car l'hameçon est entré dans les parties molles jusqu'au coude et ne peut que se briser, — c'est l'exception, — ou même, ne fùt-il pas bon, il pourra difficilement s'ouvrir, ce qui arrive souvent quand l'eflbrt a lieu siu- la pointe même. Dans les rivières et fleuves rapides, on fait, avec le Blé cuit, d'excellentes pêches 90 ULK. l-Uj. l-'lottes légères, P, S, T, ou en iiliiiii auprès dos pouls. Mais là, il u'cst plus (|ut'sliou dauiorcer uu coup préalable. Si l'on peul se placer auprès des laveurs de laines, ou prendra, entre deux eaux, des quaulilés énormes de Dards ou ^'andoises et petits Chevesnes ; au fond on rappor- tera (iuei(pies JJarbeaux, et uiêuie d'assez jjfros, alléchés par les graines (jui se trou- vent dans les toisons. Ces poissons mordent au Blé avec une inimaginable ardeur. Dans les rivières, on trouve i)our celte pêche de très-bonnes places au-dessous des moulins; pendant que la roue tourne, on place sa ligne dans le remou causé par les gros bouillons de l'eau, à l'endroit où il s'amortissent. Il faut très-peu de plomb afin que le grain, soulevé par l'eau, ait l'air libre au milieu d'elle et obéisse à son seul mouvement. La flotte sera formée d'une simple plume [{(//(/. 59) ayant juste la force de se maintenir sur l'eau, ce à quoi le pécheur aide, en ten- dant doucement la bannière de tem} s en temps. (Voy. Flotte.) On pèche encore fort bien en lan- çant sa ligne dans les rivières tranquilles et profondes, de manière à faire tomber le grain de blé entre les touffes d'herbes qui en encombrent le lit. On donne 0'",'d) à 0"',60 de fond seulement, afin que le grain de blé reste entre deux eaux, et l'on ramène souvent des Gardons, les- quels aiment à se promener dans ces petits délilés ainsi tracés parmi les herbiers. Quelle que soit la manière que l'on préfère pour pécher au Blé, une recomman- dation doit dominer, c'est d'avoir l'œil vigilant et la main leste, car on s'attaque surtout aux Gardons, l'un des poissons dont la rapidité est proverbiale, qui mord et lâche l'esche en un temps presque inappréciable, et a un toucher si léger qu'à peine fait-il pencher la petite plume qui doit être le seul guide du pécheur. La Yandoise, elle aussi, ne fait qu'effleurer l'appât du bout des lèvres ; ferrez rapide comme l'éclair, ou elle est déjà loin. Le Gardon, quand il mord, s'y prend quelquelois par deux ou trois attaques très-faibles; il faut saisir la bonne, c'est l'affaire d'un clin d'œil, sans quoi il n'est plus là. Le bon pêcheur au Blé peul entreprendre toute espèce de pèche ; il la fera bien, car il lui a fallu acquérir sûreté de l'œil, vitesse de la main, et accord entre les deux. Ferrer promplemenl ne veut pas dire ferrer brusquement, car l'hameçon pro- pre à cette pèche est très-petit ; les poissons ne sont pas doués d'une gueule solide comme celle de la Carpe, de la Tanche et du Barbeau ; avec ces trois-là, on peut ferrer à peu près sans rien craindre, mais il faut du sang-froid pour les fatiguer et les avoir. Quelques auteurs prétendent que l'emploi des graines est de toute saison ; nous croyons, par expérience, que c'est une erreur, et que l'emploi des graines, — car on accompagne le blé, de fèves, de chènevis, de pois, etc., etc., — doit être limité aux mois de juin, juillet, août, septembre au plus, s'il fait encore très-chaud, en uu mot, aq moment où le soleil a beaucoup de force. Ou recommande également de se servir d'un hameçon u" 8 et de le couvrir de 3 à G grains de blé enfilés à la suite l'un de l'autre. Nous croyons qu'il est beaucoup plus simple, si l'on veut se servir d'un gros hameçon, de recourir aux fèves, et alors de prentli'e uu n" 2, et on attaquera les Carpes. Or, l'emploi des'gros liLl/UX. 91 lianicçons n'est point nccess;iire pour réussir, car nous avons pris de fort Ix'llcs Carpes et des Brèmes respectables sur un simple et unicpie grain de blé, en même temps que de magnilitjues Gardons : nous conseillons donc un très-petit hame(;on. INjur celte pèche, comme pour toutes les autres, un hdmeQon n est ja7nais trop petit. BLENNIE ALPESTRE (Blennius alpestris, Wan.). — Acantliopt. gobioides. Long, max. = G"',OG. Diminutif de la Blennie Cagnelte, même genre de coloration. Les dents supérieures, au nombre de 10 seulement, et 14 en bas, comme incisives. D = 2G à 27. P = 12. A = 17 à 18. Le même système de dentition doit faire présumer également des mœurs carnassiùres, mais on manque de renseignements à cet égard Propre au lac du Dourget (Savoie). Il est Lien ( lobable que celte Ijlcnnie est la même que celle décrite par Gjorna, en Piémont^ dans le Journal d l'Académie dcf Sciences de Turin, vers 1815, sous le nom de (irassoiron. BLENNIE CAGNETTE (Blennius Cagnotus, Val.j. — Acantliopt. gobioides. Long, max. = (i'",iO. Poisson de forme bizarre ; corps arrondi sur les flancs et vers la queue ; couleur fauve, à bandes transversales brunes irrégulières et variant de forme et de grandeur, suivant les individus; plus nie caj,'iiettr iJtcniiius cagiiolus, Val. saillantes connue dessin, chez les jeunes. Tète, poitrine et nageoires pectorales couvertes de points gros et noirâtres. Tète massive, busquée ;. lèvres marquées, charnues; mâchoire supérieure avan- çant un peu. OEil près du front, saillant, entouré de globules saillants qui laissent échapper la muco- sité abondante dont le corps de l'animal est enveloppé Crêtes saillantes au-dessus. D = 30, régnant dans toute la longueur du corps, à taches brunes brillantes. P = 14, ovales, poinlillées de noir à la base ; quelques taches brunes. V = 3, étroites, sous la gorge, rapprochées. A = 18 à 19. C= 10, mar- quée de taches en lignes verticales. Les dents de la Dlennie Cagnette rappellent celles d'un carnassier mammifère. Elles se compo- sent d'espèces d'incisives, 22 en haut, iG en bas, et de canines pointues et recourbées, qui indi- quent un animal Carnivore et vorace. C'est sous ce point de vue que nous la mettons ici ; elle doit mordre à l'hamec^on comme le fait le Cotte dont elle a les mœurs ; mais nous n'avons pas des données certaines à cet égard. On devra essayer avec de très-petits vairons ou des vers rouges bien frétillants. Ce poisson, propre au midi de la France, vit dans le Var, le Tarn, le canal du Midi, le Lez, etc. 11 se lient en petites troupes, au fond, parmi les cailloux et le gros sable, dans les eaux claires. Chair blanciie, de bon goût. (Voy. Temps de frai.) BLICCOPSIS (Bliccopsis, Sjéb.). - Malacopt abd. cyprin. Sous-genre établi par Siébold, aux dépens des I liekes, pour la Brème rosse (Voy. ce mot), dont les carènes ventrales et doisales SiOnt remarquables par la présence des écailles qui les garnissent. {Die Sùsswasscrfistlie von Mtiteleeuropa, 142 (1860). Bliccopsis ubramo-rutilus) . BLICKES (Blicca, Heck.). — Malacopt. abd. cyprin. Sous-iîenre formé, aux dépens du genre Brème, pour celles qui ont les dents pharyngiennes placées sur doux rangs, 2 en dedans, 5 en dehors. Pas d'écaillés sur les carènes ventrales etdorsales. BLIZON. — .Nom de l'Éperian en Picardie. (Voy. Éperlan.) U-2 u (US -1)1-:- H OC. BŒUFS. — (Voy. GaNGUI A DEUX BATEAUX.) BOGUE (Box vulgaris, Ciiv.). — Acanthopt. spar. Long. max. =(r,25. Syn. : T/ie /jogue, rcd f/ilt-head, sea brcain, aiigl. — Rollie hrassen^ alleni. — fiesayo, esp. — feijyo, ital. Poisson à corps arrondi et allongé, d'inie belle couleur jaune-olive, portant trois ou quatre Landes longitudinales dorées sur ciiaque flanc. Sa bouche est très-petite. Les dents du Bogue sont aplaties, échancrécs dans le milieu et pressées les unes contre les autres, sur un seul rang, tout autour des mâchoires. Ces dents ont une espèce de talon qui aug- mente leur stabilité; elles servent à broyer les plantes marines dont le Bogue se nourrit le plus souvent. ^ l'ig. 01. — BogiiL' [Box vulgaris, C.uv.). Ce poisson fraye, dit-on, deux fois par an, et à chaque fois approche des côtes en bancs nom- breux. La distribution des écailles sur la tète et les ouïes est toute particulière, et le dessus de la tête en est dépourvu. La ligne latérale est d'une courbure générale, de la tête à la queue, convexe en dessus. Les deux dorsales ont U à 15 rayons épineux; les anales 3 et 16, les pectorales 18, et les ven- trales I et 5, la caudale 15. La chair est très-estimée. BOGUE. — Le Bogue est un sparoïde, et, comme tel, un ami des rochers. On le prenil souvent dans ces endroits à la ligne. Il faut escher avec des mollusques dépouillés de leurs coquilles, ou des crustacés. BOGUERAVEL. — (Voy. PaGEL BoGUERAVEL.) BOGUIÈRE. — Sorte de fdet spécial en nappe simple, employé dans la Méditerranée à la pèche du Bogw. BOIRE UN POISSON. — Cette expression est synonyme de noyer un i)ois- son : on ne leiu' fait pas hoire de l'eau, mais hien respirer de l'air; ce qui produit sur les organes une asphyxie semblahle à celle que l'absorption de l'eau exei^ce sur les poumons des animaux qui respirent l'air en nature. BOIRONNIÈRE. — Espèce de Nasse employée dans la Méditerranée. (Voy. ce mot.) BOIS-DE-ROC. — C'est le Culliis scnfjji)i (Voy. ce UKit) el non une Vive, lUilTK. M'A coniine (|iR'l(|iies pOcheiirs le croienl : il est solilaiiv. Au printemps, il (piillc le Ibnd des mers el vient se loger dans les creux de roches dont il remplit ordi- nairement la capacité, parce (piMl choisit souvent ceux qui ont été percés par les IMiolades. H passe ainsi la belle saison dans son ermitage, n'ayant rien à craindre des gros poissons et abrité par les Varechs cpii le dérobent aux yeux du pêcheur, mais non aux recherches des enfants. Il attend patiemment la proie (pie la mer montante l'ait passer à sa portée. A'ers réquinoxe d'autonnie, il abandonne sa maison d'été et regagne les eaux profondes, où il passe les temps froids. Gomme les blessures que peut faire ce poisson avec les aiguillons dont sa^tête est garnie en arrière, causent une douleur presque aussi forte que celle de la Yive, on les confond souvent. Il se défend à ou- trance, car il mord très-bien, et son énergie vitale est remarquable. BOISSEAU. — Synonyme de Nasse. (Yoy. ce mot.) BOITE A ASTICOTS. — Les Asticots, par leur fourmillement continuel, se glissent dans les plus petits interstices ; ils offrent, de plus, une assez grande diffi- culté à saisir isolément, alors qu'ils sont réunis en masse; aussi, a-t-on imaginé plusieurs systèmes de boites pour permettre au pêcheur de ne pas perdre un temps précieux à choisir ses esches une à une. La première boîte AB {/ig. 62) est plate dans mi sens et bombée sur celui que représente la figure ; elle se suspend au- tour du corps comme une poire à poudre, par le moyen d'un cordon AGB. La boîte porte en un prolongement du fond taillé en ovale arrondi et muni dun petit rebord. Le couver- cle D est articulé par une charnière attachée à la partie con- vexe de la boite. En s'ouvrant, il donne passage aux Asticots, (pie l'on fait descendre dans le prolongement o, en posant la boite à plat, et là on les choisit et on les saisit très-aisément. En laissant la boîte reprendre sa position verticale, les Asti- /^^'î/- C2. - Boite à asticots. cols retombent au fond, et le couvercle se referme. La seconde boîte MN {/ig. 63) est également en fer-blanc peint ; elle se compose d'une capacité ovale N, dans laquelle on met les Asticots, et dun couvercle à charnière M, muni de petits trous pour le passage de l'air. En S la boîte porte un petit tube en fer-blanc de O^jOl de diamètre, fermé par un bouchon à chaîne, qui permet de faire tomber dans la main un ou quelques Asticots, suivant le besoin. Cette boîte se place dans le carnier de poche ou dans le pa- nier; elle est d'un usage moins commode que celle (fig. 62), car elle peut être peiduc, être oubliée, tomber à leau, ce que la première, une fois suspendue, ne peut pas faire. La troisième PO (fig. 64) est une boite ordinaire en fer-blanc dont le couver- cle, sur charnière, porte de petits trous. C'est la moins compli(piée ^ et ce n'est pas la moins commode, à condition de remplacer par la quantité ce qui manque en qualité, c'est-à-dire d'en avoir deux au lieu d'une, plus petites il est vrai, pour diviser sa provision d'As- ticots ; si l'une se perd, ou tombe à l'eau, la seconde est encore dans la poche ou le panier. Elle permet en outre d'obliger un ami, ^'c- '^^^ — ^oîte à , , . , , , „ asticots, ordinaire. car on peut lui en prêter une des deux; avec les autres, on est for- cément égoïste ; si le voisin a perdu la sienne, il faut l'avoir comme compagnon, à Fig. 63. — Boite à asticots, à tube. 94 TUUTE. longueur de canne, ce qui, en fait de pôclie, n'es! pas toujours agréable. Car à la pêche, un ami est bon, excellent même, mais pas trop près : la solitude est meil- leure, pourvu qu'elle soit très-peuplée de poissons. BOITE A GRILLONS, SAUTERELLES, HANNETONS, etc. — Il peut sendjler puéril aux pei'souues non habituées à la pèche à la ligne de voir conslruii'c une boite spéciale pour chaque espèce d'appât, une pour les vers rouges, une pour les papillons, une pour les asticots, une pour le vif, et enfin celle-ci pour les gros insectes qui servent ;\ la i)éclie ;\ la grande volée, à la pèche à la surprise et à la pèche au lancer. La raison en est cependant bien simple, et beaucoup moins puérile qu'elle n'en a l'air. D'abord, à la pêche, le temps est précieux, en ce sens qu'il y a certains mo- ments de la journée où la perte de deux minutes est la perte d'une journée de soins et de patience. Le temps pendant lequel le poisson mord ne dure quelquefois pas une demi-heure ; il faut savoir en profiter hardiment, rapidement : c'est alors que le pêcheur auquel toutes ces précautions ne demandent aucune démarche inutile, c'est alors que ce pêcheur l'emporte sur les autres, et montre ce que peut la science sur le hasard ou l'imprévu. En second lieu, nous faisons une boîte pour les gros insectes, parce qu'ils sont incompatibles avec les autres ; et en effet, si vous les réunissez à des papillons, ils les déchirent sous leurs pattes crochues et souvent les mangent. Il est vrai qu'ils en font autant entre eux, si vous les laissez trop longtemps en présence ; car, au bout de quelques jours, vous ne trouvez plus dans votre boite que des débris de pattes etd'élytres, et quelques survivants étiques et boiteux. Il est donc indispensable de mettre ensemble les animaux dont les dures carapaces ne se frois- seront pas entre elles, mais broieraient tout insecte plus faible ou moins bien armé. Enfin, il fallait pouvoir les fiiire entrer et sortir un à un comme les moutons de Polyphème, non pas pour les compter, Figr. 65. — Boîte mais pour u'cu pas pcrdrc dix en en prenant un. Or, la petite à grillons. j^^.^g ^^^ gg^ remplit parfaitement ce but. Elle est faite en fer- blanc peint ou émaillé ; elle est munie d'un couvercle AB qui permet, quand on le veut, de nettoyer l'intérieur sali par les déjections des insectes. Ce couvercle AB porte, à un des bouts de l'ellipse qu'il forme, B, une ouver- ture ronde de 1 centimètre au moins de diamètre que ferme une pe- tite plaque tournante I. C'est par là que le Grillon, et autres, se pré- sentent, un à un, quand on penche la partie BD. Le trou B doit être absolument au bord du couvercle AB, parce que les insectes se présentent dans une position commode, en mar- chant sur l'intérieur de la boite, dont le côté BD devient horizontal, alors qu'on penche leur prison. BOITE A MOUCHES. — En fait de pêche, ouest souvent obligé d'inventer de petits instruments pour abréger beaucoup de peines. La Boite à mouches vives en est un frappant exemple. Le problème à ré- soudre était celui-ci : prendre facilement une seule Mouche, en vie, au ^^^ rudie^'et milieu de beaucoup d'autres qui ne doivent pas recouvrer la liberté. papillons. C'cst bicu siuiplc, ct cependant on a été assez longtemps avant de trouver l'instrument nécessaire. 11 se compose d'une espèce de couvercle en fer- blanc EF {/ig. 68), dont le bord est percé d'une rangée de petits trous rapprochés. IHIITK. 95 solidcniciil iiiic coiffe C. (////. (17) de liillc lin ou de izc Fil/. 67 Fig. 6K. — Boite à mou- che, dessus et dessous. dans l('S(|iU'ls ou (•( de soie. Les Mouches, insectes et papillons sont inlroduils ;\ mesure ({u'on les prend au moyen du filet V à papillons {fig. 6G), par l'ouverture H'. La seconde figure EF montre le dessous du couvercle AB; en H est le trou qui- s'ouvre à volonté par un obturateur G qui tourne sur un petit axe, et s'arrôte au centre sous un petit crocliet soudé au fond. On construit aussi des boîtes à mouches de forme ovale, qui soûl plus com- modes. Le pêcheur doit en avoir au moins deux avec lui, dans son panier ou son carnier de pèche. Quand on veut prendre une Mouche, ou pousse de côté, légèrement, l'obturateur G, et Ton découvre une partie du trou H ; un insecte se présente pour sortir, on le saisit et Ton referme, d'un seul mouvement de doigt, l'issue aux autres. On pourrait, comme perfectionnement, faire l'obturateur î\ ressort et se fermant de lui-môme. Quand les insectes sont morts, on les amène au trou H en soulevant la gaze par-des- sous, avec l'autre main. L'ouverture II ne doit pas être ronde, mais avoir la forme d'une poire {fi(j. 68); l'obturateur a la même forme. On ouvre tout pour un papillon, un gros insecte ; on n'ouvre que l'ap- pendice pour une Mouche vivante. De cette façon, on n'en perd jamais. Or, quand elles sont rares, on les regrette, car chacune d'elles amène un poisson. (Voy. Papillons.) BOITE A VERS. — De tous les ustensiles du pêcheur à la ligne, c'est le plus facile h trouver : connue les Vers que cette boîte doit contenir sont des animaux doués de mouvements assez lents, le pêcheur peut se servir d'une boîte quelconque avec son couvercle P. On la fait ordinairement en fer-blanc {fig. 09), ^ avec un couvercle percé de petits trous. Ce grand couvercle s'ou- vrant laisse l'intérieur à découvert et permet d'y choisir le Ver qui convient le mieux : ce qui est indispensable pour des appâts qui sont tous de dimensions différentes. Pour tous autres appâts, excepté la boîte au vif, cette précaution serait superflue. Tous les asticots sont Fig- e''- — Bo>t'" sensiblement de la môme grosseur; quant aux papillons, on les choisit à travers le tulle [fig. 67) : restent donc les grillons, qui se valent à peu près tous, et les sauterelles et hannetons aussi. On a rendu plus portative la boîte ordinaire à Vers rouges, en lui donnant la forme de la figure 70 : elle devient ainsi un cylindre aplati s'ouvrant à charnière et peut se placer plus aisément dans la poche ou dans le carnier de pêche. Aux deux bouts du cylindre sont ménagées deux petites boîtes pour menus objets, plombs, hameçons, etc., ou pour une petite pro- vision de blé d'un côté, d'asticots de l'autre. Chacun s'en sert à sa guise. BOITE AU VIF. — Auxiliaire indispensable des pêches d'automne au Bro- chet, à la Perche et à la Truite, ainsi que d'une grande partie des pêches de mer, la boîte au vif n'en est pas moins un ennui et une sujétion continuelle à laquelle le pêcheur ne peut se soustraire. Qui veut la fin, veut les moyens ! tel est l'inexo- rable proverbe qui condamne le pêcheur à traîner cette boîte après lui. Fig. 70. — Boite à vers, perfectionnée. 96 IKIM'I'I:. Elle se compose d'un vase tronc-eonique, un peu aplati de devant en arrière CDEF [fhj. 71), muni d'un couvercle AB. Ce couvercle porte des trous à sa par- tic supérieure et un rebord AB, parce que l'eau que contient la boîte jaillit par les ^r^ trous T, mais elle est retenue par le rebord AB, et re- ^^^^^^ tombe dans la boite au lieu de le faire le long des jambes ^^am^^i. L'anso, en fd de fer fort, est munie en G d'une poi- mÊÊÊ^ — "mi gnée de bois, alln de ne pas blesser les mains. M^Hp *», C'est dans cette boîte, remplie d'eau souvent renou- ^ÉmÊSSi^^^^t velée au bord de la rivière, que l'on emporte les petits poissons qui doivent servir d'amorces i)our les plus iiros. /.'(i/. :i.- iî,.ftfiiu. vif. \ • ; p , K- I t I • ■ ^ ^ • Us y vivent tort bien pendant plusieurs jours, surtout si Ton a la précaution, pendant que l'on poche, de plonger entièrement la boîte dans l'eau près du bord. A cet effet, il est bon d'attacher, à la poignée de l'anse G, une bonne corde à fouet de la grosseur d'une forte paille et de 2 à 3 mètres de long; avec cette aide on plonge la boîte au vif dans la rivière ou l'étang, le poisson y de- meure sain et vif, et rien de plus facile que de la retirer et de la replonger suivant le besoin. Ouand on laisse plusieurs jours les petits poissons plongés dans la rivière, ils n'ont besoin d'aucune nourriture. Lorsque la boîte est hors de l'eau, la chaleur est seule fi craindre pour les petits poissons qu'elle contient. Évitez le soleil, et mettez la boîte à l'ombre ou sous des feuilles, si vous ne pouvez la descendre dans l'eau. BOITTE. — Ce mot est synonyme de esche ou amorce pour tous les pêcheurs de nos eûtes, depuis la Manche jusqu'à l'Océan. 11 représente toute chose que l'on peut mettre sur l'hameçon pour prendre ou attirer le poisson. On (lit Buitter pour escher ou amorcer : c'est garnir d'appât un hameçon. BOITTE BLANCHE. — On nomme ainsi toute boitte formée d'un morceau de poisson vif, frais ou salé, que l'on met sur l'hameçon. Ce mot est en opposition avec les boittes formées de vers, de crustacés, de calmars, etc. Autant que possible, il est bon de conserver, avec la viande, la peau brillante qui la maintient et em- poche les poissons de déchirer le tout en un clin d'œil. La peau suffit elle-même quelquefois, surtout quand elle est bien résistante. BOMARENQUE. — Nom de ï Anguille dans les Bouehes-du-Rhône. (Voy. Anguille.) BOND. — CVoy. Sautade.) BONITE Scomber bonito, Lin ; Tliynnus Pelamys.Cuv.). — AcaiUliopt. scombér. Long, niax. = C'",70. Syn. : The Bonilo, aiigL — Pulamilu, ilal. — Bonnet, suéd. — Boni/o, esp. La Bonite se rapproche beaucoup du Tiion. Son dos lileu est rayé de lignes noires obliques; comme le Thon, elle porte 7 ou 8 fausses nageoires près de la queue. La tète de la Bonite est conique et finit en pointe, au museau. La mâchoire inférieure est pro- éminente ; les dents peu nombreuses et petites ; la langue molle et nue. Le corps de la Bonite est rond jusqu'à l'anus ; mais, à partir de- là, il diminue jusqu'à la queue où il est déprimé. La ligne latérale, d'abord descendante et ondulée, devient droite vis-à-vis de l'anale, et, se relevant de là, se termine en crête vers la queue. Les yeux sont élevés et ronds, l'iris argenté ; la couleur du corps est bleu pur, plus noir sur le dos, les côtés brillants, le ventre blanchâtre. Derrière les pectorales partent, d'un espace triangu- laire, quatre raies noires qui s'étendent de chaque côté jusqu'à la queue. Les écailles sont petites comme celles du Maquereau. Dorsales : l'*, de if) rayons, 2"" de 12, BORDELIÈRE. 97 8 fausses nageoires Pectorales : 27 rayons. Ventrales: 1+5. Anales: 2 + 12 et 7 fausses nageoires, (laudale non échancrée, mais allongée en liant et en bas, de 35 rayons. Les pectorales et ventrales ne sont pas grandes. Les cciulcurs de ce poisson sont magnifiques. Fig. 72. — Mcimlc. (Thynnuî Pelamijs, C.uv.). BONITE. — Ce poisson abonde dans la Méditerranée et dans la mer Atlanti- que. Un le pèche de la môme manière que le Thon, avec lequel on le trouve pres- que toujours mêlé. La pêche peut se faire toute l'année, mais particulièrement de- puis le mois de mai jusqu'à la fin de septembre. Les lignes employées sont ordinairement amorcées avec un lambeau de chair d'Anguille; la Bonite est très-vorace et se jette avec avidité sur tout appât. Ce poisson est très-friand de Sardines et de Poissons volants ; comme il se tient à la surface et en haute mer, on le prend facilement avec un hameçon recouvert d'un leurre qui représente grossièrement la forme de son aliment de prédilection. On choisit tout simplement un morceau de plomb auquel on donne la forme d'un petit poisson et auquel on attache deux plumes pour figurer les nageoires ou les ailes. La nourriture ordinaire des Bonites se compose de poissons, de petites sei- ches, de coquillages et de végétaux marins. Elles se jettent avec avidité sur tous les débris de salaisons avariées, et toute chair corrompue qui n'est plus mangeable et qui est devenue trop salée, est excel- lente pour prendre les Bonites. Ce poisson marche en troupes de 10, 13, 20 individus, aimp les grandes eaux et ne quitte point la surface. On le prend encore facilement dans les endi^oits où la mer est agitée. BONITE RAYÉE. — Un des noms populaires de la Pélamide. (Voy. ce mot.) BORDE. — Nom de V Ablette dans quelques localités. (Voy. Ablette.) BORDELIÈRE [Brème]. {Cyprinus vel Abramus blicca, Lin.) — Malacopt. abd. Cyprin. Long. niax. = 0",20 à 0°',22 ; haut. = 0™,09. Syn. : The white brearn, or Breamflat, angl. — Bjôrkno, Blecka, suéd. — Zobel pleintze, allera — Bunke, braten, iiorw. — Flire, hlikka, dan. — Ssfl//a, russ. — Bley, hoU. 7* 98 BOUCHON. Tète courte, inuse.iii pointu; opercules argentés à points verdàtres. Elle n'a pas de dents, le palais charnu portant un os au milieu, la langue non libre. Yeux très-grands, taches verdàtres au- dessus, peu élevés sur la tète, à prunelles noires, l'iiis blanc argenté, quelquefois jaune. Corps court, élevé, dos très-comprimé, verdàtre, cotés blancs, flancs et ventre argentés. Ce petit poisson est remarquable par une suite de points bleus formant la ligne latérale et fort apparents, déposés sur le milieu du corps jusqu'à la naissance de la queue. La ligne latérale n'est pas si courbée vers le bas que celle de la Brome conmmne, et présente de 46 à 50 points. Dorsale noirâtre, 10 rayons; caudale et anale, 22 rayons, saupoudrée de noir brun présentant un peu de rouge au lobe inférieur plus long que le supérieur. Anale rougeâlre sur fond gris à ex- trémités brun noir. Ventrales et pectorales jaune d'ocre chez les grosses Brèmes, grises chez les petites. Ce poisson, très-peu estimé, et dont le corps est presque toujours rempli de vers intestinaux, présente une chair molle remplie d'arêtes. (Voy. Parasites.) On croit que le nom de Blicca lui a été donné à cause du brillant de sa couleur comparée à celle de la Brème commune, qui est toujours un peu jaune et qui, quand elle est vieille, devient d'un jaunâtre presque brun. C'est peut-être aussi une altération du nom suédois. Ce poisson se nourrit d'herbes, d'insectes et de frai, sert d'appât vivant, et tire son nom de son séjour habituel au bord des eaux. 11 ne s'emploie guère qu'à nourrir le poisson dans les rivières. BORDELIËRE {Brème). — La Bordelière se trouve dans les lacs de la Savoie, dans les étangs de la Bresse, dans le Rhône et la Saône. On n'en fait pas de pêche particulière, on la trouve pêle-mêle avec les autres poissons blancs. Elle se pêche aussi dans la Seine, dans la Loire, le Loir, etc., et la ma- jeure partie des rivières de la France. Un la prend au petit ver rouge et au ver de vase, comme tous les petits poissons blancs, même aux insectes, car elle est très- vorace. Sa manière de mordre est singulière, car elle mord plutôt en remontant qu'en descendant; aussi la flotte, au lieu de s'enfoncer dans l'eau, est promenée horizon- talement sur sa surface par l'attaque du poisson sur l'esche. BORDER UN FILET. — Pour border un filet, on l'entoure d'une corde que l'on passe de maille en maille et que l'on attache de 10 en 10 centimètres avec plusieurs tours de fil retors. Cette opération a pour but de donner à l'engin plus de résistance, en empêchant les uis extérieurs qui portent l'effort de se briser, et par suite le filet d'être déchiré. BORIQUE. — Nom des ]\asses dans la Dordogne. (Voy. Nasse.) BOROGHE. — Nom de V Ablette biponctuée sur le lac de Genève. (Voy. Ablette biponctuée.) BOT. — Nom vulgaire du Gantelet ou Plie franche. (Voy. ce mot.) BOTEAU. — (Voy. DOBULE.) BOTTO. — Dénomination du Chabot commun aux environs de Nice. (Voy. Chabot.) BOUCHE. — (Voy. Museau.) BOUCHES EN FLUTE. — 15"" et dernière famille de l'ordre des Acanthoptérygiens. Ces poissons se divisent en deux genres que nous n'étudierons point: loLes Fistulaires; 2» les Centrisques. BOUCHON. — Bouchon est quelquefois pris comme synonyme de flotte, mais nous ne nous occuperons ici que du Bouchon {liège) en lui-même et de la manière de le travailler pour les différents usages délicats de la pêche à la ligne. Le bouchon, tel qu'on le trouve dans le commerce, est de plusieurs grosseurs et fait en liège. Ce liège est l'écorce d'une espèce de chêne qui croît spontané- ment dans l'Europe méridionale et que nous possédons en France dans les Pyrénées- Orientales, les Basses-Alpes et les Alpes-Maritimes. Son nom botanique est : Quei- cus suber. Lin. Ce chêne croît dans des terrains arides, rocailleux, dans les sables. Au bout de 8 à 10 ans, l'écorce a acquis une épaisseur suffisante pour qu'on puisse BOUCHON. 99 lii récolter avantageusement. On fait une incision circulaire au haut et au bas du Ironc, on fend verticalement, et on détache cette écorce avec précaution pour ne ])as endommager l'écorce intérieure ou liber qui fait vivre l'arbre. T^c liège est une matière à la fois très-tendre et très-réfraclaire. Il se débite liès-bien au moyen d'une scie un peu fine et n'ayant pas beaucoup de chemin. Quand on a débité grossièrement le morceau dont on a besoin, il faut lui donner la forme exacte et le poli. Deux moyens se présentent : la râpe, puis la lime; ou d'un seul coup, le couteau. Tous deux peuvent être appliqués, mais dans des cas diffé- rents. La râpe dont on fait choix doit être neuve et d'un numéro assez fin. Son travail laisse des stries que Ton efface au moyen d'une lime douce, puis du papier de verre très-lin. Quel que soit le travail que l'on veut faire subir à un bouchon, il faut d'abord choisir du liège de la plus belle qualité possible, l'acheter débité en gros bou- chons, qui suffisent amplement à tous les besoins de la pêche à la ligne, et laisser les morceaux en tables grossières aux pêcheurs aux filets : cette qualité suffît cepen- dant à faire des bouées. L'emploi du couteau pour façonner le liège est assez difficile ; il faut une lame mince, très-franche de tranchant, et prendre le fil du liège en travers de la lame et lui peu obliquement. Il y a, dans cette coupe, un certain tour de main qu'on peut apprendre avec un peu de soin en attaquant un bouchon de plusieurs manières, et remarquant celle où le liège se laisse couper franchement et sans bavures. La confection des flottes exige, à chaque instant, du pêcheur qu'il sache percer l)ropremcnt un bouchon. Cette petite opération s'exécute facilement au moyen d'une lime spéciale appelée Queue de rat, que l'on peut se procurer partout. On com- mence par faire un avant-trou dans le liège au moyen d'un poinçon, puis on intro- duit doucement la pointe de la queue de rat, et par un mouvement de va-et-vient, on arrondit le trou et on perce le liège sans éclats et d'une manière très-régulière, de façon (pie la plume qu'on y introduit s'adapte parfaitement. Quand on veut peindre le liège, on le fait au moyen de peinture à l'huile que l'on vernit ensuite, ou au moyen de peinture au vernis. Quel<|ue bon que soit le liège que l'on a choisi, il présente toujours de petites cavités qu'il faut remplir avant de peindre, afin d'avoir une surface bien unie. On y parvient en les bouchant avec du mastic de vitrier ou du blanc de céruse à l'huile. Ce dernier est préférable. Celte peinture qui, au premier abord, a l'air d'un enjolivement et d'un enfantil- lage, a sa raison d'être et son utilité. D'abord, en faisant choix pour la partie supé- rieure d'une couleur bien voyante, elle permet au pêcheur de distinguer plus aisé- ment et de plus loin sa flotte sur l'eau, ce qui ofltre des avantages dans la pêche du matin et du soir. En second lieu, cette couleur ne peut être aperçue des poissons et n'a donc pas d'inconvénients de ce côté. Enfin le bouchon, comme corps poreux, absorbe, quand il est nu, une certaine quantité d'eau, qui remplace l'air de ses pores et le rend d'autant moins léger ; quand il est rendu imperméable par une couverture vernie, il garde toutes ses propriétés même après un long séjour dans l'eau. Or, quand une flotte est soigneusement équilibrée, elle est d'une grande sen- sibilité, chose extrêmement utile pour la pêche sédentaire en eau douce; l'absorp- tion de l'eau par le liège suffit à détruire cet équilibre. (Voy. Flotte.) 11 est bon que la peinture soit appliquée de façon à boucher hermétiquement 100 BOUCLE. l'interstice qui existe entre la plume et le bouchon, de façon que l'eau ne puisse pas plus s'introduire par l'intérieur que par l'extérieur. Une flotte bien faite est un petit ouvrage de patience et d'adresse dont le pê- cheur habile peut seul sentir toute l'importance. Quand on a besoin de liège pour confectionner les bouées {fiy. 73) (jue l'on attache aux lignes de fond, en mer ou en eau douce, on se sert simplement de morceaux dégrossis d'épluchures de liège gros- sier que l'on trouve partout. Dans ce cas encore, il est bon de les peindre à l'huile et au vernis. Elles résistent plus longtemps et se Fig. 73. — Bou.îe voieut de plus loiu. On peut réunir plusieurs morceaux ensemble au en hege. nioycu de bounc colle-forte, on les serre pour la faire prendre, et quand le tout est recouvert de peinture, l'eau n'y a aucune action. On obtient ainsi des bouées aussi volumineuses qu'on peut le désirer, et qu'il est bon de laisser liées. On fait (le même pour les lièges de Bricoles. BOUCHON CARRÉ pour ligne à soutenir. (Voy. Soutenir.) — Si l'on veut pê- cher à la main ou à la canne à soutenir, sur un fond de pierres éboulées ou de ro- ches, d'où l'on ne pourrait jamais retirer le plomb, on emploie la précaution suivante. On sépare, de sa ligne MN à soutenir {jhj. 74), le plomb qui y est attaché ou dans Fig. 74. — Bouchon carrci pour les pelotes. Icqucl cUc cst passéc, ct on Ic remplace par Ligne à soutenir. ^^ bouchou AB, quc l'ou pcrcc ct daus le- quel on passe la ligne. Ce bouchon est retenu par le petit plomb A mis à demeure à O^jSO au-dessus de l'hameçon. Ce bouchon ABC, qui est taillé en parallélipipède, ne doit et ne peut pas dépas- ser le grain de plomb. On prend alors de la terre glaise, — celle que l'on trouve au bord des rivières et des étangs, — on en fait une pelote dont on calcule la grosseur et le poids sur la force du courant où l'on pèche, et l'on entoure soigneusement le bouchon avec cette pelote. La terre ne glisse pas, à cause des facettes du bou- chon ; et, quand la pelote est au fond, comme le bouchon est percé, la ligne re- prend sa liberté et sa sensibilité. Si aucun poisson ne vient mordre, la pelote se casse, le liège redevient libre et remonte la ligne au courant sans qu'elle accroche dans les herbes ou les obstacles. En somme, c'est un bouchon semblable à celui qui sert pour la pêche dans les pelotes. BOUCHOTS. — (Voy. Parcs.) BOUCLE (Hameçons à\ — L'hameçon à boucle est une invention pour les mala- droits ; invention qui a tous les inconvénients des hameçons à palette, sans en avoir les avantages. Généralement cette disposition n'est adoptée que pour les hameçons communs que quelques pêcheurs emploient pour les cordes traînantes ou lignes de fond que l'on tend la nuit. La hampe DB de l'hameçon ACBD est recourbée sur elle-même en D, de façon à former un anneau dans lequel il suffît de passer un fil pour que l'hameçon se trouve empilé. Mais alors se présentent deux inconvénients : l'anneau A est gros, nécessairement; de plus, l'empile D a besoin d'un nœud pour tenir l'hameçon; le nœud D est lui-même gros. Deux obstacles accumulés l'un au-dessus de l'autre ; de sorte qu'il est impossible de faire passer un ver ou un petit poisson au-dessus de cet BOULLIER. lOi Fig . 73. — Hame- çon à boucle. obstacle sans déchirer l'Esche, par conséquent la faire périr et lui enlever ainsi la qualité essentielle qui l'a fait choisir. Si l'on craint de prendre trop de peine à empiler convenable- ment les nombreux hameçons des lignes de nuit, il vaut encore mieux se servir d'hameçons à palette ordinaire et les empiler par le simple nœud ; dans ce cas, on supprime une des grosseurs, celle de l'anneau, c'est autant de gagné sur le genre d'hameçon qui fait le sujet de cet article. Pour le pêcheur adroit qui ne regarde pas à la peine pour en être ré- compensé par la réussite, il est extrêmement important de dissimuler absolument la présence de l'hameçon en le choisissant aussi petit que possible, et alors surtout un empilage soigné est ce qu'il y a de meilleur. C'est un peu plus long, mais avec de la patience on vient à bout de tout; de plus, rien n'empêche d'y mettre du temps et de monter peu à peu sa collection d'hameçons empilés : on ne devient pas riche en une demi-heure ! BOUCLÉE {R. — (Yoy. Pates, Amorces, IIuile composée.) BOULIÉCHE. — Nom donné dans la Méditerranée à de très-grandes Sennes. (Yoy. ce UKjt.) BOULLICHE. — Synonyme de Boullier {Voy. ce mot.) BOULLIER ou BOULLIÈRE. — Le grand Boullier est un filet formé de deux longs bras qui aboutissent à une manche ou un tramail. Il ne diffère de VAis- saugue que par la grandeur de la maille.- (Yoy. Aissaugue.) Fig. 76. Fig. 77. Bouées diverses. Fig. 78. 102 B U R G N E. BOULOIR. — Iiislruniciit jxtur Bouler. (Voy. ce mol.) BOUQUETOUT. — l'clit Boideiix^ employé à Coutuiices pour la poche de la r.revelte. (Voy. IJorïEix.) BOUQUETS. — Nom populaire des Crevettes. (Yoy. ce mot.) BOURAQUE ET BOURAGUE. — Synonyme de Casier. (Voy. ce mot.) BOURDIGUE. — ( >n (iouue ce nom à un grand engin de pèche {fig. 79) que l'on dispose dans un endroit oii le poisson a un passage habituel. Les plus connus sont usi- tés dans les passes AD qui donnent accès, dans les étangs salés du Midi, aux eaux de la Méditerranée M. L'oscillation diurne des eaux de cette mer suffit pour produire un léger courant dont cer- taines espèces de poissons profitent pour s'agiter et faire la chasse. La Bour- digue est une sorte de madrague d'eau tran- quille et de petite dimen- sion. Cet appareil se com- pose d'une espèce de la- byrinthe IHF formé de Bourdigue. [Duham.) nattes ou de claies en roseaux ou cannes atlacjjées sur des cordes et soutenues dans l'eau par de forts piquets. La disposition des circonvolutions est telle qu'une fois entré dedans, le poisson D se trouve forcément conduit dans un verveux final J, que l'on \\oxnm.c panterme, et où il trouve la mort. On dispose quelquefois sur le côté, à proximité de la Pantermc, un espace K appelé serve, dans lequel entre le poisson et oi^i il demeure enfermé à portée des be- soins ou de la vente de chaque jour. D'ailleurs, le but des Bourdigues est double et peut aussi bien servir à introduire dans les étangs les jeunes poissons qui devront s'y engraisser et s'y développer, qu'à les empêcher d'en sortir. D'autres fois cet en- gin est simplement installé en vue d'arrêter quelques espèces : Mulets, Dorades di- verses, Maquereaux, etc., etc., dans leurs migrations et leur va-et-vient perpétuel. On ne saurait trop admirer l'ingénieux tracé de ces pièges qui changent à cha- que pas, mais dont le dessin général est toujours le môme et remonte probable- ment à la plus haute antiquité. Dès 1235 il est fait mention des Bourdigues dans les étangs qui communiipient à la Méditerranée. Elles existent encore dans les environs de Cette et des Martigues. (Charpentier, Gloss. novum, I, § 9i.) BOURGIN. — On nomme ainsi, h Marseille, une petite Aessaugue. (Voy. ce mot.) BOURGNE OU BOURGNON. — Grande Xasse qu'on met au bout des parcs ouverts. (Voy. ces mots.) BOURLOTTE. — Ver blanc marin que l'on trouve dans les fissures des ro- chers. (Voy. GiiAvr^TTii.) ' BOUKHICIIK. 103 V 'ô-. Fig.%0. — Bourriche à poisson. BOURRÉES. — (Voy. Écre visse, Pi'cltc) BOURRICHE. — Une l'ois le poisson pris i\ la ligne ou au filel, trois métho- des se présentent au pôcheur pour le eonserver : le laisser dans Peau attache par les ouïes ou dans un filet; le mettre dans un filet ou dans un panier et l'y laisser mourir hors de l'eau ; enfin le tuei' immédiatement. Des trois méthodes, la dernière nous semble la meil- leure, parce qu'il est incontestable que l'animal tué brusque- ment, souffre moins que celui qu'on laisse se débattre dans les convulsions de l'agonie que lui cause une asphyxie assez lente dans l'air. Un grand nombre de poissons, surtout parmi les espèces marines, ne laissent pas de choix au pôcheur, car ils meurent immédiatement au sortir de l'eau. Plusieurs au- tres changent de goût, de valeur par conséquent, suivant qu'ils sont tués vifs ou laissés mourir. Tous les pécheurs de Saumons savent que la chair de cet animal est infiniment plus ferme et se conserve beaucoup mieux quand le poisson a été tué en sortant de l'eau. Pourquoi ne pas imiter la nature dans ce qu'elle fait de bien ? Les pécheurs qui veulent conserver leur poisson vivant, surtout s'ils ont besoin d'en faire des amorces vives pour d'autres pèches, se serviront avec avantage du petit filet ci-joint {fig. 80), auquel les marchands ont donné, je ne sais pourquoi, le nom de Bourriche. Il se compose d'un sac BP, maintenu ouvert par deux ou trois petits cercles d'osier. On lui ajoute une petite flotte en F, et une balle Ppour le lester à l'extrémité inférieure. Il se tient dès lors verticalement dans l'eau, et une se- conde corde attachée à l'ouverture sert à l'amener près du bord ou près du bateau. L'usage des cerceaux est bon, parce que les poissons peu- vent se tournei" et se retourner dans la bourriche sans s'accro- cher aux mailles : ils peuvent prendre leur position favorite, la tête en avant, sans être noyés par la force du courant, ce qui arrive rapidement lorsqu'ils sont enfermés dans un sac flottant EFS {fig. 81) qui se referme sur eux et les enveloppe de ses plis. Il va sans dire que la partie étroite B de la bourriche doit être resserrée encore par un disque de caoutchouc ; c'est la meil- leure fermeture que nous connaissions, et pour un sou on a une serrure inforçable. Il ne reste plus que le poisson à mettre derrière ces verrous économiques. Quelques personnes plongent dans l'eau, au moyen de ce filet, ou d"un sac sim- ple S [fig. 81) leur poisson mon : il suffit d'avoir une fois vu ce qu'il advient par cette macération sur ses tissus et sa gélatine extérieure, pour n'avoir plus envie de recommencer. On me dira que cette méthode a pour but de le tenir frais lors des grandes chaleurs de l'été, et d'empêcher l'accès des mouches qui savent se glisser partout. Il vaut mieux tuer brusquement son poisson dès qu'il vient d'être pris, puis le déposer dans un récipient quelconque, filet, carnier ou sac, au milieu d'herbes odoriférantes mouillées, — on en trouve partout au bord des eaux douces, — telles que menthe, etc. Sur le rivage de la mer, on lui fiiit un lit d'algues ou de varechs, on le recouvre des mêmes matières, et le tout se conserve parfaitement frais jusqu'au soir, Firj SI. - Sac flottant. 104 BOUTEUX. non pas en le laissant en plein soleil, mais en l'abritant le mieux possible de ses rayons directs. Il m'est arrive en pareil cas, au milieu d'une plaine de sable, au bord de la mer, d'être embarrassé de trouver un peu d'ombrage : il ne me restait qu'à en créer. J'y parvenais en tendant, au moyen de quelques scions de rechange, de quel- ques pierres mises l'une sur l'autre ou dressées, mon mouchoir mouillé au-dessus du panier. La brise faible suffisait pour entretenir une évaporation auxiliaire, la cou- leur blanche du linge empêchant l'absorption d'une partie de la chaleur, et mes cap- tures demeuraient en très-bon état. Le même système d'emballage dans les herbes est, d'ailleurs, le seul possible dans la Pèche à In moKcheiyoy. ce mot), alors qu'on suit, sans relâche, le bord d'une rivière pendant des heures entières, n'ayant, pour réceptacle de ses captures, que le panior (Voy. ce mot) ou le carnier qui pend derrière vos épaules. BOURSAL. — Nom provençal du Goulet des verveux. (Voy. ces mots). BOURSE. — Synonyme de Manche, Queue ou Soc, dans les filets. (Voy. ces mots.) BOURSET. — Corps flottant qui sert à tenir un des bouts flottants de la Dreige. Il y a, pour ce filet, une voile immergée qu'on appelle voile de Bourset. (Voy. Dreige.) BOUT-DE-QUIÈVRE. — Grand haveneau à perches croisées (^^. 82), dontles deux extrémités inférieures sont terminées par des cornes de chèvre, afin qu'on puisse le pousser lentement sur la grève, la rondeur des cornes le faisant glisser sur le sable. On remplace quel- quefois ces cornes par deux planchettes qui font le même effet. Sert à prendre les crevettes. BOUTARGUE. — (JEufs de poissons préparés, provenant de la pêche des Bovrdigues. BOUTEUX. — Filet en forme de trouble (voy. ce mot), qu'on emploie sur les fonds unis de la même manière qu'un jardinier se sert de sa ratis- soire. L'ouverture en est carrée et quelquefois le sac est fait comme un verveux. au moyen de laquelle on tient ce filet a 2 mètres, ou 2 mè- tres 30 de longueur. I^a traverse en bois du bas est longue en proportion [fig. 83). Elle est assez forte pour être taillée en chanfrein, afin (le mieux gratter le sable. Le filet est en deux parties : les mailles plus fines du fond ont en- viron 10 millimètres d'ouverture. De septembre en février, les pêcheurs peuvent se servir du Douteux sur les plages de sable uni. Pour cela, ils entrent dans l'eau jusqu'à la ceinture, posent le filet devant eux, et, poussant par Textrémité du manche, marchent ou courent aussi vite que possible. De temps à autre, on relève le filet pour le dégager de la vase, des herbes et du menu fretin qui l'embarrasse. C'est pourquoi on prohibe cette pêche pendant le temps du frai, c'est-à-dire de mars en août. Cette pêche est fort amusante, car Fig. 82. — Boutde-quiévre. La perche Fin. 83. — Bouteux. KOU VIÈIIE. 103 elle livre tout à rimprcvu. Non-seulement on y prend des poissons plats, Soles, TxitboU, Plies, etc., que le frottement de la traverse et le bruit des pas font sortir du sable, mais encore des poissons ronds qui viennent buter dans le fdet, des Cre- vettes, des Crabes, etc. On se sert encore sur les côtes de la Flandre d'une sorte de Boutcux appelé Grenadibre {fi g. 84). Cet engin n'a pas de cerceau ; il porte deux traverses, l'une en bas, longue de 2 mètres à 2 mètres 5Ô, l'autre h 2 mè- tres 50 de la première et plus courte de moitié. On réunit par deux cordes les extrémités des deux traverses, ce qui forme un trapèze régulier, sur les bouts duquel on monte le sac du bouteux. Cet engin sert comme le boutcux à demi-cercle pour prendre les Crevettes. Le Savre est encore une sorte de bou- teux, dont on se sert en Normandiepour prendre les Lançons. (Voy. Savre.) On pourrait encore rapporter à ce genre de fdet lesHavcneaux et les Bouts- Fi(j. Si. — Bouteux Grenadière. de-quièvre; mais nous renvoyons aux articles spéciaux, oii ces engins sont décrits. BOUTEUX A QUEUE DE VERVEUX. — On fait quelquefois le sac du Bouteux très-lpng, et pour le maintenir ouvert on y monte un certain nombre de cerceaux successifs. L'engin devient alors beaucoup plus difficile à pousser de- vant soi, et d'autre part les filets sont facilement coupés, aux cerceaux, parle frottement sur le fond. (Voy. Bouteux.) BOUTIQUE A POISSON. — Quand le pêcheur à la ligne aura son habita- tion près d'une rivière ou d'un étang, il fera bien de s'y faire construire une bou- tique à poisson, espèce de caisse percée de trous et plongeant dans l'eau. On y conserve les poissons que l'on a pris et que l'usage d'une bourriche a permis de garder vivants. On fait des économies de poisson les jours où l'on est trop riche, et on les retrouve quand la disette se fait sentir. Si la boutique est dans une rivière limpide, elle offre encore l'avantage qu'on y laissera quelque temps séjourner le poisson pris dans les étangs; il y perd le goût de vase presque toujours inhérent à sa première habitation. On y conserve les poissons vifs pour appât dans une boite de bois ou de zinc percée de petits trous. Le couvercle de celte boutique doit être fermé à clef; on y prend le poisson avec une épuise tte, jamais à la main. Les espèces voraces y peuvent rester avec leurs victimes habituelles, sans essayer de leur faire du mal. On doit remarquer que les Brochets qu'on y enferme dégorgent même le poisson avalé précédemment et non digéré. Certains poissons s'y nourrissent des débris qu'on leur porte, mais d'autres n'y mangent jamais et par conséquent y dépérissent , n'étant soutenus que par les débris microscopiques que charrie l'eau qu'ils avalent. BOUVIÈRE [Genre]. (Rhodeus, Agass.) — Malacopt. abd. Cyprin. Petit genre reposant sur une seule espèce en France, très-facile à détermin?-. Bouche sans barbillon, corps plat, large, pas de rayons dentés aux dorsale et anale; cinq dents pharyngiennes par côté et sur un seul rang. BOUVIÈRE AMÈRE fCyprinus ou Rhodeus amarus, lilo.). — Malacopt. abd. Cyprin, Long. niax. = 0"',UG ; haut. = b"',0l5. 106 BRANCHIAUX, Syn. : Bitterling, ail. Dos et tète vert jaune, opercules nuances de noir. Côtes et fiancs blanc rose, et irisés d'une belle couleur aurore. Yeux rouge-carmin, plus fonces en dessous. Ventre d'un blanc éclatant. Épine dorsale de 30 vertèbres, 14 côtes de cliaf|ue côté. -^^^■^m-^^^m Fig. Sii. — Bouvière amère [Rhodeus ainarus, Blocli). L'intervalle entre chaque écaille est noirâtre, une bande vert doré ou bleu d'acier part de la caudale et va jusqu'à la dorsale. Dorsale, 10 rayons, et caudale de 'iO rayons vert pâle, cette dernière fourchue, la première por- tant un 2'^" rayon ou épine assez roide. Anale rouge, 11 rayons ; ventrales, 7 rayons, lavées de rouge; pectorales, 7 rayons pâles ; anales et dorsale nettement bordées de noir. Ce poisson, le plus petit des Cyprins-carpes, est assez large en proportion de sa longueur et paré de couleurs magnifiques; il est transparent dans presque toutes ses parties. Sa chair n'est pas mangeable, par son amertume. Il vit dans les eaux pures et courantes ou dans les étangs traversés par un cours d'eau, surtout dans le nord. (Voy. Temps de frai.) BOUVIÈRE AMÈRE. — La Bouvière ne se prend pas à la ligne, on en trouve en hiver un grand nombre dans les nasses et les troubles, pendant que l'on pêche pour d'autres poissons plus importants. Elle a été comprise dans ce traité parce qu'elle forme la meilleure amorce que l'on puisse trouver en hiver, de novembre à février, pour pêcher au vif la Perche et le Bro- chet dans les étangs, les ruisseaux elles endroits où la chaleur et l'eau vive ont permis aux pois- sons de ne pas se retirer, à demi engourdis, dans les crùnes et les trous. BOUYER. — Sorte de Senne de très-grande dimension. (Voy. ce mot.) BOUYEROUNS. — iNom provençal de la montée d'Anguilles. (Voy. Montée.) BRANCHIAUX (Arcs). — Les arcs branchiaux (fiij. 8G-87), d'une courbure plus ou moins considérable, suivant les espèces de poissons et même les individus, sont des os arqués et solides qui soutiennent chacun une brancliie distincte. Le long de leur partie convexe, ils por- tent un ou plus souvent deux rangs de petites lames plus ou moins IlexiLles et un peu convexes d'un côté. Ces la- mes, appliquées l'une contre l'autre, sont attachées aux arcs branchiaux et revêtues à leur surface de ces mille et mille ramifications veineuses et artérielles où se passe le phénomène de l'hématose ; elles sont enfln recouvertes de membranes de diverses épaisseurs. Fig. 8G. — Arc branchial épi- Fig. 87. — Ar neux du Brochet, avec sa hrauchial d branc hie. la Carpe BRANGIIIOSTÈGES. 107 Fig. S8. — Branchies. Ces lames sont souvent garnies de petits poils plus abondants sur la face convexe que snr la face concave. La partie concave des arcs branchiaux no porte pas de branclihis mais des protubérances plus ou moins rugueuses, des dents et quelquefois de courts aiguillons {fig. 8(i) . Tous ces arcs sont élastiques et garnis, à l'extrémité, démuselés qui les font mouvoir et peuvent même augmenter leur courbure au besoin. En général, les poissons ont 4 arcs branchiaux de chaque côté de la fcte. Quelques-uns, cepen- dant, — Raies et Sciuales, — en ont 5, 6, 7 ; mais ces phénomènes semblent bornés à quelques espèces. BRANCHIES. — Ce mot, tiré du grec pfay/.ia, sert à designer les organes respiratoires des poissons vivant dans l'eau, par l'intermédiaire de laquelle ils absorbent l'air nécessaire à leur vie. Ces organes (/i^. 88), formés de lames deformi analogue aux dents d'un peigne(/ï5'. 8G), présentent de très-nombreuses ramifications de vaisseaux sanguins ; une, au moins, à chaque dent du peigne. Ces veines sont abouchées à des urtérioles. C'est au travers des parois de ces organes qu'est absorbé l'oxygène de l'ainqui transforme le sang veineux en sang artériel. Phénomène désigné sous le nom à'/iémalose ou révivificationdu sang. Ces organes sont protégés par une membrane appelée brcui- cliioslège. Le poisson avale l'eau par un mouve- ment régulier, spasmodique, analogue à la res- piration aérienne. Cette eau est chassée entre les lamelles des peignes branchiaux, et se trouve expulsée par les ouvertures extérieures qui portent le nom û'oines. Les branchies des animaux inférieurs sont quelquefois libres à l'extérieur, à l'état de houppes, de panaches, de franges, de feuillets, etc. (Voy. Arénh:ole, Annélides, etc.) Dans les poissons, les branchies sont toujours placées, quels qu'en soient le nombre, la grandeur et la forme, dans une cavité de chaque côté de la tête, cavité qui n'est qu'un prolongement de la bouche par laquelle l'eau est avalée. Les ouïes sont ouvertes précisément par suite de la contraction que, au moyen des muscles, le poisson faitsu- bir à la courbure des arcs branchiaux ; sou vent,cependant, elles sont munies d'un opercule et de ses membranes. La figure 89 montre la partie antérieure d'un Ma- quereau commun, dont l'appareil respiratoire a été mis à jour. (Voy. Crustacés.) BRANCHIOSTÈGE (Membrane). — Cette membrane protège et recouvre les branchies des poissons, d'où elle tire son nom de [5pay/_îa «TTc'yw, couvre-fjtanc/iie. Elle est placée entre la mâchoire et l'épaule, et renferme des pièces osseuses et cartilagineuses. Outre l'appareil des arcs branchiaux (voy. ce mot), l'os hyoïde porte, de chaque côté, des rayons qui soutiennent la membrane branchiale. Une sorte de battant composé de quatre pièces osseuses, le pré-opercule A, l'opercnle B, le sub-opercule C,et rinter-operculeD,sejointà celte membrane pour fermer la grande ouverture des ouïes. Il s'articule à l'os tympanique, et joue sur une pièce appelée le préopercule. Dans la tête de Truite {fig. 90), on voit en E les rayons branchiostèges, supportés dans la membrane branchiostège. Cette membrane ordinairement attachée à la partie inférieure de l'interopercule, l'est quelquefois à sa surface intérieure. En haut, l'inter-opercnle est attaché à l'os épihyalique ou stylo-hyalique, et forme ainsi l'un des anneaux de cette chaineau nioyende laquelle sontniaintenus les mouvements synchroniques de l'appareil respiratoire. BRANCHIOSTÈGES (Rayons). — La membrane E {fig. 9!») qui est placée, en tout ou en parlie, sous l'opercule des poissons, en général, est presque toujours soutenue, comme une nageoire, par des rayons simples, en nombre variable, suivant les espèces et les familles. Ces rayons sont mus par des muscles spéciaux et peuvent, en se rapprochant ou s'écartant comme les branches d'un éventail, plisser ou déployer la membrane qui les unit. Fig. 89. — Bi-aiichii'j du .Maquereau. Fig. '.•U — Tète de Truite. 108 BRÈ.\fE. Pour fermer les ouïes, e po'sson étend cette memljrane et ferme, en agissant ainsi, l'opercule qui applique fortement les Lords membraneux qui l'entourent sur ceux de l'orifice branchial ou ouïe; en un mot, sur la portion non wfoiiVe, appartenant au corps de l'animal. BRANLETTE. — (Voy. CANNES A l'ÊciiE [Confection des].) BRAS. — (Voy. Carpk) [os du]. BRÉGEL. — Sorte de filet fixe employé spécialement à la pèche des An- guilles (5'' anond. marit., Toulon), et ne pouvant être calé que pendant le temps de l'ouverture de cette pèche. (Art. 7, § 3 et 14.) BRÉGIN. — Synonyme de Bourrjin. (Voy. ce mot.) BREIGE. — Tramait dont on se sert dans la Gironde, pour prendre les Es- turgeons. (Voy. Tramail.) BRELOT. — Ce poisson est vorace et se jette avec avidité sur les appâts qu'on lui présente. On en prend beaucoup avec des hameçons ; c'est le même que la Sor- gue, et ce nom de Brelot lui est donné sur les côtes des Gharentes. (Voy. Sargue.) BRÈME [Genre]. {Ahramus, Lin.) — Malacopt abd. Cyprin. Groupe très-naturel de la famille, quoique peu distinct dans ses espèces. Toutes ont le corps large et comprimé, l'anale très-longue d'avant en arrière et coupée en courbe rentrante. La queue est fortement échancrée. Écailles grandes, solides, à stries concentriques. La portion antérieure du dos, en avant de la dorsale, préseiite une ligne dépourvue d'écaillés. On divise ce genre en quatre sous-genres : / Espace nu en avant de la Dents pharyngie.nnes \ dorsale Brèmes proprement dite\\ SUR UN SEUL RANG. , | Pas d'espacc nu sur le V dos , Abramidopsis. f Pas d'écaillés sur les carè- Dents pharyngiennes ) nés dorsales et ventrales. Blickes. SUR DEUX RANGS. .. . \ EcailIcs sur les carènes ' dorsales et ventrales. .. . Bliccopsis. Cinq espèces en tout pour la France. BRÈME BORDELIÈRE. — (Voy. BORDELIÈRE.) BRÈME COMMUNE (Cyprinus ou Abramus Brama, Lin.). —Malacopt. abdom. Cyprin. Long. max. = 0'n,40 à Cn.SO. Haut. = 0'n,i2. Syn. : Brecmiy angl. — Bleitzen^ allem. — Scarda, ital. — Pessegi, hongr. — Bleye, sax. — Klorzez, pol. — Lesch, russ. — Brax, suéd. — Brasen, dan. — Braexen, portug. Corps très-large et très-plat; dos arqué, caréné en avant, noirâtre ou noir bleuâtre; côtés et ventre d'un blanc jaunâtre. La ligne du dos et celle du ventre forment un cran auprès de la dorsale et de l'anale. La tête est petite, pointue et comme tronquée, l'œil petit, la bouche petite, sans barbillons; on aperçoit dans son intérieur une langue rouge, molle et épaisse, adhérente au palais. La nageoire anale est grande (27 rayons), plus large à la vue que la caudale qu'elle rejoint presque. La caudale est fourchue. Dorsale (li rayons); caudale et anale blanches, bordées de brun fondu. — Un appen- dice auprès de chaque ventrale. On a remarqué que les Drémes avaient le sens de l'ouïe fort délicat. — 32 vertèbres, et 15 cotes de chaque côté. (Voy. Temi'S de frai.) La Brème est souvent mise au nombre des Carpes, mais elle se rapproche beaucoup plus du Gardon, et surtout de la Rosse, quoique plus grosse, plus large et moins épaisse. Les Brèmes de rivières ne sont jamais aussi grosses que celles des lacs. La Brème est le poisson des eaux tranquilles ; elle vit où vit la Carpe, mais celle-ci occupe le rez-de-chaussée, et la Brème le premier étage. Elle croît assez rapidement. Sa chair est blanche, ferme et de bon goût, surtout quand le poisson est un peu gros. Extrêmement timide, souvent elle n'ose pas aller dans les herbes du bord déposer son frai, et les œufs, se décomposant dans son corps, la font périr au bout de quelque temps. La Brème dépose ses œufs dans les herbiers, et se retire dans les eaux profondes, où elle vit d'insectes, d'herbes et de limon. A l'époque de la ponte, le corps du mâle se couvre de verrues ou _J o o UJ Q ex UJ O WV > < o < v*" '!««^(9!:<ï^^,'.;: ;^ y: W 2 BRÈME. 109 proéminences disséminées sur sa peau. A cette époque, cliaquc femelle est souvent suivie de trois ou quatre mâles. Les œufs sont vénéneux, dit-on; mais ce fait demande confirmation. (Voy. Temps de fuai.; On appelle Brème gardonnée, une espèce moins grande que la Brème ordinaire, et dont les écailles sont brillantes comme celles du Gardon. Les Brèmes changent de couleur en vieillissant; les grosses ont la tête et le dos remljrunis, elles ont sur le corps des bandes rougeâtres. Il est probable que la Brème gardonnée est une jeune Brème qui se trouve dans les eaux vives, et qui est grasse, avec des écailles brillantes, car la nature de l'eau influe sur la couleur de ce poisson. BRÈME COMMUNE. — La Brème se pêche aux mômes lieux que la Carpe, dont elle partage les goûts et les habitudes. Ce poisson se réunit en troupes commandées par un chef auquel on donne le nom de j^oi des Brèmes. Rien de plus gracieux que de voir les évolutions de ce bataillon d'un nouveau genre, entre deux eaux, dans un endroit profond et tranquille, par un beau soleil d'été. La lumière joue sur leurs écailles, et les Bi'êmes, se promenant lentement autour des touffes d'herbe, ne daignent pas toucher à l'appât que leur tend le pêcheur. Il faut choisir un autre moment, ou attendre que l'eau, moins claire, les em- pêche de voir rembùche. Elles mordent alors de confiance, en faisant danser la flotte sur l'eau d'une manière caractéristique et unique. Ce poisson partage avec le Barbillon les goûts de la promenade sur les berges herbeuses couvertes par les crues momentanées ; il s'y prend facilement au ver rouge. Dans une eau vive les Brèmes s'engraissent facilement connue les Carpes et parviennent à une taille fort respectable. Les lieux fréquentés par la Brème sont les parties les plus profondes: dans les courants peu rapides, dont le fond est sablonneux et plein d'argile; dans les étangs, les endroits les plus larges et les plus tranquilles, où il y a de l'herbe. Elles se nourrissent de vers et d'autres animaux à corps mou, en même temps que de substances végétales. La pèche en est très-intéressante, et, en appâtant soigneusement le fond, on peut en rassembler un grand nombre au même endroit. La Brème est un des meilleurs appâts vifs pour le Brochet et les autres pois- sons carnassiers. Isaac Wallon prétend, qu'en France, la Brème est plus estimée qu'en Angle- terre, et cite le proverbe : « Qui aune Brème en son étang peut festoyer un ami. » Daniel, dans les Amusements champêtres, rapporte une pèche à la Brème qui est une bonne leçon pour ce genre d'exercice. La scène se passe dans un étang du comté d'Essex ; le temps était nuageux et le vent vif : « Il y avait sept cannes en « action, et on changeait très-souvent les esches en même temps. Quand un poisson (( était piqué et amené au-dessus ou près de la surface de l'eau, on en voyait un (i certain nombre le suivre, et aussitôt que les hameçons étaient esches de nouveau, (( ils étaient engloutis tout aussi goulûment. On prit quelques Perches et Tanches, c( mais principalement des Brèmes qui, terme moyen, pesaient 2 livres chaque, (( et depuis six heures du matin jusqu'à la brune du soir, on en prit au moins (i 100 livres. L'esche employée était le gros ver rouge et le coup avait été appâté « le matin et le soir précédant le jour de la pèche. L'appât dont on s'était servi était « du blé bouilli et du pain de creton (voy. ce mot) ou résidu de fonderies de suif, (( mêlé parmi. » On parle de Brèmes prises, dans les lacs d'Ecosse, qui auraient pesé plus de 30 et même 40 livres chaque (lo à 20 kilogrammes). Une bonne place pour la pèche de ce poisson doit être amorcée avec des grains de brasseur mêlés de pomme de terre, pétris en forme de boules, et régulièrement 110 BREME. jelcssur le coup depuis dix ou quinze jours. Aussi l'ait-on des captures énormes sur les endroits ainsi amorcés. BRÈME DE BUGGENHAGEN (Abramus Buggenhagii, Blocli). — Malacopt. abJ. Cyprin. Long. max. = 0'",:,<0. Syn. : Leitei\ Pomcra. — Large -sca/ed Bream, Pomeranian Bream, angl. Cette Brème, propre à nos rivières de l'Est et du Nord, et aux allluents du Rhin, est remar- quable parce qu'elle ne présente pas, comme l'espèce commune, un espace long et étroit, dépourvu d'écaillés sur la portion antérieure du dos. Sa tête et son dos sont brun-bleuàtre; ses flancs et son ventre argentés, marqués de points bruns ; les nageoires noirâtres. D, moins haute == 3 rayons simples, 9 ou 10 branches. A= 3 simples, 14 à 15 branches, quel- quefois 18. Présente les mo'urs de la liréme commune, et se pêche de même. BRÈME DE GÉHIN (Abramus Gehini). — Malacopt. abd. Cyprinoïdes. Long. max. =0"',30. Espèce très-voisine de la Brème commune, mais à dos moins élevé. Dos gris-bleu, flancs et ventre argentés, très-finement piquetés de noir. Ligne latérale de 52 écailles. D, haute, 3 rayons simples, 9 rameaux = 12. A = 24 rayons. Toutes les autres comme chez la Brème commune, mais semblant plus grandes par rapport à l'animal. Vit dans la Moselle. Se pèche comme l'espèce commune. BRÈME ROSSE (Abramus Abramo-rutilus). — Malacopt. abd. cyprinoïdes Long. max. = 0'",15. Encore une Brème de la région Est de la France, commune dans la Moselle ; nous l'avons prise dans le Rhin et dans .'es petites rivières de l'Alsace. Le corps est peu élevé, peu comprimé, ressemble l'Kj. '.'I. — liièiiic-Husât' [Ahramis abramo-rutdus, llull.j. beaucoup à celui du Gardon. Les nageoires, d'ailleurs, sont, comme chez ce dernier, rouges plus ou moins vif à leur base. Le dos est vert olive, les flancs un peu jaunâtres. L'œil grand. La ligne latérale a 42-46 écailles ; on en compte 8 rangées au-dessus, 4 au-dessous. D = 3-H8. A = 3 + 14-lG. A les mœurs du Gardon, et se pêche comme lui. (Voy. Temps de frai.) BRÈME DE MER, NOIRE. — (Voy. CaNTUÈRE GRISE.) BRÈME DE MER. — (Voy. Pagel A DENTS AIGUËS et Cantuère.) Gc iiom po- pulaire est donné d'ailleurs, dans les ports et sur les côtes, à un grand nombre de poissons à corps aplati, de la lïmiille des Sparoïdes. Î3 RI G OLE. m BRESEM. — Terme usité, en Alsace, pour désigner la Brème commune (Yoy. ce mot.) BRESSEAU. — (Voy. PÉCliE A LA LIGNE EN MER.) BRETEAU; — Nom d'une variété d'Anguille que l'on pêche en assez granae abondance dans la rivière d'Eure, en Normandie. C'est une variété blonde du Ver- nianx. (Voy. Anguille.) BRETELLIÈRE. — Nom des Petites Canières (voy. ce mot), dans l'arrondis- sement (le IJrest. BRETTEOU BRETTELIÈRE. — Z>m?-/b//e qui sert, en Normandie, à pren- dre les Chiens de mer. (Voy. Demi-folle.) BRETTE.— Nom picard de la Plie. (Voy. ce mot.) BRICOLE (Hameçons). — On donne le nom de Bricole à un hameçon à deux pointes (//^. 92 et !)3) qui s'emploie pour la pêche des poissons carnassiers à large Fig. 92. — Bricole Limeiick. Fig. 93. — Bricole Hameçon ordinaire. Fig. 94 — Grappin Limerick. bouche, comme le Brochet, la Perche, et môme les omnivores, comme le gros Chevesne. Est-ce lui ou est-ce l'engin auquel il sert de terminaison qui a donné son nom ;\ l'autre, c'est ce que nous ne savons pas, et ce qu'il n'importe pas beau- coup de savoir. Les Bricoles sont un genre d'hameçons beaucoup trop peu em- ployés et qui pourrait rendre des services continuels dans la pêche de mer. Son grand défaut est la difficulté d'en débarrasser le poisson sans être obligé de couper l'empile ; mais, à part cela, en se servant surtout de Bricoles Limericks (fig. 92) dont les pointes sont contournées, il est impossible qu'un poisson à large bouche se dégage une fois pris. Un degré au-dessus de la Bricole est le Grappin qui, lui, a trois crochets {/>g. 94). La monture ou empilage ordinaire des Bricoles est métallique et se fait de deux ou trois manières : d'abord sur une petite chaîne en cuivre pour les gros poissons de mer, soit avec du fil de cuivre, soit avec de la corde filée. Pour se servir du fil de laiton, on opère comme le montre la figure 95. Il s'agit de faire un toron, RS, portant une boucle à chaque extrémité et point de bouts qui s'accrochent dans la ligne. Pour cela, si l'on veut que RS ait 0'",15, ce qui est suffisant, on coupe un bout de laiton bien recuit et gros comme du fil fort, de la longueur de 0", 35, on plante un clou A dans une table B, et l'on plie sur lui-même le laiton de manière à lui donner la forme BC ; on passe un petit morceau de fer DC dans la boucle opposée à celle qui contient le clou A, qui ne doit pas avoir de tête, et Ton tourne dans un sens ou dans l'autre, en maintenant le milieu avec l'autre main, de façon que les deux extrémités du fil soient recouvertes par la partie oblique du fil de laiton. Comme les deux hameçons qui forment la Bricole sont ordinairement faits du même morceau d'acier, il s'ensuit que les deux hampes sont terminées par un anneau naturel, ce qui est une faute et une très-mauvaise construction. Le dos ■ Empile en laiton et ma- nière de la faire. 112 BRICOLE. des deux hameçons doit se loucher, mais avec un petit effort et grâce à l'élasticité du métal, on passe une des pointes des hameçons dans la boucle R ou S (fçj. 95), et, en suivant, on fait franchir h l'épaisseur du laiton la partie serrée, et la boucle arrive en R. La Bricole est empilée; mais cette méthode la laisse branlante au bout du laiton et peu commode à l'usage. Pour empiler une Bricole sur de la corde fdée {pg. 96), on coupe une longueur facultative de cette empile, 0'",15 à 0",20 suffisent le ^*'™*'**^^ ^ plus souvent, et on la plie comme MN. On la maintient Fig. 96. - Empile en eorde fiiîe. alors ployée par unc ligaturc très-soignée et bien vernie, puis on passe la boucle N dans la Bricole, et celle-ci est empilée, mais encore branlante au bout de sa monture. A ce sujet, c'est le moment de faire remarquer que la Bricole ne servant guère qu'avec des appâts vivants, il faut qu'elle soit montée de façon à être complètement cachée dans leur corps, avec le moins de dommage possible pour ces animaux généralement petits et fragiles, et dont il faut bien se garder d'éteindre la vie, puis- qu'elle fait leur seule valeur. Or, comment arriver à introduire de pareilles mon- tures dans le corps de très-petils poissons sans les déchirer, ou dans des insectes sans les fendre en plusieurs morceaux? Gela est impossible, et les pêcheurs qui se servent de Bricoles ainsi montées ne peuvent employer que des amorces vives d'un très-fort volume. Elles leur rapportent sans doute de belles pièces, mais la qualité n'est pas tout, et la quantité est bien quelque chose ; et puis, tous les cours d'eau ne produisent pas des monstres, et la plupart contiennent bon nombre de poissons très-respectables déjà et dont maint pêcheur ferait sa joie et ses délices. Notre pêcheur doit renoncer h attaquer ceux-là; il ne chasse pas au fusil, mais au canon. Honneur à lui! toutefois essayons de faire moins bien, mais autrement. « Tous les goûts sont dans la nature, » dit la sagesse des nations. D'abord, en se servant de corde filée, on peut l'empiler directement sur la hampe double des Bricoles, par une des méthodes communes de ligature à la soie, mais cette manière, quoique meilleure que la précédente, offre encore un trop gros volume ; elle est préférable en ce que la Bricole, maintenue par la roideur de la corde filée, ne branle plus au bout, et se passe mieux dans le poisson vif. Puisque le défaut relevé vient de la forme trop grosse de l'anneau des Bricoles, il faut trancher dans le vif et supprimer cet anneau; mais comment le faire? D'une manière bien simple, et qui produit des Bricoles supérieures, comme forme, à toutes celles faites d'une seule pièce. Nous allons prendre deux hameçons Limericks droits ou courbes, mais sans palette et dont la hampe sera terminée en pointe comme d'ha- bitude et fortlonj^ue. Nous les mettrons dos à dos, et au moyen de soie bien pois- sée, nous ferons quelques tours, en spirale éloignée, entre et sur eux, puis joignant au tout, l'extrémité de la corde filée, nous l'empilerons bien serré au moyen d'une ligature longue en soie cirée, puis vernie par-dessus. De cette manière, nous aurons une bricole dont la hampe sera presque de la même grosseur que la monture et qui pourra passer très-facilement dans le corps des animaux, quelque petits et délicats que nous les choisissions. (Voy. Grappin, fg. 94, plus haut, fait de cette manière). Tant que la Bricole n'est employée qu'avec de petits poissons, nous renvoyons à un article spécial pour savoir comment on les enferre. Mais la Bricole peut s'ap- pliquer à la pêche à la grande volée avec les gros insectes, hannetons, grillons, pour le Chevesne et la Truite, et dans ce cas les Bricoles ordinaires ne peuvent abso- lument pas servir; c'est ce qui nous a fait adopter la modification ci-dessous. BRICOLES. U;{ Pour les Broohols ordinaires, on fait les bricoles avec deux hameçons nu- méro 3 à 0. Pour les Truites, de 9 ;\ 4. Pour les poissons de mer, de 5 à 000. Nous avons môme fait, pour la pêche au vif avec le petit Véron, d'excellentes Bricoles montées sur florence ou mieux sur crin filé, avec deux hameçons numéros iOh 12. Pour les Chevesnes, au hanneton, deux hameçons 9 à 5. Nous devons terminer cet article par la description de la méthode que nous sui- vons pour placer un insecte à une Bricole ou à un Grappin {fig. 1)7), sans l'endommager; cette petite manœuvre exige un arrangement spécial. E {/i(j. 97) est l'extrémité d'une avancée de flo- rence, qui, elle-même, est l'extrémité d'une ligne de soie venant d'un moulinet. En C, cette florence / X />x • I • r>i '\ I •! ' Fia. 97. — Bricolaee des insectes. (ce peut être encore mieux du crin nie) est empilée en boucle dans laquelle a été passée l'anneau fermé d'un très-petit émerillon D. Dans l'anneau suivant, à ressort, est passée la boucle de l'empile BA de la Bri- cole. Le dessinateur a interverti la position des boucles, fermées et à ressort, de l'Émerillon, mais la manœuvre du tout se comprend malgré cette inadvertance. RI {/ig. 98), est une aiguille à tapisserie de dimension ordinaire, plutôt fine que grosse. L'un des côtés du chas _ a été coupé, en I, au moyen i »• d'une petite lime fine et les F;^. os. — Aiguille pour le bricolage des gros insectes. bords de la coupure doucement amincis. Voici maintenant comment on opère. On saisit le hanneton entre les deux premiers doigts de la main gauche, on prend dans sa main droite l'aiguille RI, dans le chas de laquelle on accroche, par I, la boucle D de l'empile. On a un peu serré dans ses doigts la boucle D de façon qu'elle soit le moins écartée possible ; alors on enfonce l'aiguille R par le bout du hanneton opposé h la tête, et on la fait ressortir par cet organe. Le reste de l'appa- reil suit et le hanneton se trouve orné de deux ou trois petits appendices que la Truite et le Chevesne ne voient pas, mais qu'ils sentent parfaitement. L'aiguille est dégagée; la boucle D passée dans l'anneau à ressort de l'émerillonDC, et le pê- cheur est muni d'un excellent et solide appât que rien ne dérangera. On réussit encore mieux en remplaçant les bricoles par un petit grappin A de 3 limericks, numéros 9 {fig. 97). Tous les insectes un peu gros servent parfaitement à cet usage, barbare, c'est vrai, mais très-avantageux pour le panier du pêcheur. BRICOLER UN POISSON. — (Voy. ENFERRER UN POISSON VIF.) BRICOLES. — On donne encore le nom de bricoles à des lignes dormantes particulières que l'on tend pour prendre surtout le Brochet, de nuit, dans les étangs ou les cours d'eau qui ne présentent pas une trop grande rapidité. On a varié ces pièges de mille manières, nous passerons en revue les principa- les qui forment en quelque sorte des types que chaque pêcheur pourra modifier suivant les lieux, suivant les habitudes et les goûts du poisson. Le Pater-noster et les Jeux doivent être mis au premier rang des bricoles, quanil on les tend de nuit et au vif. (Voy. ces mots.) Rappelons, une fois pour toutes, que les pêches du Brochet, de la Truite et de tous les poissons carnassiers et chasseurs se font de la même manière, et, sauf la 8 114 lUUCOLES. taille, que ee qui est boa pour l'un est excellent pour l'autre. De plus, (|ue tous les poissons chasseurs, ayant la bouche abondamment pourvue de dents, tous les ha- meçons ou l)ricoles employés seront montés sur métal [pg. Oo) ou sur corde filée {fi(j. 1)6). Enfin (pie toutes les bricoles tendues, le sont au j)oisson vif, dont nous avons indiqué la monlure et autres circonstances. La première bricole, la plus simple, est celle indiquée (//y. 99). Elle se compose d'une bouée A ou gros bouchon de liège peint en couleur voyante et souvent surmonte d'une plume ; au travers de ce bouchon passe la ligne C qui porte l'hameçon que l'on place à une profondeur dépen- dant de la quantité d'eau oii l'on pêche. Règle générale : tous les poissons chasseurs nagent entre deux eaux. Il faudra donc sonder la profondeur moyenne, et faire en sorte que le petit poisson-amorce soit à mi-hauteur du fond à la surface. Quand le poisson est mis à l'hameçon, on lance les bricoles dans l'étang, le soir, et le lendemain on revient, au petit jour avec un bateau, récoller toutes celles que l'on a ainsi jetées. Si un Brochet a, pendant la nuit, attaqué une des amorces, il s'est enferré tout seul. Il a commencé en fuyant par entraîner les bouées sous l'eau, mais l'effort nécessaire pour y maintenir le liège l'a fatigué et, à ce moment, vous le trouverez se promenant lentement avec son liège ^^f' ':*''• , qu'il fait plonger de temi)s en temps et (lui vous indique sa direction. Bricole simple. i i o i i i i Il est quelquefois assez difficile de ressaisir ce liège quand on a affaire à un poisson de taille respectable, l'animal fuyant dès qu'il voit le bateau approcher, et la poiu'suite pouvant être longue à moins qu'il ne s'accroche dans les herbes ou les branches, auquel cas on peut tout perdre. II est donc prudent de se munir d'une petite fourche à long manche, ou d'un crochet monté de même, pour s'efforcer de saisir la ligne au-dessous du bouchon. Ces inconvénients ont fait modifier la bricole comme {(ig. 100); la bouée R porte ici plusieurs mètres de la ligne S enroulés autour d'elle, et le dernier tour étant retenu par une petite coche dans le liège, ou attaché avec un brin de coton très-mince. Quand le Brochet s'est pris, au premier mouvement qu'il fait pour plonger, la ligne se dé- roule et le poisson reste pris à plusieurs mètres de la bouée qu'il traîne encore, mais qu'il ne secoue pas autant, vu l'élasticité de la ligne. Dans ce cas le pécheur peut saisir cette ligne beaucoup plus Fig. 100. facilement, à la main, de dedans le bateau. Ce système a l'inconvénient que le Brochet embrouille presque toujours la ligne qu'il traîne dans les herbes ou les branches et parvient quelquefois à se décrocher, à son grand dam, c'est vrai, et non sans y laisser quelque morceau de sa mâchoire, mais enfin, quand le pêcheur arrive, le péché est parti. On peut re- médier à ce malheur en attachant à la ligne enroulée sur la bouée R, une corde qui vient se fixer au rivage et que l'on soutient par des postillons. Mais le remède ne vaut guère mieux que le mal, parce que la corde se mêle et que la bricole fixe est moins chanceuse que la bricole libre, laquelle parcourt, suivant le vent ou le courant, l'é- tendue de la pièce d'eau. Tous les engins que nous venons d'étudier ont, au reste, un défaut capital, c'est d'être visibles de la rive, et par conséquent faciles à enlever avant la venue du propriétaire ou du pêcheur. Ce défaut était surtout sensible pour les braconniers, BISICOLES, 115 aussi l'ont-ils senti, cl se soiil-ils ;n)pli(iursà y trouver des remèdes. Ils ont réussi; le mal rend ingénieux. La bricole BCD (fi y. 101) est une de ces machines perfides et cachées que rien ne décèle et que le tendeur seul connaît. A est un plomb de fond sur leciuel est fixé, dans un trou, une baguette de coudrier ou du premier arbre venu de la haie voisine, et dont la longueur est approximativement les deux tiers de la profondeur de l'eau. Cette baguette C reçoit la forme courbée que montre la figure 101 et porte, enroulée en spirale autour d'elle, une ligne atta- chée au plomb A, et qui, après avoir fait un nœud au bout C de la baguette, porte en D le petit pois- son-appât. La longueur CD est calculée de façon que D soit h. mi-hauteur de l'eau. Enfin, euB, est une corde qui attache le plomb à la rive, sous l'eau, et ne peut être trouvée qu'au moyen de re- pères que le tendeur a choisis. Quand le Brochet ^'>- lo'-- Biiooic cachée, à baguette fixe. a saisi l'amorce D, il se promène en dessous de la baguette CB sans pouvoir y mêler la ligne, et, s'il fait effort pour se sauver, l'élasticité de la baguette empêche qu'elle ne se brise, non plus que la ligne qui l'entoure et la consolide. Celle bricole présente encore ses défauts, comme toute chose en ce monde. On ne peut pas la régler suivant la profondeur de l'eau pour qu'elle soit toujours bien ten- due. Si la baguette est trop longue, on la voit au-dessus de l'eau; le secret est éventé; si elle est trop courte, le i)oisson-amorce est trop bas, le Brochet ne l'attaque pas. On a encore remédié à tout cela. La bricole (/? o 1=^ o F- o W BllOCHET. H7 vaste œsophage, et alors il aspire le reste et l'engloutit. S'il prend une Perche ou un autre poisson e'pineux, il le serre dans sa gueule, qui présente une force étonnante, le tient ainsi hors d'état de se mouvoir, et l'écrase; ou attend qu'il meurt de ses blessures, pour l'avaler. Si, dans son élan terrible, il manque d'engloutir un poisson, son coup de dent est si soudain, qu'il coupe un morceau de cet animal comme avec un rasoir. Nous avons pris, au\ lignes de fond, des poissons ainsi attaqués par le Brochet après qu'ils s'étaient accrochés aux hameçons, et dont le corps était coupé de biais, aussi net qu'avec un couperet. La voracité de l'Anguille est proverbiale, mais celle du Brochet n'est pas moins remarquable. Dans le lac de Lucerne, l'Anguille devient souvent la proie de Brochets monstrueux. M. le colonel Pfjll'er écrivait à Noël de la Morinière qu'une Anguille du poids de 1 kil. 500, saisie par un Bro- chet, était parvenue à se frayer un passage sous l'opercule branchial de ce poisson, et que tous deux vivaient lorsque le Brochet fut péché. Quel parasite! Les Brochets ne vont pas de compagnie, cependant ils se rassemblent en assez grand nombre, en mars et avril, qui est l'époque du frai. On les rencontre ordinairement deux par deux, mâle et femelle, se suivant à l'époque des amours. Le Brochet nage avec une grande vigueur et une rapidité remarquable. Ses organes propul- seurs, dorsale et caudale, reculés en arrière, le lancent en avant comme une flèche, même hors de l'eau, pour .atteindre une proie. Ses mouvements secs et saccadés n'ont, du reste, rien de gracieux, et dénotent la brutalité de ses mœurs. Il dort ou il chasse, pas de milieu; c'est une machine à dévorer : poissons aussi gros que lui, poissons armés d'épines, rats d'eau, petits canards et autres oiseaux aquatiques ; animaux morts, tout lui est bon. La chair de ce poisson est estimée, elle passe après celle de la Perche; mais elle est ferme, blanche et sans trop d'arêtes, surtout quand l'individu a trois ou quatre ans. Ce poisson se développe très-rapidement, surtout dans les premières années. Les œufs éclosent vite, plus vite que ceux des espèces non voraces, dont il fait sa nourriture. D'autre part, il fraye dès février; la plupart des Cyprins et des Ables ne frayent qu'en mai et juin; il a donc une avance considérable et calculée par la nature, pour qu'il ne manque pas de nourriture. Ces faits, rassem- blés, expliquent pourquoi il envahit et dépeuple cet tains cours d'eau, où il finit par être forcé de s'entre-dévorer, faute de proie plus facile. Il faudrait permettre la pêche du Brochet au temps du frai. On rétablirait ainsi l'équilibre, parce qu'il s'en sauverait toujours une assez grande quantité. Au moment où nous écrivons, cer- taines rivières en sont exclusivement peuplées, et c'est presque toujours le cas des petits cours d'eau à courant lent, profond, et à rives ombragées de roseaux. C'est un poisson très-commun en Europe et dans l'Amérique du Nord. BROCHET COMMUN. — Nous venons de dire que ce poisson est très-vorace et se jette avidement sur les appâts qu'on lui présente, cependant cette voracité a ses heures et ses caprices. Le pêcheur doit connaître les unes et déjouer les se- conds, ce qui n'est pas toujours facile. Le Brochet, ayant la gueule garnie d'un très-grand nombre de dents, couperait le plus souvent Teinpile si elle était faite en florence ou en crin. Aussi est-on obligé d'avoir recours à la corde filée ou au fil de laiton fm et recuit dont on construit des chaînettes. Le Brochet donne sur tous les appâts, mais de préférence sur les petits poissons vifs, les grenouilles, et toute proie vivante. Pour le pécher, on se sert ordinairement de bricoles ou hameçons dou- bles, un peu forts, afin d'offrir de la résistance aux efforts de ce poisson très- robuste. (Voy. Bricoles et bricoler un poisson.) Quand le Brochet a mordu à une amorce, on ne doit pas se presser de ferrer, il ne lâche jamais sa proie, mais il l'emporte souvent fort loin pour l'avaler à son aise. Il est donc bon de la lui laisser entraîner librement, et de ferrer ensuite, ferme, autant que le permet la force de la ligne ou la bricole dans une bouche ar- mée et dure comme celle du Brochet, car on peut ne rencontrer que des parties solides sur lesquelles il faut toujours craindre que la pointe de l'hameçon ne puisse pas assez mordre. 118 BROC m: T. La meilleuro époque pour pocher le lîrochet à la ligne est le mois d'octobre; on commence dès septembre, et on finit en décembre; quand le temps est doux, le vent au midi, la pèche est bonne, le Brochet s'agite, mord et chasse ; mais, si le vent tourne au n(M'(l, plus de pèche; le Brochet est au fond, près des sources chaudes et il n'en ])ougera pas, il n'a plus faim. Car, comme toutes les espèces carnivores, s"il peut mander d'une façon ellVayante, il sait jeûner d'une manière miraculeuse : et il ne s'en fait pas faute, malgré lui, (piand la saison de la bise est venue. Toutes les fois que le pêcheur auia piis un Brochet, surtout si celui-ci est un peu gros, il fera sagement de se servir du dégorgeoir {fl(j. 103) pour extraire l'hameçon ou la bricole de la gueule du poisson ; il fera encore sagement de n'y pas mettre les doigts, parce que la forme recourbée et crochue des """ "'^^ ^' 700 dents qui garnissent les mâchoires rendent la po- 'ig. 103. - Dégorgeoir. sitiou très-difficilc ; on y entre facilement, mais on n'en sort pas de même, surtout sans avarie à sa peau; sans compter que les dents, qui peuvent être enduites de matières étrangères, les déposent dans la plaie, la- quelle, dans ce cas, risque de ne pas être très-saine. En tendant au Brochet, l'amorce vive doit être toujours à moitié hauteur du fond de l'eau à la surface. Il faut toujours employer des émerillons(/?^. 104) afin de laisser au poisson-amorce toute latitude de se promener sans embrouiller la li- gne. Ayez une flotte solide et bien visible Fig. lOi. - Én>e.illo„s de diirerentes formes. g {f,(J. 105); Ic BrOChct, Vrai pirate, UO s'occupe pas de ces misères-là. Si la Hotte avait l'air de vivre, il l'attaquerait comme le reste : que lui fait la couleur ? Rien de plus facile que de s'apercevoir si une rivière ou un étang contient des Brochets. De temps en temps une traînée de poudre paraît s'enflammer à la sur- \ face de l'eau, une gerbe de petits poissons brillants s'élance et I semble* l'épanouissement d'un sillon à peine visible sur l'eau. /ëLJ C'est le Brochet qui chasse ; les petits poissons quittent l'eau pour ■^^t::^ l'air et fuient, mais en vain, la dent meurtrière (lui les déchire les P ^;:ugy uns après les autres. m:"\^ C'est du reste le seul poisson qui inspire aux autres animaux de ^s^ji p^^ sa classe assez de frayeur pour les chasser de leur élément. La ^^^ ^^ Truite chasse, mais c'est elle qui bondit hors de l'eau après les in- ^^^^g sectes, ou, comme une flèche, va saisir le goujon novice ou l'ablette ' ^^s-^ imprudente : la Perche gloutonne chasse également autour des -'■"- toull'es de roseaux. Le Brochet seul inspire celte épouvante, et fait /'fy. lOo.- Flotte jaillir les petits poissons en l'air comme les étincelles que tire à Brochet. p.^^j^,^, ^^ j,^ j^^^.^^j^ ^^^ rémoulcur. Le Brochet, au reste, se trouve partout. Les étangs les mieux fermés finissent par encontenir sans qu'on en ait voulu mettre. Les oiseaux aquatiques se chargent de ce transport, en gardant, attachés à leurs pattes et à leurs plumes, les œufs gluants du terrible destructeur. 11 est comme la mauvaise herbe, il prend partout. Il est probable de plus (]ue la propriété purgative des œufs du Brochet n'a pas été attachée en vain à ces organes, par la nature qui ne fait rien d'inutile. Cette vertu permet aux œufs de n'être pas digérés i)ar les oiseaux (pii les mangent et les emportent BROCHET. H9 iiilaels dans leurs iiilcstins pour les aller semer un peu i)lus loin où souvenU'homnu' n'avait pas besoin de Thùle importun (pii en nailra. Il n'est pas sans exemple, surloul dans les étangs, qu"un jeune Brochet, en fo- lâtrant, se jette sur le ver rouge que le pêcheur tend à la gourmandise des Gardons. Le Brochet même se régale quehiuel'ois d'insectes et attaque au besoin la mouche naturelle, à la pêche ;\ la surprise. Mais ce cas est rare. Le Goiilv dédaigne de sembla- bles morceaux. Se nourrissant de petits et moyens poissons, il doit fréquenter les mêmes parages qu'eux, c'est pourquoi on le rencontre ordinairement entre deux eaux. La voracité des Brochets s'exerce sur toutes choses qui touchent à l'eau ou qui sont charriées par elle ; aussi, n'y regardant pas de trop près, est-il exposé à une foule de méprises dont la digestion pourrait être trop longue, et l'accumulation, dans son estomac, indigeste. C'est pourquoi la nature lui a donné, comme à tous les poissons en général, mais surtout aux poissons voraces, la propriété de rejeter les aliments avec la plus grande facilité. Le Brochet n'en est pas encore au même point que la Morue, qui, dit-on, vomit son estomac, le lave, le retourne et le remet en place sans qu'il y paraisse autrement, prête à recommencer quand l'occasion s'en présentera, ou quand le besoin s'en fera sentir. Mais sans être de cette force, le Brochet possède un fort joli talent : aussi, à la moindre atteinte de l'hameçon ou de la bricole, s'empresse-t-il de la restituer, et comme sa gueule et son gosier sont d'une énorme dimension et capables de se distendre à volonté, il parviendrait sou- vent à se dégager, si le pêcheur ne faisait judicieusement choix d'hameçons et de bricoles de petites dimensions, mais surtout munis de pointes très-effilées. C'est avec d'autant plus de raison, qu'en entrant comme en sortant, le fer a plus de chances de rencontrer un corps dur, dans cette gueule, qu'une partie charnue où enfoncer sa pointe : il vaut donc mieux aller plus loin prendre son point d'appui, dans l'estomac. On peut résumer la monture des lignes, pour le Brochet, en disant : mon- ture solide, hameçons petits, solides et acérés. La position habituelle du Brochet est un des obstacles les plus sérieux à vaincre pour le pêcheur. Le Brochet n'approche de la rive que quand il fait très-chaud, en été, et qu'il y vient dormir à fleur d'eau, au soleil. Quand il chasse, c'est le mo- ment où il mord, il ne le fait qu'en pleine eau, au milieu de la rivière ou de l'é- tang. C'est donc là que le pêcheur doit l'aller chercher, et ce n'est pas toujours chose facile. Il faut se munir d'une canne longue et forte le plus possible, terminée par un scion solide et flexible, mais un peu raide. Comme il n'est pas du tout nécessaire de tenir la canne à la main, elle peut avoir d'énormes dimensions, et ces cannes gigantesques sont les meilleures. On peut les faire en bois peint; quand on a, par leur moyen, lancé l'amorce au milieu de la rivière, on laisse la canne couchée moitié sur la rive, moitié sur l'eau qui la porte, ou bien on la met sur des fourches, si la rive est élevée. Alors le pêcheur s'assied commodément, et quand il a installé deux ou trois cannes, au plus, à portée de son œil et de son bras, il attend que sire Brochet veuille bien s'asseoir au banquet auquel il est convié. Entre la flotte qui sera solide, avons-nous dit, et l'extrémité de la canne, on doit éviter que la ligne ne se mêle. Comme le poisson-amorce nage, tourne, et re- tourne en cherchant à fuir, il faut maintenir la ligne à fleur d'eau : on y arrive aisément au moyen de deux ou trois postillons placés sur sa longueur. (Voy. ce mot. 120 " BROCHET. 11 faut être muni (mi oulre d'une boite à amorces vives, de petits poissons, d'une aiguille à amorcer el enrcrrer les petits poissons comme nous le disons, en choisis- sant la méthode qui semble la plus expéditive et la plus commode. La ligne à Brochet est d'ailleurs décrite en détail. La poche du Brochet en elle-même n'est pas difficile, car ce poisson ne brille ni par sa défiance ni par ses ruses. Confiant dans ses forces el poussé par son insatiable gloutonnerie, il s'é- lance, pour ainsi dire, sans regarder, sur la proie qui lui semble à sa portée. C'est surtout dans les endroits tranquilles, près des remous paresseux, des eaux amor- ties, autour des grandes toufïcs de roseaux et des herbes qu'il rôde lentement, s'élançant comme une flèche quand il voit l'occasion favorable. Il s'embusque éga- lement sous les racines des bords profonds, parmi le chevelu des herbes pendantes sur la rivière. Si, delà, il aperçoit l'amorce vivante dont les allures lui semblent en- travées et par consé(juent offrant une proie facile et incapable d'une fuite sérieus(\ il bondira, et d'un seul coup engloutira l'amorce, l'hameçon et souvent 0"',tO à 0",15 de l'empile. C'est alors qu'il faut se féliciter d'avoir employé la corde filée et de tenir en main une gaule solide et une ligne résistante, car la bataille sérieuse commence, mais celte fois entre le pécheur el le Brochet. Avec un peu d'adresse elle se termine toujours par une victoire pour le pécheur. La résistance du Brochet est brutale, furieuse, aveugle, mais peu longue : il est facilement réduit et ne ruse jamais. Agissez donc en connaissance de cause. Le Brochet chasse généralement le matin et vers le soir : c'est le moment oi^i il faut aller le pécher. Dans l'été, il ne mord guère, et passe la journée au soleil à se chauffer ou à dormir. L'abondance des petits poissons qu'il hume en passant fait qu'il dédaigne ceux qu'on serait tenté de lui offrir avec un hameçon comme condi- ment, aussi le pêcheur change-t-il de tactique dans les longs jours de la canicule. Il pêche alors le Brochet au collet. On prend, pour cela, une perche d'un bois léger, de 3 m. de longueur; on attache à l'extrémité un collet de crin de cheval, en six doubles; ou un collet en fil de laiton. On ouvre ce collet le long de la perche et non en travers. Si le temps est beau et limpide, on se promène le long de la rivière et l'on voit le Brochet qui dort. On s'en approche alors en silence pour éviter de le réveil- ler : on peut l'approcher, presque toujours, à le toucher avec la perche. Quand on est bien placé, on passe adroitement le collet formant nœud coulant sous le poisson sans le toucher autant que possible, on s'arrête un peu au dchà des ouïes, vers le point d'équilibre du corps entier, et d'un coup sec en relevant, on l'enlève tout d'un coup hors de l'eau pour le lancer derrière soi sur la prairie. Le Brochet ne s'échappe pas quand on le touche, il ne fuit qu'au bruit. Cer- tains pêcheurs même sont tellement adroits, qu'en touchant légèrement le poisson à certaines parties du corps, ils le font tourner jusqu'à ce qu'il soit convenablement placé pour passer le collet. Cette pêche se fait depuis le mois de février jusqu'au mois d'août. Pèche du Brochet aux bricoles. — Ce genre de pêche, extrêmement intéressant, se fait de plusieurs manières et procure la capture des plus grosses pièces des étangs et des rivières. (Yoy. Bricoles.) Pêche à la ligne calante. — A une grande gaule de -4 à o m. on attache une ficelle vers le milieu de la longueur et on enroule celle ligne autour de la canne jusqu'à son extrémité. Le fil (jui reste doit encore avoir au moins 5 m. de longueur. On attache, au bout, la bricole portanU'appàt ; pour que celui-ci entre dans l'eau, CABLIÈRES. 121 on met de distance en distance des plombs ;\ la ligne. On lance alors celle-ci avec force et on se promène, la perche en main, sur le bord de l'eau en agitant de temps en temps la canne pour faire remuer le poisson comme s'il était vivant. Il faut, comme aux autres méthodes de pécher le Brochet, laisser à celui-ci le temps d'engammer l'amorce et ne pas ferrer dès qu'il la touche. Cette pêche peut se l'aire à toute heure, mais il vaut mieux s'y livrer le soir, un peu avant le coucher du soleil; ou le matin, 2 heures après son lever. Pèche à la Tarbitte. — Quand on a préparé sa ligne, on tient la canne de la main gauche, et de la main droite le paquet de ficelle, en en dévidant autant qu'il en faut pour jeter la ligne dans l'étang ou la rivière, on laisse aller l'amorce au fond et on fait sautiller le poisson en le retirant par saccades au moyen de la corde. Quand le Brochet s'élancera sur l'amorce, on lui lâchera de la ligne jusqu'à ce qu'il soit accroché en lui laissant le temps d'avaler le goujon, puis on l'amènera doucement en retirant la ligne, de la main droite. Il est bon, quand on sent que le poisson a mordu, de donner une petite saccade à la ligne pour ferrer. Dès qu'il est pris au bord, si l'on est monté d'une ligne assez forte pour ne rien craindre et si l'on voit que le poisson est bien accroché, on le jette hors de l'eau; mais, dans tous les cas où on le pourra, il sera plus prudent de recourir à l'épuisette. BROCHETON, — Petit Brochet, (^'oy. ce mot.) BROQUER. — C'est enfiler un poisson sur un hameçon, par les yeux, les ouïes, etc. (Voy. Enferrer un poisson vif. Bricoles, etc.) BROUCHET — Nom gascon du Brochet. (Voy. ce mot.) BUCHOT. — Dénomination normande d'une sorte de petit bouteux dont la poche est faite en espèce de grosse toile à jour, et qui sert à prendre des Crevettes. (Voy. Douteux. — Yoy. Parcs.) BUHAUTIER. — Petit honteux qui sert, en Picardie, A. prendre les Crevettes. (Yoy. Bouteux.) BUIRON. — Nom provençnl de la Montée des Ançiiilles. (Voy. Montée.) BURRATSCHEL. — Nom vulgaire du Carassin à Strasbourg. (Toy. Carpe carassin.) - C CABLIÈRES. — On donne le nom de càblières à des pierres DE {fifj. 106), qui servent à retenir au fond de la mer les cordes C, ou ap- f pelets, au moyen desquels se fait la pêche. Ces mêmes càblières s'emploient pour la pêche en eau douce, et servent à retenir, au fond des fleuves et des rivières, les cordes ou lignes de fond qu'on y tend; elles portent alors le nom de Pariaux. Dans l'un comme dans l'autre genre de pêche, il vaut toujours mieux, quand on ne regarde pas à un peu de dé- -^ pense, remplacer les pierres par des plombs assortis de gros- Fig. lue-càbiière et corde. seur et disposés le long de la hauffe C, ou maîtresse corde. L'appareil est ainsi 122 C A 15 LIÉ ri ES. F'Q. 1U7. Fiy. 108. nâblière percée. Càblière en gourde beaucoup plus facile à lever, ce qui peut se faire sans détacher les plombs. D'un autre côté, les pêcheurs de profession font reniar(|uer, que quand leur bauffe est débarrassée des càblières qui restent au fond du bateau ou sur le rivage, ils ont moins de peine à la remuer quand il s'agit de lélendre sur des piquets ou pâlots pour la faire sécher. Or, ce séchage est très-important pour la conservation des cordes; il faudra donc, (juand on se servira de plombs et qu'on voudra concilier tout, attacher les ploudjs, à part, aune petite corde de bitord, qui pourra se déta- cher par une demi-clef C (//^. lOG), comme les empiles ordinaires. On aura soin de choisir des plombs en olive un peu gros, afin d'en mettre un moins grand nombre ^;5^ et de ne pas les perdre une fois détachés; enfin, on les montera de façon à ce qu'ils se fixent absolument contre la bauffe afin que les empiles ne s'y accrochent point. Les càblières en pierre dont se servent les pé- cheurs sont choisies ou en gourde, comme un 8, ren- flées aux deux extrémités ' fig. 107), afin de placer au milieu la corde d'empilé, ou percées {fig. 108). Si la na- ture peut leur en fournir de toutes faites, il est rare qu'ils en percent eux-mêmes; cependant quelques-uns le font et avec raison, elles sont plus régulières. Les càJjlières remplacent souvent les plombs des jeux, surtout quand on a un grand nombie de ces appareils à tendre : on en met quelquefois une aussi, en guise de plombs, aux libourets, au pater-noster, à l'arbalète, à l'archet, etc. (Yoy. Pêche à la ligne en mer.) CÀBLIÈRES [Grandes]. — La pèche aux grandes càblières, pèche qui prend aussi le nom de pêche aux bauffes, dormante ou sédentaire, se fait de différentes maniè- res, suivant le fond et la vigueur de la mer. L'engin principal est une vraie et pure ligne de ïo\\ù.{fig. 109), composée : 1° D'une bauffe ou maîtresse corde, AMB, d'une longueur indéterminée, et d'une force suffisante pour résister aux coups de mer, et à la traction des poissons qui agissent, sans intermédiaire, sur cette corde attachée à deux points fixes. Ordinairement elle se fait en corde de chanvre bien dévrillée et tannée avec soin, de la grosseur de la figure 110 ; 2° De deux fortes pierres A, B,ou càbliè- res, servant à faire caler la ligne {fig. 109); 3° D'hameçons empilés s, p, q, r, et attachés par l'empile sur la bauffe avec un écartement de l^joO à 2", 00; 4° De petites pierres ou càblières m, n, v, pour bien équi- librer la ligne sur le sable ; 3" Quelquefois de corcerons C, D, destinées, au contraire, à l'alléger pour qu'elle ne se perde pas dans la vase ou les herbes, suivant la manière de la tendre. Cette manière est différente suivant les cas : ou bien l'on creuse, à la bêche, dans le sable un sillon dans lequel on couche la bauffe tout du long, on la recouvre de sable, et les hameçons amarrés sortent seuls avec une partie de l'empile; ou bien. Fig. 109. — Grande Càblière, tendue. Fig. lin. - Conlo (te fond. CABLIKHES. 123 on laisse la haiitl'c à dcnuMirc sur le sable, eoinplaiit sur le poids des eàldières pour que la mer u'euiporle pas le lout. L'inclinaison de la grève fait surtout varier le mode de tendre sur ou sous le sable ; le nombre et la grosseur des galets aide encore à déterminer quel mode doit être adopté. Dans la Méditerranée, comme dans r(3céan, on tend également ces lignes à une certaine distance des côtes, mais alors en pleine eau. Ordinairement, ces baufl'es- là ont de oO à 60 mètres de longueur, et la corde est de la grosseur de la figure III. La ligure 109 donne une idée très-exacte de cette ligne de fond. Les pêcheurs emportent leurs engins dans une barque ^' et s'éloignent du rivage, en" se portant au-dessus du fond ou du banc où ils veulent pécher. Ils commencent par lais- ser couler doucement la grosse câblière B, et, à mesure, les f/^/. m. — Bauive empiles qui sont espacées de i mètres sur la bauffe, celle-ci étant lovée dans un panier; les empiles restent en dehors, les hameçons sur le bord. On dévide doucement, en nageant, et les hameçons tout amorcés gagnent le fond de l'eau. De temps en temps, sur la bauffe MN, on attache de petites câblièresm, n, u; enfin quand toute la corde est à l'eau, on attache à la câblière A un orin muni de sa bouée {fig. 112), on laisse couler, et la corde de fond se trouve tendue. Quand on veut relever cette ligne, on saisit la bouée, et, au moyen de l'orin, on retire la câblière A, puis successivement toute la corde que l'on roule à mesure dans son panier, laissant les ha- ., , , , „ , , , „, /. w Fin. U2. —Bouée. meçons empiles en dehors ann que tout ne s emmêle pas. On de- croche le poisson à mesure qu'il se présente. On arrive à la seconde grosse câblière B; on la remet à l'eau; on réamorce les hameçons dépouillés, et l'on re- commence la pèche delà même manière. 11 est bon de calculer le nombre de lignes semblables que l'on met à la mer, à une petite distance les unes des autres, afin que, pendant qu'on les relève, il y ait assez de temps pour laisser arriver le poisson, et que la pêche soit fructueuse. Il faut que la ligne séjourne au fond de l'eau 2 à 3 heures. Si le pêcheur se décide pour ce dernier chiffre, et qu'il faille une demi-heure pour relever et remettre cha- que ligne à l'eau , avec 6 de ces engins, ses hommes seront constamment occupés, et en relevant ses lignes à tour de rôle, et dans leur ordre d'immersion, elles auront toutes passé le même temps nécessaire à la mer. Dans le Nord, la maîtresse corde, ou bauffe, des lignes de fond, a environ 1 centi- mètre de diamètre (/?^. 1 1 1), elle est tordue avec soin et tannée fortement, ainsi que les empiles. On lui donne en moyenne 500 mètres de long, et elle porte 100 hameçons. Les empiles ont 2 mètres de long, et sont faites en cordelette de la grosseur d'une forte paille de froment, et sont munies d'hameçons en fer forgé de 8 centimètres de long et gros à proportion. C'est avec cela que l'on prend les Congres, les Lingues, les Turbots, les Morues, les Haies, etc. Les pêcheurs de profession préfèrent ces hame- çons de fer étamés, très-grossiers et très-peu aigus, parce qu'ils plient et ne rom- pent pas sur les rochers et les autres obstacles. S'ils sont tordus, on les remet en forme, on leur donne un coup de lime sur la pointe, et ils sont comme neufs. Il nous semble hors de doute cependant que s'ils se servaient d'hameçons plus petits, plus solides comme acier et mieux fûts, quoique cassants, ils pren- \2i CABLIERES. liraient assez de poissons de plus, pour être indemnisés de cette petite dépense ; mais la routine est là, et personne ne veut essayer. Que de progrès à faire, en tout ce qui est pêche de mer de profession 1 et quelle fortune fera celui qui osera une révolution, en harmonie avec les progrès de la fa- brication actuelle ! Les lignes de fond sont lovées ou roulées en cercle, deux par deux, dans un panier fait exprès, et quelques bateaux pêcheurs emportent jusqu'à 40 de ces pa- niers, Tempile est ployée en deux et Ihameçon attaché par une espèce de nœud coulant à environ 0", 10 de la bauffe, afin que les empiles ainsi ployées en deux ne se mêlent pas. Quand ils sont amorcés, on les place en rond sur le bord du panier, et on les jette successivement à la mer pendant que le bateau marche bon vent et assez vite pour bien tendre la corde. CABLIERES [Petites]. — (Voy. Pêche à la ligne en mer.) On nomme petites câblières les lignes garnies d'hameçons que l'on tend au bord de la mer ; elles sont établies sur les mêmes principes, absolument, que les lignes de fond que l'on tend dans les rivières et étangs, mais en diffèrent par une foule de détails. Les unes et les autres se tiennent à fond, au moyen de pierres nommées elles- mêmes câblières, en langage marin. Pour exprimer cette fonction, on se sert du verbe faire caler une ligne : c'est donc lui faire gagner le fond de /-^==°=°°= ^— ^ --n--— ?.^.TT .==.=r...;,.:...=.z.=.^^ l'eau , au moyen de Tadjonction ^'- " ',^ --^^- ^ __j^1l '^ "" ^^'"^"^ corps lourd suffisant pour cela. ' ' ""^^^""^ ^^^^ petites câblières forment r.. ,,, „ ,., .,,.. ,. .. , , . l'engin de pêche le plus simple de hig. 113. — Petite cabliere, ou ligne a tendre sur la grève. o i ri tous. On coupe une ligne de 2 mètres de long, S R; à un des bouts H, on attache un hameçon empilé et dont la boucle d'empilé est passée deux fois au-dessus du nœud N fait à la plus grosse ligne; à l'autre bout, on fixe une pierre ou càblière P, grosse comme le poing. Sur le bord de la basse mer ou lais, on fait dans le sable un trou avec une pelle, on y place la càblière P, on remet le sable, on le tasse avec les pieds, et on va recommencer un peu plus loin, laissant toujours la ligne étendue sur le sable. Les hameçons sont amorcés de vers marins, ou de vers de rochers, ou de morceaux de crabes mous, etc. (Voy. Amorces.) On vient rechercher ces lignes à la morte eau suivante, ainsi que les poissons pris. On pourrait mettre 2 ou 3 hameçons à chaque petite càblière, et elles devien- draient ainsi des espèces de jeux analogues à ceux d'eau douce. Au lieu de n'user que de cordes isolées, on se sert également de cordes plus longues et munies d'hameçons espacés de mètre en mètre. Chaque empile a, dans ce cas, O^joO de longueur. Les lignes se tendent à la basse \wqv perpendiculairement à la ligne des vagues, afin que les empiles ne se roulent pas, par la lame, autour de la ligne. On couche la maîtresse corde dans un sillon de 2 à 3 décimètres fait dans le sable, et on la recouvre soigneusement. Les hameçons sont amorcés avec de la seiche pour prendre de petits Congres, de petites Morues et autres poissons semblables. On se sert également bien de vers de terre, que les poissons de mer recherchent beaucoup. — (Voy. Confection des lignes de fond.) CALAPPE MIGRANE. 12o CABOSSOU. — Nom des At/iérines, en Provence et en Languedoc. (Voy. Atiié- RINES.) CABOT, — Nom vulgaire du Chabot commun. (Voy. ce mot.) CABOUTIÈRE. — Nom duTramail dans les étangs de Cette. (Voy. Tramail.) CABUSSIÈRE. — (Voy. GabOUTIÈRE.) CAGAREL. — (Voy. PiCAREL CAGAREL.) CAGARELLE. — Nom de la Mendole à la Ciotat. (Voy. Mendole.) CAGE. — Synonyme de Casier. (Voy. Nasse.) CAGNETTA. — Nom de la Blennie baveuse à Nice. (Voy. Blennie.) CAHUHAU. — (Voy. Alose feinte. — JI. nat.) CAILLE [Pèche à la]. — Cette méthode est usitée en Basse-Bretagne ; elle permet de prendre, non-seulement le Maquereau, l'Orphie, mais les Lieux, les Dorées, les Pagres^ etc., etc.; en un mot, tous les poissons de surface. On se munit d'un panier long, garni de bois au bord, on y pile avec un bâton de la chair et des entrailles de poisson, puis on trempe de temps en temps le panier dans l'eau, à l'arrière du bateau, atin de rassembler les poissons, que l'on poche alors avec un hameçon couvert d'une boitte blanche. (Voy. ce mot.) Il est probable que ce procédé tire son nom du mot (kailles, dénaturé. En effet, en trempant le panier dans la mer, la première chose qui s'en échappe sont les écailles argentées des poissons piles, lesquelles s'en vont miroitant dans l'eau parmi les débris de chair et d'intestins. CAILLEUX-TASSARD. — Nous n'en aurions pas parlé, si le même nom n'était appliqué, par les marins, aux petites Chipées qui abondent dans nos ports. (A^oy. Blaquet, Melettes, etc.) Le Cailleux-Tassard véritable existe en abondance dans la mer des Indes où on le prend à l'épervier. CALAPPE MIGRANE. — Le Crabe honteux, OU Calappe-Migrane(/?^. 114), est Fig. 114. — Calappe-Migrane ou Crabe honteux. large d'environ O^jlO ; c'est un habitant de toutes nos mers, mais surtout des côtes du Languedoc et de la Provence. Il est couleur de chair, parsemé de taches rouge 126 CALENDRIER. lia. — Caleii. foncé; sa chair est fort bonne, mais sa carapace, terminée par derrière en grandes dents de scie, ses pinces grotesquement contournées, lui donnent une figure peu agréaljle ; sachair l'est davantage, car il passe pour très-bon à manger. (Voy. Crabe). CALEN. — Grand carrelet qu'on établit à l'avant d'un bateau, sur un pieu, et que l'on relève en s'aidant d'un contre-poids. (Yoy. ÉcmorihR.) CALENDRIER DU PÊCHEUR A LA LIGNE pour la moyenne des Eaux de la France. danTier. — Si le temps est mou et chaud, s'il fait un beau soleil, on peut prendre au milieu du jour, de H heuresàl heure de l'après-midi : Brochets, au vif; Perche, à la bouvière et aux vers; Gardons, Chevesnes, Anguilles, de nuit, aux cordes dormantes, dans les ruisseaux et rivières près de la mer. On pêche également le Chevesne à la cervelle de veau ou de mouton. Cette saison est la plus défavorable pour la pêche à la ligne. C'est le moment où le pêcheur, soigneux de ses engins, les répare, en construit de nouveaux, passe en revue tout son matériel , inventant, essayant des modifications plus ou moins im- portantes : car il faut se bien pénétrer de cette vérité, que les méthodes générales de pêche doivent être modifiées intelligemment pour chaque localité, suivant la nature des eaux, des fonds, les produits du pays, les habitudes de pêche qui y existent depuis longues années, etc., et mille circonstances qui viennent, au bout de peu de temps, démontrer au pêcheur attentif qu'il doit modifier sa théorie. C'est cette ob- servation persévérante qui fait la supériorité incontestable de certains pêcheurs sur les autres. Ce serait une erreur de croire que, pour arriver à cette perfection rela- tive, il faille être fort instruit et fort ingénieux. On peut citer mille exemples de gens d'une éducation et d'une instruction des plus médiocres, mais doués de bon sens et d'esprit d'observation, qui arrivent un peu moins vite peut-être, mais à coup sûr, à devenir des pêcheurs très-remarquables. C'est à cette persévérante observation, et aux conclusions pratiques qu'ils ont su en tirer, qu'il faut attribuer les prétendus secrets, sortilèges, pommades infailli- bles, etc., qu'on leur attribue. Leur secret, c'est leur patience; leurs sortilèges, c'est leur obstination, et leur pommade infaillible, c'est la conclusion pratique qu'ils ont su tirer de leurs remarques. Tous les pays, toutes les provinces ont ainsi un ou plusieurs pêcheurs fournis et possesseurs de secrets qu'ils vendent ou gardent, d'autant plus chèrement que c'est un zéro qu'il ne faut pas laisser deviner. Voy. Temps de frai, pour connaître les espèces qu'il faut s'abstenir de pêcher ; il est bon de se souvenir que ce sont celles qui forment la famille des Salmones : Truites, Saumons, Ombre, etc. Les Lottes commencent alors à remonter. En mer : pêche des Merlans à la ligne. On prend h l'hameçon : Morue, Lin- gues, Aigrefin, Merlan, Plies, Carrelets, Soles, etc., de nuit et surtout par le vents. E., au Libouret. On emploie les Palangres à Saint-Tropez et à Fréjus, et les petites Palangres dans les étangs salés de Cette. CALENDHli:i{. 127 Février. — La pc'chc h la ligne, dans le mois tic février, dépend de la tenipé- ralure. 11 faiil, si le temps esl doux et beau, si le soleil luit, pécher de 1 1 heures à 2 heures, près des rives, au soleil et dans les eaux profondes. On y prendra, au vif, le Brochet toujours vorace, toujours en quête de proie; la Perche, avec la IJouvière. Aux vers, le Gardon, le Chevesne, et à la fin du mois, la Perche et la Carpe qui commencent à mordre. A la cervelle, le Chevesne gros. Dans les ruisseaux et ri- vières, au bord de la mer, on prend -des Anguilles ; on en prend également, ainsi que des Lottes, dans les rivières et étangs, aux cordes de nuit. En ce mois les Lottes remontent les rivières ; les jeunes Brochets commencent à se rapprocher des bords pour frayer. En mer : on prend ;\ la ligne : Morue, Aigrefin, Lingues, Merlan, Plies, Carre- lets, Soles, etc., surtout de nuit et par le vent S. E. Pèche au Libouret : Cabil- laud, Raies à 40 lieues en mer et à la ligne. On pèche à la grande Palangre à Saint-Tropez et à Fréjus, aux petites dans les étangs salés de Cette. Le pécheur a, pendant ce mois encore, beaucoup de loisirs pour compléter et terminer ses travaux de matériel pour la saison nouvelle qui va bientôt s'ouvrir. Il faut qu'il soit prêta toute éventualité. Il visitera ses mouches, en fera de nouvelles, ira chez le marchand renouveler sa provision d'hameçons et de florence. Mars. — Il faut pêcher au milieu de la journée, de 9 ou 10 heures à 2 ou 3 heu- res, suivant la douceur de la température et la force du soleil. On s'établira dans les grands fonds d'eau, et au bord, près des crânes, où les poissons se sont tenus blottis à l'abri une partie de l'hiver. Ils connaissent encore cette retraite et ne s'en éloignent guère, pensant qu'elle peut encore, pour un retour de froid, leur être utile; c'est donc là qu'il faut les aller chercher. De plus, les poissons cyprins se rapprochent des bords pour piquer le vert, c'est-à-dire sucer les jeunes pousses des plantes aquatiques qui commencent à vé- géter. Il est probable que l'empressement des poissons autour de ces plantes tient aussi beaucoup à l'abondance qu'ils y rencontrent de larves et de vers engourdis qui se réveillent. Les poissons en sont d'autant plus friands que pendant de longs mois d'hiver ils en ont été presque privés. On pêche, au vif, le Brochet; dans certains pays chauds on le prend déjà au collet. Aux vers rouges, la Carpe, le Gardon, le Chevesne, les Perches, le Goujon qui commence à mordre. Dans les courants de peu de profondeur, on commencera également à prendre la Yandoise, le Yéron. • Dans les jours froids, la pêche du Chevesne, à la cervelle, réussit encore. A mesure que le temps s'améliore, que les jours deviennent plus longs, que la chaleur augmente, la nature se réveille, et le temps du frai arrive pour un plus grand nombre d'espèces. Dans les étangs, dans les rivières fermées, l'amateur ne se préoccupe pas beaucoup de cela, et avec raison, car il ne dévaste pas. Que peut être la destruction de quelques femelles, même pleines d'œufs, en comparaison du nombre immense qui s'en produit? L'événement prouve au reste la vérité de cette assertion : la pêche à la ligne ne détruit pas le poisson, elles règlements qui ont été faits contre elle, auraient dû l'être pour elle. Mais il en est de la pêche comme de la chasse, la loi et les rè- glements sont faits contre le chasseur et pour le braconnier, non sciemment peut- être, mais de fait à coup sûr. L'un agit au grand jour, l'autre la nuit, et le garde- pêche, comme le gendarme, n'est pas de la famille des hiboux, d'autant moins ami des rencontres de nuit, qu'il n'y trouve que des coups à gagner, tandis qu'en 428 CALENDRIER. plein soleil, quand il vient verbaliser contre un brave chasseur qui a passé dans une luzerne, ou contre un innocent pêcheur qui a pris un brocheton de 1 centimètre trop court, oh ! alors, notre homme est fort de son importance ! la loi est observée, et d'une belle manière ! Le butin de tous les pêcheurs à la ligne de Paris et de ses environs, dans une journée, ne vaut pas celui que les filets prohibés procurent aux pêcheurs de nuit qui approvisionnent les cabarets de friture, non mesurée, croyez-le bien, entre l'œil et la queue. Personne n'y est allé voir ! Cet état de choses est fâcheux, et il n'est malheureusement pas probable qu'on y remédie de sitôt; mais, en attendant, nous devons répéter avec conviction que la p'''che à la ligne, sui'tout à la ligne flottante, est impuissante à dépeupler un cours d'eau. Nous avons vu, nous le répétons, nombre d'exemples de rivières fermées, dans lesquelles on péchait constamment à la ligne, sans se préoccuper du temps de frai ou de la grandeur des poissons pris ; rivières dans lesquelles on constatait chaque année une augmentation du peuplement, et cela d'une telle manière qu'il devenait nécessaire de recourir à de grands moyens, c'est-à-dire une pêche, à fond, au filet, au bout, de o, G ou 7 ans. Ce qui se passe en un endroit, avec la proportion du nombre mis à part, se passerait également partout de même, en ajoutant qu'une grande étendue d'eau a plus de ressources qu'une petite. Disons, en terminant ces réflexions, que le poisson se défend lui-même, pendant le temps du frai, d'une manière victorieuse: il ne mord pas. Quand il mord, c'est que l'opération de la ponte ou de la fécondation est terminée, le vœu de la nature est rempli ; l'œuvre de réfection commence. Le poisson est mauvais, c'est vrai, mais il n'est plus utile, il a accompli son œuvre, il peut mordre aux esches et s'avouer la proie du pêcheur humain au lieu de l'être de la loutre, du rat d'eau ondes oiseaux pêcheurs. En mars, commencent à frayer les jeunes Brochets sur les bords pleins d'herbes ; les Chabots, les Plies au fond des rivières sableuses; les Chevesnes; les Anguilles, à la mer. (Yoy. Temps de frai.) En mer la pêche est la même que dans le mois de février. ^^^11. — Le soleil monte plus haut sur l'horizon, ses rayons plus perpendi- culaires répandent plus de chaleur; sur la terre se développent les plantes; dans les eaux se réveillent les besoins de la reproduction, le temps de frai arrive à grands pas pour la plupart des espèces, et pour toutes, c'est une période de malaise, de fiitigue et de dépérissement. En général, le temps prohibe par la loi commence le 13 de ce mois, pour se terminer le 13 du mois de juin. Dans certaines localités, la prohibition commence au 13 mars, et alors tout ce mois est compris dans le temps défendu. Il reste au pêcheur la ressource des rivières et étangs fermés et compris dans des clôtures qui laissent au propriétaire le règne du bon plaisir sur la chose privée. Ce pêcheur-là prendra, en eau douce : Carpes, Brèmes, Gardons, Perches, Brochets au vif. Chevesnes, "S'andoises, Yéron, Goujon; il pourra prendre, mais moins facilement et près des bords : Ablette, Barbeaux, Anguilles et Carrelets. La Truite recommence faiblement à mordre. En mer, les Orphies commencent à se rapprocher des plages et à venir se faire prendre, pour appâts, dans les parcs et étangs salés. On prend à la ligne de fond : Morues, Aigrefin, Merlan, Plies, Carrelets, Soles, etc., surtout de nuit et par le vent S. E. On pêche aux Palangres à Cette. On emploie le Libouret pour les poissons de fond. Cabillaud, Raies, à 40 lieues en mer. CALENDRIER. 120 Ce mois est le temps de frai des Perches de 3 ans, des Kpinoehes, des Carpes de 2 ans, qui déposent leurs œufs parmi les herbes, dans les eaux tranquilles, de la Bouvière ou Péteuse, du Barbillon qui, à 4 ans, remonte jusque dans les ruis- seaux pour y faire sa ponte ou pour y féconder les œufs. En môme temps, frayent (ioujons. Brèmes, Chevesnes, dans les petits fonds d'eau; le Nase, sur les pierres; la Loche, les vieux Brochets, dans les herbes du fond ; les Aloses, les Plies et les Anguilles, à la mer. Mai. — (Juand le temps est beau, on prend à peu près toutes les espèces d'eau douce, mais il vaut encore mieux, pour réussir, pêcher dans les remous, les haïs, que dans les courants. On pêche la Loche, pour appât, avec un panier ou un petit fdet en forme de truble. (Yoy. ce mot.) Le Chevesne mord bien ; le Brochet peut déjà se prendre au collet, quand il dort au soleil. Dans les bas-fonds, on prend des Anguilles et tous les poissons, à l'exception de la Carpe, du Gardon et du Chevesne qui, pendant le frai, ne mordent pas en général, quoique ce fait souffre de nombreuses exceptions. Le temps de frai se termine pour la Carpe, le Barbillon, le Goujon, la Tanche, qui commence à mordre, surtout en rivière, la Brème, le Chevesne, la Yandoise, le Nase, le Gardon, l'Ablette. Le Saumon mord bien, les Plies ont frayé. Si le temps est chaud, on a pu commencer à se servir des asticots, mais la pêche a dû être faite avec des vers de vase, quoiqu'ils soient encore très-petits. 11 faut remarquer, à propos de cette esche, qu'elle réussit parfaitement dans cer- taines rivières oii le poisson la connaît, et que, dans d'autres, il fuit et se garde bien d'y toucher. En mer, on pêche les Maquereaux par un temps doux. Jusqu'au lo on prend le Cabillaud et la Baie en pleine mer. Pêche du Libouret de fond. On tend les Palangres, à Cette. On prend les Morues, Aigrefin, Merlan, Lingues, Plies, Carre- lets, Soles, etc., surtout de nuit et par le vent S.-E. Juiu. — Le vrai temps de la pèche à la ligne arrive; le 15 du mois les prohi- bitions sont levées, et le pêcheur va courir à de nouveaux exploits et commencera sa campagne muni de tous les engins qu'il a fabriqués pendant les loisirs de l'hiver. Ce mois est celui où l'on pèche toute la journée ; avant, on recherchait le milieu du jour; après, on recherchera le matin et le soir. La pêche à la mouche est excellente, celle à la surpiisc aussi, pendant la grande ardeur du soleil. Il ne faut pas se dissimuler cependant que beaucoup de poissons sont encore malades du frai et ne mordent pas facilement ; la Tanche fraye encore dans certaines eaux froides. On peut cependant conseiller, en général, de pêcher au vif les Anguilles ; Petits poissons, avec l'asticot ; Gardon, \ sang caillé ; Yandoise, > cerises ; Chevesnes, ; hanneton ; Barbillon, fromage de gruyère ; Anguilles , achées ; Tanches i Perches | vers rouges; Brochet, au vif. 130 CALENDRIER. La Truilc mord parfaitomcnt ; c'est iiu dos meilleurs moments pour la pocher, ainsi que les poissons de la môme famille {Stilmonrs). A la mer, on poche les Maquereaux, les Orphies, la Canlhère grise ; près des roches : Morues, Lingues, Aigrefin, Merlan, Plies, Carrelets, Soles, etc., surtout de nuit et par le vent S.-E. Pèche au Libouret, pêche des Raies. Emploi des Palan- gres, dans la mer de Cette. L'époque du frai est sensiblement terminée. •Vuiliut. — Pendant ce mois, où les chaleurs arrivent, les poissons mordent bien, mais seulement le matin et le soir; quand le temps est couvert, sil tombe une pluie fine et chaude, on peut pécher tout le jour; mais si le soleil luit, il arrive au milieu du jour, de midi à '.] heures, que le poisson se relire à l'ombre, se tient immobile, dort et ne mord plus. Vers 3 heures, il se réveille et cherche sa nourriture; c'est le moment de recommencer la pêche jusqu'à la nuit. En juillet, les poissons fréquentent les mêmes eaux qu'au mois de mai. Les Goujons ne mordent qu'au ver rouge ; ils se pèchent aussi à la balance. (Voy. ce mot.) C'est le mois où le blé cuit commence à servir pour prendre la Carpe, la Brome, le Gardon, la Vandoise, le Chevesne. Les petits poissons se pèchent à l'asticot : Les Gardons "\ / le sang caillé, La Vandoise [ se pèchent, de fond, avec } les cerises, Le Chevesne ) \ les hannetons. Les mômes et l'Ablette se pèchent, de surfiice, à la mouche naturelle et artifi- cielle, à la sauterelle, au papillon, aux fourmis ailées. Les Anguilles se prennent à la ligne et aux cordes dormantes, avec le ver de terre et les petits poissons, les ammocètes et les sangsues. A la mer, on tend des cordes dormantes, et l'on prend beaucoup de poissons plats et ronds. Canthère grise, près des roches. La nuit et par le vent S.-E. : Morues, Lingues, Merlan, Aigrefin, Plies, Carrelets, Soles, etc. Pèche des Raies : emploi du Libouret, des Palangres dans les eaux de Cette. Août. — Dans ce mois, le plus chaud de l'année, les poissons mordent do grand matin et le soir, avant le coucher du soleil. Pendant la grande chaleur du jour, sous les rayons d'un soleil ardent, les gros poissons gagnent les crônes ei les racines des gros arbres dont le pied baigne dans l'eau, et là, cachés dans l'ombre, ils restent immobiles et dorment. Les poissons carnassiers eux-mêmes, le Brochet, la Perche, la Truite, dédaignent le petit poisson qui passe dans leur voisinage. Seuls, les poissons de surface ramassent toujours les insectes qui tombent à l'eau. Ce phénomène est très-naturel, car il faut un soleil ardent pour surexciter la vitalité des insectes et faire qu'un grand nombre se décident à entr'ouvrir leurs élytres et à en tirer leurs ailes pour accomplir les voyages que la nature leur im- pose. Combien périssent dans ces traversées des plaines de l'air ! combien, sem- blables à Icare, voient leur vie se terminer par une chute fatale au sein des flots ! Là les attend la gueule, toujours ouverte et impatiente, des Chevesnes, du Nase, du Dobule, de la Yandoise, de la Truite. Cette manne abondante leur venant du ciel à ce moment, force leur est de secouer leur torpeur et de se griller un peu au soleil pour participer au grand banquet (pie leur sert le Créateur. La pèche à la mouche, sous toutes ses formes, réussit admirablement pondant ce mois, et celle à la surprise est surtout fructueuse sous les rayons du soleil de midi. CALENDHIER. 131 On pèrho en ce mois \o Goujon à la l)alant'e. Le blé cuit, los fcves, les pâles, réussissent parfaitenienl pour les Cyprins ties eaux calmes : Carpe, Brème, Tanche Gardons de fond et carpes. Les petits poissons vifs et le ver de terre bien vif peuvent prendre la Perche. Le Brochet ne mord pas beaucoup, il trouve trop de petits poissons à manger, mais on lui tend des bricoles de nuit, et le lendemain, on va les relever abondam- ment pourvues. L'Anguille reste en son trou toute la journée et elle ne sort que la nuit pour chercher sa proie ; on tend alors : fins cordeaux, jeux, lignes de fond, pater-noster, amorcés de petits poissons vifs, de sangsues, d'ammocètes, et l'on fait bonne récolte. Les Chevesnes sont friands de hannetons et de papillons, de sauterelles et de grillons, h la surface ou entre deux eaux. La Truite ne résiste pas aux mêmes friandises, mais en sa qualité de grande dame, elle est plus fantasque et plus capricieuse, elle a ses heures. Le J'ilain prend toujours. A la mer, on tend des cordes de fond, on pèche entre les rochers, dans les ports, et Ton prend les Merlus, les Lieux, les Maquereaux, les Merlans, etc. ; et de fond, tous les poissons plats. La Canthcre grise près des roches. Emploi du Libou- ret ; Palangres à Cette. {Septembre. — Comme juin, le mois de septembre est celui où l'on pêche toute la journée, le soleil ayant déjà perdu de sa force; quand il brûle encore, dans quelques jours exceptionnels, on fait comme en août, la sieste au milieu du jour ; exemple emprunté par force aux habitants de l'onde. Cependant, comme l'eau, surtout à la fin du mois, se refroidit, on commence à pécher davantage au vif pour le Brochet, la Perche et l'Anguille, la Truite et même le gros Chevesne, qui ne dédaigne ni un Goujon, ni un Véron de bonne mine et bien présenté. A ce moment, les grands fonds d'eau commencent à se repeupler aux dépens des berges, des bancs de sable et des bas-fonds sur lesquels le poisson est venu, pendant l'été, chercher la chaleur et la nourriture. L'automne arrive, secouant sa chevelure de feuilles et de graines mûres; dans les rivières calmes, les poissons Cyprins mordent encore, mais moins franchement; on sent qu'ils trouvent une facile provende et dédaignent celle du pêcheur. La Carpe, la Brème, le Gardon, ne sont plus avides de blé cuit ; ils reprennent goût aux vers, et il faut suivre cet enseignement. La Tanche ne mord déjà plus à la fin de ce mois. Les Barbillons se prennent avec de la viande crue ou cuite, les queues d'écrevisses ; Les Chevesnes, au raisin noir. Les lignes dormantes de nuit sont productives pour tous les poissons, Anguilles, etc. A la mer, c'est le moment de la grande pêche ; on prend les Mulets, Bars, etc., et toutes sortes de poissons plats, aux cordes, aux jeux et aux engins de toute espèce. La pêche est bonne entre les rochers, à l'ouverture des ports, et dans les étangs salés des bords de la mer. Pêche des Merlans, à la ligne. Emploi des Palangres à Cette. Pêche des Morues, Lingues, Aigrefin, Merlan, Plies. Carrelets, Soles, sur- tout de nuit et par le vent S.-E. Emploi du Libouret. 132 CALENDRIER. Octobre. — S'il fait doux, on pêche les Perches, le Brochet, au vif; il faut abandonner la pêche à la mouche, car les gros poissons regagnent les fonds d'eau, el les petits ne se montrent plus à la surface ; c'est le froid qui arrive et qui com- mence à engourdir la nature. Les poissons ne sont pas les derniers à sentir ce changement, el la plupart, surtout dans les rivières à cours lent et eaux profondes, se cachent entre les herbes, dans la vase, et y passent les mois d'hiver presque sans prendre de nourriture. A peine si quelques belles journées de soleil les ré- chauffent et les tout sortir de cette espèce d'engourdissement ; la plupart du temps ils dédaignent l'appât qu'on leur offre, si séduisant qu'il soit. La pèche de nuit aux cordes, jeux, pater-nostcr, rapporte au vif des Anguilles, des Lottes et des Brochets; aux vers, des Gardons qui ont gagné le fond, des Barbillons, Chevesnes, qui n'habitent plus la surface. Carpes peu nombreuses et quelques Brèmes. Dans les grands fleuves, la pêche se maintient meilleure ; les poissons, moins nourris et tenus en éveil par les crues et les mouvements d'une eau plus rapide et plus changeante, ne s'endorment pour ainsi dire pas, et la pêche continue. On y prend, au ver rouge, le Goujon, le Chabot, la Plie, etc. On commence à pêcher les gros Chevesnes à la cervelle, et dans les grands • courants d'eau, aux ])oyaux de poulet. Quelques Truites commencent à frayer, mais la majorité mord encore bien au vif, aux gros vers musqués et à la viande. A la mer, pêche du Merlan, à la ligne. Palangres à Saint-Tropez et Fréjus. On prend de nuit et par le vent S.-E. : Morues, Aigrefin, Merlan, Plies, Soles, Carre- lets. Emploi du Libouret. ^ofembre. — De 10 heures du matin à 3 heures de l'après-midi, s'il fait beau, on prend encore Chevesnes, Gardons, aux vers , surtout à la bouvière ; Brochet, Perche, au vif. Les Vandoises ne mordent plus ; la Tanche, la Carpe, la Brème, sont cachées dans les rivières tranquilles. L'Anguille mord toujours, de nuit, aux cordes dormantes. La Truite fraye, ainsi que ses analogues. La Perche ne mord plus à la fin de ce mois. Par les cruei, dans les fleuves, à l'eau trouble et le vent bon, on prend Bar- billons, Plies, encore un peu; Lottes, Civelles moyennes, et tout ceci, de fond et aux gros vers à tête noire. Pour prendre les Goujons , petits Dards, petits Chevesnes et Gardons, il faut pêcher à la ligne traînante sur le sable, sans beaucoup de plomb et avec des vers plus petits; quand l'eau descend, la pêche ne vaut plus rien. Le Barbillon, que l'on prenait sur les berges herbues nouvellement inondées, regagne les grands fonds et ne mord plus. De ce mois à Pâques, c'est le véritable temps, dans la Loire, pour pêcher le Goujon et le Chabot. A la mer, on prend les Harengs, les Congres et tous les gros poissons. Pêche des Merlans, à la ligne. Palangres à Saint-Tropez et Fréjus ; petites Palan- gres dans les étangs de Cette, h partir du 15. Emploi du Libouret. Pêche de nuit et par le vent S.-E. des Morues, Merlan, Lingues, Aigrefin, Plies, Carrelets, Soles, etc. Décembre. — Nous sommes en hiver: il fait froid et mauvais; restons au logis. CALMAR. 133 S'il luit beau, bon vont, temps doux et soleil, de II heures à 3 heures, pochons dans les remous, au ver de terre court à tête noire. Nous pouvons prendre; : Brémolles, IMies, Barbillons, petits Dards et petits Chevesnes. Pour prendre les gros, il n^ut aller pêcher dans les grands cours d'eau vive, derrière les ponts, et avec les boyaux de poulet; on les ramène toujours de taille respectable. A l'eau claire , on peut aussi pêcher au sang caillé ou à la cervelle ; la Perche, à la Bouvière vive. Les Carpes et Cyprins analogues ne mordent plus; la Perche, pas souvent. C'est en ce mois que les poissons se cantonnent pour leur engourdissement d'hiver ; ils vont, au fond des cours d'eau, se rassembler aux endroits où sortent les eaux de sources plus chaudes, et l'épervier seul peut les en tirer, mais alors par quantités énormes. Les Lottes commencent à remonter. Les Truites ordinaires et saumonées sont en frai et ne mordent plus. La pêche en est prohibée. A la mer, on pêche les Merlans. Cependant, lorsque la glace recouvre les eaux devenues immobiles à la surface, le pêcheur à la ligne peut encore montrer son adresse. Par une belle journée, muni d'une pioche, il va briser la glace, et, dans ce soupirail d'un nouveau genre, il tend sa ligne armée de plusieurs hameçons recouverts de vers rouges bien frétillants. Le poisson, attiré par l'air vif et pur de l'extérieur, se porte en foule à l'ouverture pour respirer, et trouvant à sa portée un mets friand, — surtout pour un affamé, — il mord, il mord,... et le sac du pêcheur se remplit. Pour faire cette pêche, il faut, avouons-le, être intrépide et réchauffé par le feu sacré, car la température est glaciale. Les rhumes, angines et rhumatismes sont là, guettant une victime qui brave les saisons. Arrière la crainte, cependant !... l'homme est ainsi fait. Quelques pêcheurs déblayent une plus grande ouverture, en levant les frag- ments de glace brisée qui flottent dans son périmètre, et choisissant un endroit où l'eau n'a pas trop de profondeur, viennent y jeter l'épervier etfont souvent de bons coups de main... Mais,... mais l'eau n'est pas chaude, et celle qui découle sur les épaules et sur les jambes du pêcheur ne rappelle point les bains charmants de l'été. CALER. — Faire caler une ligne en mer, c'est la charger d'assez de plomb ou de càblières pour qu'elle gagne le fond avec les appâts qu'elle porte. On emploie le même mot pour indiquer que l'on fait gagner le fond à la plombée d'un filet vertical. CALLIONYME LYRE. — (Voy. DOUCET.) CALLIONYME HÉLÈNE. — (Voy. LaCERT, Pêche.) CALLIONYME DE LESUEUR. — (Yoy. Lacert, Pêche.) CALLIONYME DE RISSO. — (Voy. LaCERT, Pêche.) CALMAR (Loligo sepia, Lin.). — Le Calmar (/î^'. IIG et 117) est un mollusque céphnlnpode du genre Seiche remarquable par une lame en forme de plume qui lui tient lieu de coquille, et forme, dans son dos, un squelette intérieur. Leur tcte a 8 pieds et 2 tentacules plus longs, à bout spalulé, garnis de suçoirs qui leur servent à s'amarrer aux objets immobiles. Ils ont un volumineux sac à encre, logé dans le foie. Les Calmars nagent à reculons; on les trouve en abondance près des côtes, et il est impo.«sible de donner un coup de senne à la mer, sans en tirer sur le rivage une cer- taine quantité. Ces animaux, pour être en nombre si considérable, doivent concourir au grand acte Fig. I Ii3. — Calmar commun. 134 CANESTEAU. Fir/. 117. — Câlinai' incessant du nettoyage de la mer. Cependant, la conformation de leur liouclie semljle plutôt faire d'eux des carnassiers incorrigibles. S'ils ne mangent que des victimes, ils sont si nombreux et si agiles, que c'est miracle que la mer, dès longtemps, ne soit pas, de leur fait, dépeuplée. Alors, dira-l-on, c'est qu'ils servent eux-mêmes, et abondamment, de nourriture à d'autres animaux. Ce fait est certain, puisque nous savons le goût de quelques poissons pour le Calmar, et nous nous servons de ses membres comme appât d'été. Mais tous les pois- sons sont loin de mordre au Calmar. D'ailleurs, le malin céphalopode ne quitte guère la côte ; or, les gros poissons ne viennent jamais le poursuivre là. Ses eimemis ne seraient-ils pas le Congre d'abord, — ce qui est certain, — puis les crustacés côtiers. Homards, Langouste, Crabe, ce dernier surtout, toujours en quête. Quœrens quem devoret! Il y a là un mystère d'équilibre naturel bien curieux, mais très-profond ! En attendant que nous le sondions, le Calmar n'en demeure pas moins une triste esche d'été , utile cependant, faute de mieux CALUS. — (Voy. Merlan.) CAMBRURE DE L HAMEÇON. — (Voy. Avantage.) CAMBOROUTIÉRE. — Sorte de C/ievrotwre employée dans la Médileiu^mée. — (Voy. ce mol.) CAMPHRE. — Espèce d'esseiice concrète à odeur très-forte et douée d'une saveur amère et aromatique, que l'on extrait du laurier-camphrier, arbre des îles de la Sonde et du Japon. L'odeur forte de cette substaiice a été souvent introduite dans la composition des appôis et amorces artificielles. — (Voyez ces mots.) Il f;iut se souvenir que l'eau n'en dissout qu'une très-petite quantité, mais que l'alcool, l'cther, les huiles grasses et les huiles essentielles le dissolvent en toute proportion; ce sera donc à l'un de ces derniers dissolvants qu'il faudra avoir recours. CANARD. — Espèce de filet fixe employé dans la Méditerranée. — (Voy. Filets fixes.) CANCER MENAS. - (Voy. Crabe enragé.) CANCERIENS (Edw.). — Tribu de Crustacés cyclométopes, dont la carapace est bombée en dessus, élevée, arrondie sur les bords, à face supérieure ne formant qu'un angle peu aigu, et se réunissant avec sa portion inférieure et latérale. Pattes-mâchoires extérieures à 3» article à peu près quadrilatère; peu ou point tronqué à son angle interne; pattes antérieures très-grosses, renflées assez longues; les suivantes courtes, ambulatoires; pattes postérieures semblables aux pré- cédentes, terminées par un article styliforme, et, par conséquent, non natatoires. Comprend 3 groupes naturels. (Juaud il s'agit de relever, en mer, des lignes de fond ou câblières d'une grande longueur, et, par consé- quent, chargées d'un grand nombre d'hameçons empilés, il est fort important de ne pas emmêler le tout, afin de ne pas perdre un temps précieux à débrouiller ce chaos. On y parvient d'une manière très-simple et très-pratique au moyen du Canes- teau(//<7. H8). C'est une corbeille ou panier ABCD, dont le bord AB est revêtu d'une bordure de liège. Dans le midi de la France, cette bordure se nomme Garlandc (guirlande) ou Listel (bord). A mesure que l'on remonte la maîtresse corde, Palangre ou Bauffe, on la love CANESTEAU. 118. — Cauesteaux divers. CANNES A PÈCHE. 135 en rond dans le panier, piquant ehaipic hameçon dans le liège, el rejelanl l'empile au dehors, où elle forme le feston D. Chaque ligne de fond ainsi plice ou lovée prend le nom d'appelel ou aplel. — (Voy. Caiblières [grandes].) CANIS ACANTHIAS. - (Voy. Aiglii.i.at.) CANNAT. — (Voy. Canard.) CANNAT. — (Voy. Mulet cépiiale, P(khi\) CANNES A PÊCHE (Choix des). — Les premiers hommes ont péché avec leurs hras étendus pour première canne ;\ pèche, puis, ils ont bien vite remarqué que rhamcçon dépine dont ils se servaient, tondjait trop près du bord. Peut-être, ils auront voulu le faire passer de l'autre côté d'un banc de roseaux qui poussait près du rivage, et, pour cela, ils ont attaché la ligne à l'extrémité d'une branche d'arbre tenue à la main, ce qui allongeait ainsi leur bras ; car l'invention de l'ha- meçon a dû naitre la première, celle de la ligne venir ensuite, et enfin, celle de la canne ài)èche compléter le tout, en apparaissant la troisième. De la branche d'arbre primitive à la canne à pèche actuelle, la forme n'a pas changé, la matière seule a subi des améliorations successives; et, en effet, comme forme, le but aurait été atteint du premier coup en choisissant une jeune pousse de Saule, de Coudrier ou des roseaux qui croissent auprès des eaux. Nulle canne n'est mieux filée, plus également décroissante, qu'une gaule naturelle, et cette vérité est palpable, que c'est à la nature que nous allons demander nos scions, la partie la plus délicate et la seule que nous ne puissions pas filer comme elle, d'un seul morceau concentrique, décroissant insensiblement, et conservant force, sou- plesse et élasticité. Nous venons de nommer les trois qualités que doit posséder une bonne canne ; elles dépendent, en majeure partie, de la nature même des matériaux qui la forment, mais aussi de la manière dont ils sont assemblés entre eux. Dans un article spécial, nous donnerons toutes les explications utiles pour la confection de cette arme du pêcheur. Dans celui-ci, nous allons nous occuper de la classification des cannes diverses et de leur appropriation à chaque genre de pêche, en eau douce et en eau de mer. I. — EAU DOUCE. LONGUEl'H MOYENNE A) Pêche à la mouche : '•'' '" '^"""'^ ^ P^'''''- A la volée, au lancer, à la surprise | 6 mètres au moins. B) Pêche sédentaire : 1° Au Brochet, à la Truite, à la Perche, au vif. j Cette gaule n'étant pas tenue à la main, mais po- l ç^ /, g mi^tres sée à terre, elle se lait pleine, avec une si'anili* gaule de sapin ou de tremble, eti: j 2° Pèche à soutenir dans les pelotes: pèche dé] .. .) mètres. fond, a la canne fixe ) 3» Gaule à pardonner, à pêcher les l^erches, les | , , Chevesnes, avec le saug, à fouetter et à rouler. ( 4° Pêche au Coujou, à l'Ablefle, au Véron et j „ .... ' 3 mètres, autres petits poissons ) 130 CANNES A PÈCHE. II. — EAU DE MER. lonol'elu moyenne A) Pêche à, la mouche : ^'^ ^^ camie à pèche. Saumon à reuil)()ii{liure des (leiivos, etc. : forte, ) „ , , ... î 6 mètres, en bambou et hicoi y ) Dorades, en balcuu | 3 mètres. B) Pêche sédentaire : Sur les rochers, à la canne fixe | 8 à mètres. C) Pêche en bateau : Canne pour les Maquereaux et autres poissons de surface. 2 mètres iiO. Le tableau de composition de ces longueurs au moyen des différents comparti- ments des cannes, permet de se rendre très-facilement compte de ce que l'on doit acheter ou construire soi-même, en vue de la pêche ;\ laquelle on veut se livrer. Quel que soit le genre de pêche choisi, — même fût-ce pour prendre des ablettes; — quelle que soit la canne employée, jamais un pêcheur sérieux ne s'en servira sans moulinet ; c'est au moment où il s'y attend le moins, que cet instrument le sauvera et lui fournira une capture aussi belle qu'inattendue. Le chasseur qui aurait le pouvoir de toujours posséder une balle dans un des canons de son fusil, serait un fou de ne pas en profiter ; car il n'est pas de vie de chasseur, où telle pièce magni- fique a été renvoyée, par lui, avec une charge de petit plomb dans le gras des parties charnues. Le moulinet du pêcheur, c'est la balle secourable du chasseur, à cette différence près, en sa faveur, qu'elle n'empêche pas son coup d'être chargé de petit plomb; c'est mieux qu'une balle, c'est la charge de cendrée qui fait balle sur un animal, gardant une force suffisante pour amener celui-ci à vos pieds. CANNES A PÊCHE [Confection des]. — Les premières cannes à pêche que les hommes ont inventées étaient tout simplement une gaule empruntée à la cépée la plus voisine, et cet instrument, si simple et à la portée de tous, est encore le plus usité dans les campagnes et dans les petits centres de population écartés. Cette construction primitive, qui consistait à dégrossir une simple baguette en la. privant de ses nœuds et de ses branches, fournissait une canne lourde si elle était un peu longue, et peu élastique si elle était courte. Or, ayant tout aussi bien, alors qu'aujourd'hui, besoin très-souvent d'éloigner son hameçon du bord où le poisson voit trop bien et se méfie, le pêcheur s'ingénia de toutes les façons à augmenter les deux qualités qui manquaient cà sa gaule, la légèreté et la souplesse. L'esprit humain procédant du simple au composé, le pêcheur pensa à modifier l'instrument qu'il avait en main avant de songer à en créer un autre. Il s'aperçut que, sèche, celte gaule était plus légère et plus élastique, il fît sécher les gaules au four après le pain retiré ; c'est encore ainsi que se font les cannes à pêche dans les campagnes. La différence du poids vert au poids desséché n'étant pas très-con- sidérable pour une gaule d'une certaine longueur, le pêcheur dut chercher si, en ajustant les unes au bout des autres plusieurs gaulettes plus fines, il n'arriverait pas à un résultat plus satisfaisant. Ce fut la création du scion, qui constata ce pas fait dans le progrès. On peut dire qu'à ce moment la canne à pêche civilisée était CANNES A PÈCHE. . i;37 inventée ; car, en modifiant seulement le choix des matières, on arrive à la canne la plus compliquée et la mieux finie que l'on fasse de nos jours. La question des ligatures a dû avoir sa période d'apprentissage, de progrès et de perfection, jusqu'à ce qu'enfin cette ligature, toujours fragile et difficile à faire, fut remplacée par les douilles simples et doubles qui permirent l'invention des cannes à compartiment. Restait la question de matière ; on a essayé tous les bois possibles et l'on s'est vite aperçu que, parmi eux, un très-petit nombre répondaient aux qualités que ré- clame la vraie et bonne canne à pêche. On peut diviser tous les bois employés en deux catégories : les lourds et les légers. Les lourds sont : le hicory ou noyer blanc d'Amérique , le noyer, l'orme, le coudrier, le frêne. Parmi les légers nous placerons : le sapin creusé, le bambou, et, tout à côté, son diminutif chez nous, la canne, qui croit dans le midi de la France et en Italie avec une grande facilité. Tout en renvoyant le lecteur aux articles spéciaux sur l'élude de chacun de ces bois, nous devons ici constater quelques-unes de leurs qualités et de leurs défauts avant de passer en revue la confection des cannes en chaque matière. Le hicory est Irès-élaslique, mais très-lourd, il peut servir à faire toute la canne moins le scion ; mais son véritable emploi consiste dans la première moitié de la longueur, la plus grosse, celle que le pêcheur tient à la main. 11 est en effet très-important qu'une canne soit bien équilibrée, car elle se trouve entre les mains du pêcheur à l'état d'équilibre instable. On peut la comparer au fiéau d'une balance dont la main du pêcheur est le support, fléau à deux bras de longueurs inégales et par conséquent dont les poids doivent être inégaux pour que l'équilibre s'établisse. La partie en avant doit être très-légère, son centre de gravité sera toujours assez loin de la main du pêcheur, mais si celui-ci rend lourde la partie la plus grosse qui est au delà de son poignet vers le coude, il rapprochera le centre de gravité du système entier et pourra arriver à le faire venir dans sa main ; position dans la- quelle la canne sera en équilibre, comme le fléau de la balance dont nous parlions tout à l'heure. Ainsi équilibrée, la canne demande le moins d' effort possible, puis- qu'il ne faut que celui nécessaire et indispensable pour vaincre sa pesanteur. Si, au lieu de cela, le pêcheur tient en main un instrument dont le poids est en avant, il lui faut un effort constant, non-seulement pour porter la oanne, c'est-à- dire vaincre l'effet de la pesanteur, mais un effort plus pénible pour en soutenir élevée la partie antérieure sans cesse sollicitée vers le sol. Cet effort, si petit qu'il paraisse pendant un instant, devient une vraie fatigue, alors qu'il se renouvelle sans relâche pendant un assez long temps. Si le pêcheur est sédentaire, ce n'est encore qu'un demi-mal parce qu'il peut faire porter sa canne par une fourchette et son piquet, ou simplement il peut la poser à terre, si la berge est un peu élevée; mais, qu'il s'agisse de pêcher à la mouche, et alors la question de l'équilibre de la canne prend une importance ca- pitale, en raison de la fatigue que cette pêche un peu prolongée procure, si l'on est armé d'un instrument défectueux. Ainsi donc tous les bois durs et compactes, tout en étant élastiques, — le hicory, le frêne, le noyer, — peuvent servir pour la plus grosse moitié de la canne. L'orme peut être employé de même aux usages ci-dessus, mais il offre l'avan- 138 CANNES A PÈCHE. lage que ses jeunes pousses founiissenl d'exeellenls scions, quand il est coupé en temps opportun. Le coudrier n'est pas dans le même cas ; les scions fournis par ses jeunes pousses sont mauvais, mais comme il donne, d'un seul jet, des gaules très-longues et très-droites, sans èlre par Irop lourdes quand elles sont sèches, il a le privilège presque exclusif de former des cannes toutes faites pour les gens de la campagne. Dans quelques pays la rapide végétation des saules de différentes espèces permet d'y choisir de très-belles gaules qui ne manquent pas de qualités. Le sapin s'emploie comme nous le verrons plus loin, mais artificiellement, pour faire d'excellentes cannes réunissant beaucoup d'avantages. Le bambou, s'il était moins lourd, quand il est gros, serait le roi des bois propres aux cannes à poche. Excellent cependant parce qu'il ne fend pas, il sert à faire la canne tout entière y compris le scion, que l'on produit au moyen de bû- chettes de bambou refendues, polies et ajustées l'une au bout de l'autre. Il nous reste à dire un mot de la canne du Midi qui, sans contredit, serait par- faite sans la trop grande facilité avec laquelle elle fend et sans sa fragilité capricieuse, souvent inexplicable : car le morceau de ce chaume énorme le mieux choisi, le mieux arrangé, cassera tantôt dans un nœud, tantôt dans une partie vide. Aussi est-ce la matière qui a fait naîtr(,' le plus de systèmes différents, tous destinés à remédier à son peu de solidité, sans diminuer sa flexibilité et sa légèreté si précieuses. Constatons enfin que, depuis un siècle, la confection des cannes s'est énormé- ment améliorée en France, et que leur forme tend à devenir chaque jonrplus svelte et plus fine. L'emploi des moulinets, qui se généralise chaque jour, mène au perfectionnement de la canne, qui doit demander pins à rélasticité qu'à la force, plus à l'adresse qu'à la brutalité, plus enfin à la patience et au sang-froid qu'an bouillant emportement. Autrefois, — si l'on en juge par les méthodes qui nous en sont restées, — on enlevait le poisson d'autorité ; qu'il fût gros, qu'il fût petit ; il est vrai qu'on ne prenait pas ce dernier, la manière dont les lignes étaient montées devait s'y opposer ab- solument. Aujourd'hui, l'usage des montures très-fines tend à prévaloir chaque jour, et le succès couronne ces expériences. Une vérité méconnue devient de plus en plus démontrée, c'est qu'on prend très-bien un gros poisson, — et beaucoup plus sûrement, — «ivec un très-petit hameçon qu'avec un gros, pourvu qu'on emploie les moyens d'action nécessaires et fournis par le perfectionnement des instruments de pêche. En résumé, une canne à pêche doit se composer de trois morceaux, qui sont, en commençant par l'extrémité la plus fine : le Scion, Va Seconde, nommée aussi Bran- leffe, dans certains endroits, et le Pied de ganle. \° Canne de campagne, pleine. Cette canne, toujours un peu lourde, doit avoir pour qualités d'être roide, droite et élastique; si elle décrit un grand C quand on la projette en avant en fouettant, c'est qu'elle plie du pied et ne vaut rien ; elle ne doit ployer que de la seconde et du scion, faire siffler l'air lorsqu'elle le frappe, et reprendre aussitôt la ligne droite. Le Piedde cette gcnde sera fait avec l'un des bois suivants, en commençant par les premiers et choisissant celui que l'on trouvera à sa disposition à défaut des autres Coudrier, saule, marceau, sapin sans nœuds, frêne, noyer, érable, chêne. CANNES A PÊCHE. 139 On choisira une pousse bien droite d'un de ces arbres, ayant 5 mètres ;\ 5"", 30 de longueur, que l'on rognera par le petit bout, de façon à lui laisser une longueur de -4 mètres ou au moins de 3"', 50. On la dressera avec soin et on la diminuera, au rabot s'il est besoin, de manière que le plus gros bout, en bas, ail un diamètre de 0"',035 h 0™,OiO, au plus. Ce bois doit être coupé avant la fm de janvier ou, au plus lard, dans les premiers jours de lévrier, avant que la sève commence à monter, opération qui se fait de bonne heure, surtout pour le coudrier. Cette recommandation s'applique également au choix de tous les bois propres aux secondes et aux scions. On laissera, à la plus petite extrémité de ce pied de gaule, un long bec oblique parfailement dressé, forme que l'on appelle Bec de flûte. La seconde sera faite en coudrier : elle aura la même longueur (4 mètres) que le pied, et sera choisie plus mince que lui et bien fdée ; on la trouvera parmi les pousses grises de la lisière du bois ou au bord des ruisseaux. Celles qui sont lisses et rougeâlres sont les meilleures. Elle sera taillée en biseau par ses deux bouts, et le biseau du bas sera aussi allongé que celui du pied, de façon à s'ajuster parfaite- ment sur lui. Le scion, long et menu, peut être fait d'un brin de coudrier, d'orme, de troène, de cornouiller, à' épine rioire, de lilos ; il aura l'°,50 de longueur au moins; le bas ou plus gros bout, taillé en biseau, sera adapté parfaitement au biseau supérieur de la seconde, et choisi de façon que cette partie soit un peu moins grosse que la plus petite extrémité de cette seconde. La même précaution aura dû être prise pour la seconde vis-à-vis du pied de gaule. La seconde s'attache au pied avec du petit fd de fouet ciré et fortement serré tout le long de la jointure, ce qui forme une ligature solide à bouts perdus. Le scion s'ente sur la seconde au moyen de fd fort, également ciré et attaché de la même manière. (Voy. Ligatures.) Dans les endroits oii l'on peut se procurer du vernis copal, il est extrêmement avantageux d'enduire de vernis les deux biseaux avant de les joindre et de les atta- cher, de même on vernit toute la ligature, une fois faite, à une ou deux couches, en laissant bien sécher chaque fois. (Voy. Ternis.) Le vernis noir du commerce est aussi extrêmement propre à ce travail, parce que Teau a moins d'aclion encore sur lui, mais il est beaucoup plus long à sécher. A défaut de vernis, on peut enduire chacune des surfaces de poix de cordonnier en couche mince; cette substance produit une grande adhérence et empêche tout glissement. Elle n'est pas attaquable à l'eau, mais, à la longue, elle se réduit en poussière et perd ses propriétés happantes, surtout quand elle est souvent mouillée. Après avoir lié sa gaule, le pêcheur doit l'agiter fortement en l'air : si elle est bien faite, elle ne doit produire aucun craquement et ne laisser éprouver aucun tremblement : il sera bon alors de la polir, de la vernir et de la bien laisser sécher. 2° Gaule de campagne, creusée. Il faut choisir une gaule de coudrier, de marceov , de peuplier, de tremble, de sapin, ou de cornouiller, à laquelle on donnera une longueur de 4 mètres au moins pour former un pied de ligne convenable. Cette gaule aura, au gros bout : O^^OSà O", 10 de circonférence, et au petit 0'",02 à0'",03 ; on la rendra parfaitement unie en enlevant les aspérités des branches et bourgeons, puis on la fera sécher, dans un four encore chaud après qu'on aura tiré le pain, ou en la laissant une 140 CANNES A PÈCHE. couple de mois dans un lieu sec et aéré : il est prudent, dans ce cas, de la lier sur une forte pièce de bois déjà sec, de manière qu'elle ne puisse se tourmenter et se gauchir. Cette gaule perdra ainsi environ la moitié du poids qu'elle avait étant verte. L'opération du perçage se fait au moyen d'un gros lil de fer qu'on appointit et qu'on fait rougir au feu. On attache la canne dans un établi de menuisier, ou, si l'on n'en a pas, sur une table, sur une forte planche ou pièce de bois, et l'on commence le forage. C'est une opération qui demande du temps, de l'adresse et de la patience. Quand un premier trou parcourt la canne dans toute sa longueur, on prend un fil de fer plus gros, et toujours par le même moyen, on agrandit le trou du côté de la poignée, de façon que le creux aille comme la canne, en diminuant d'un bout à l'autre. Lorsque le perçage est terminé, on la met pendant deux ou trois jours à trem- per dans l'eau, puis on l'expose à la fumée dans une cheminée jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement sèche. A la campagne cette opération est très-facile. Pendant ce temps on a fait subir les mêmes préparations, sauf le perçage, à des scions choisis de différents bois : couéner, orme, épine noire, troëne, lilas, etc.; on en choisit un bien droit, de la longueur que l'on désire, et on le diminue par le gros bout, de manière qu'il entre dans le trou creusé à l'extrémité fine du pied de gaule. En général, ce scion a 1°',50 à 2 mètres, et il est d'une grosseur telle que, quand on veut démonter sa canne, il peut, en commençant par la pointe, entrer dans le trou creusé au bas de la gaule et s'y renfermer parfaitement, ce qui rend l'instrument plus portatif et garantit en même temps le scion des accidents qu'il pourrait encourir au milieu des arbres, des branches et des herbes, etc. 3° Canne en sapin, pleine. On coupe dans une planche de sapin neuf, à fil serré, droit, et interrompu par aucun nœud, une laize égale à l'épaisseur de la planche. On obtient ainsi une tringle de 4 mètres de long, ayant O'",03o de côté, que l'on dresse à la varlope et que l'on met à huit pans en abattant les angles. On diminue alors sa grosseur au moyen du même instrument et avec précaution, à partir de l'",30, du bas, jusqu'à la plus petite extrémité qui conserve un diamètre de 0",010 à O^jOlo. A partir de 2", GO, on arrondit tout à Mi la tringle en abattant les angles, on la polit au verre, au grattoir et à la peau de chien marin. On pratique alors au bout, soit une entaille longue, à la scie, pour recevoir le scion, soit un biseau, comme plus haut, et on y fixe un scion de 2 mètres au moyen d'une solide ligature de fouet poissé et verni comme nous l'avons indiqué. Si l'on a un ouvrier à proximité, une virole en fer-blanc, ou mieux encore en c